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En Couv’. Mondial 2030 : Ce que le Maroc a déjà gagné

Le 11 décembre, le Royaume est déclaré officiellement pays organisateur, avec l’Espagne et le Portugal, du Mondial 2030. Le gros des infrastructures prévues, stades, transport, tourisme, santé…, est déjà sorti de terre.

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Qu’est-ce que l’organisation de la Coupe du monde va rapporter au Maroc ? C’est ce qui revient, le plus souvent de mauvaise foi, sur certaines mauvaises langues.

Et aujourd’hui, sans apporter des preuves, l’on a de plus en plus tendance à faire admettre à l’opinion publique que c’est une perte sèche. Ce «on» revient aux tendances qui trustent actuellement les réseaux sociaux et le débat public.

Il faut savoir qu’il y a plusieurs façons d’organiser un Mondial. Il y en a deux principales. L’organiser à la manière d’une agence d’événementiel. Les pays qui ont opté pour ce type d’organisation peuvent dépenser plusieurs milliards, voire des centaines de milliards de dollars pour s’offrir un quart d’heure de gloire.

Puis, plus rien. Ou pire, se retrouver avec un «éléphant blanc» entre les bras. Les exemples ne manquent pas, l’Afrique du Sud, entre autres, en fait partie.

Il y a une deuxième catégorie de pays qui font de cet événement une charnière dans leur processus de développement. Les infrastructures mises en place et la dynamique économique créée à l’occasion leur ont permis de rejoindre, dans un premier temps, le rang des pays émergents.

Il y a bien sûr d’autres cas, plutôt rares, où l’organisation d’une Coupe du monde fait partie d’une politique de «soft power» déployée sur plusieurs dimensions. On retiendra au passage le cas des États-Unis et du Canada dont le football est, contrairement à la plupart des autres pays organisateurs, loin d’être un sport national ou même populaire.

Si les deux pays ont combattu pour abriter la Coupe du monde de 2026, conjointement avec le Mexique, c’est en raison de ses retombées en termes d’image. C’est en partie aussi l’objectif de l’Arabie saoudite qui veut se défaire complètement de son image de pays liberticide et ultra-orthodoxe qui, jusque-là, lui est toujours collée.

Le Royaume, tout en se positionnant dans le groupe des pays qui ont affiché pour ambition de faire de l’organisation du Mondial un point d’inflexion dans leur courbe de croissance, table également sur le capital image et l’accroissement de son rayonnement principalement en Afrique.

Sur les deux points, le Maroc est bien positionné pour tirer un grand profit de cette organisation. L’ambition du Royaume a d’ailleurs été explicitement déclinée lors du dernier Conseil des ministres du 4 décembre, dont une large partie des travaux a été consacrée à ce sujet.

«La Coupe du monde 2030 ne sera pas seulement une compétition sportive, mais également une opportunité unique pour accélérer la dynamique de croissance de l’économie nationale au cours des prochaines années, créer davantage d’opportunités d’emploi et permettre de développer l’attractivité touristique du pays et promouvoir les valeurs universelles de paix, d’unité et de développement durable», a affirmé Fouzi Lekjaa, président du Comité Coupe du monde 2030 dans son exposé devant le Conseil.

Une longueur d’avance
Il n’échappe à personne, et plusieurs spécialistes l’ont d’ailleurs explicité, que l’impact économique d’une Coupe du monde dépend de nombreux facteurs.

On peut en citer le contexte politique, géopolitique et économique du pays hôte, le niveau d’investissement dans les infrastructures, mais aussi la capacité à attirer les touristes et à développer le secteur privé et, enfin, la gestion proprement dite de l’événement.

Ce sont des réactifs qui, stimulés par le catalyseur qu’est l’organisation de la Coupe du monde, font que la réaction chimique ait lieu rapidement, mais donne aussi des résultats positifs. Encore faut-il que le milieu soit favorable. Le cas du Maroc, qui suit ce rêve depuis le début des années 90 du siècle dernier, offre tous ces ingrédients.

Nul besoin de revenir sur son positionnement géopolitique et géoéconomique, encore moins sur l’effort d’investissements dans les infrastructures. Le chef du gouvernement vient de le souligner à fort propos devant les députés de la première Chambre, lundi 16 décembre.

L’année où il a pris les commandes, en 2021, son prédécesseur avait programmé un budget d’investissement de 230 milliards de dirhams dans les infrastructures. En 2024, ce montant a été porté à 335 milliards de dirhams. Dans le budget de l’année prochaine, le montant consacré aux investissements dans les infrastructures est de l’ordre de 340 milliards de dirhams.

Le jour du Mondial, en 2030, le Maroc, assure encore une fois le chef du gouvernement, «aura construit une infrastructure complète et intégrée». Et ce ne sont pas des mots en l’air. En réalité, le Royaume a largement rattrapé le gap en la matière durant les 25 dernières années.

Ce qui lui permet aujourd’hui d’être classé premier pays africain en termes de développement des infrastructures et 16e mondial pour ce qui est de la densité et de la qualité de son réseau routier.

Au lendemain de cet événement mondial, le Royaume aura gagné plusieurs centaines de kilomètres de lignes à grande vitesse réduisant drastiquement le temps de voyage, entre les principales villes sur l’axe atlantique, des aéroports capables d’accueillir près de 80 millions de passagers par an, un réseau autoroutier et de voie express plus dense et surtout un réseau de transport urbain de qualité, et pas seulement dans les six villes concernées par le Mondial.

Quant au développement des capacités touristiques, le résultat est tout simplement phénoménal. L’Exécutif s’était fixé pour objectif d’atteindre 17,5 millions d’arrivées, au terme de son mandat, en 2026. Il est déjà parti pour totaliser ce chiffre à la fin de l’année en cours.

Bien sûr, ces arrivées se traduisent en revenus – le gouvernement table sur 120 milliards de dirhams – et surtout des emplois, avec 200.000 dans le viseur. Évidemment, il y a toute une stratégie qui a été mise en place pour accompagner cette cadence, qui comprend aussi bien l’offre, c’est-à-dire le produit d’attraction, que les infrastructures, le transport aérien et l’animation.

La Coupe du monde attirera des millions de visiteurs au Maroc, ce qui aura certainement un impact positif sur le secteur du tourisme, les hôtels, les restaurants et les commerces locaux qui bénéficieront de cette affluence. Mais le Royaume, qui a su capitaliser sur la prestation de son équipe au Mondial du Qatar, il y a deux ans, est aujourd’hui mieux armé pour transformer l’essai de 2030.

Chantiers à ciel ouvert
Et ce n’est pas seulement dans le secteur touristique. Le Mondial, et cela commence déjà, est un coup de projecteur sur le Royaume. Un momentum historique qui lui permettra de «se vendre» en tant que destination privilégiée pour l’investissement, une plateforme qu’il est déjà pour certains pour accéder à toute l’Afrique de l’Ouest et même au reste du continent et un tremplin pour d’autres pour accéder aux marchés européen et nord-américain.

Là encore, le Royaume est déjà en avance. La nouvelle Charte de l’investissement a permis de dynamiser le secteur privé, aujourd’hui mûr, pour franchir le cap. L’exemple en est donné par ces nombreuses sociétés marocaines qui ont soumissionné et obtenu des marchés de grandes infrastructures, voies ferrées, barrages, stades… Et ce n’est qu’une infime partie de ce que cela peut générer en termes d’investissements.

Pour en avoir une idée, lors de la 6e réunion de la Commission nationale de l’investissement (CNI), des projets totalisant 134 milliards de dirhams d’investissements ont été validés, avec, à la clé, la création de près de 38.000 emplois.

Aziz Akhannouch a évoqué, lundi dernier, un stock de près de 4 milliards de dollars (environ 40 milliards de dirhams) qui devrait être soumis à approbation à l’occasion de la prochaine réunion qui devrait se tenir en janvier. C’est une réalité, l’organisation de la Coupe du monde attirera des investisseurs étrangers, ce qui contribuera à diversifier l’économie marocaine.

Notons que sur les 56 projets validés par la CNI, le 10 décembre, une bonne partie est prévue dans les secteurs touristique, des télécommunications et de la santé. Secteurs directement liés à l’organisation de la Coupe du monde. Voilà un autre secteur où cet événement est une aubaine pour toute la population du pays.

Rappelons-nous, en 2018, lorsque le Royaume avait présenté son dossier de candidature pour le Mondial 2026, il était précisé que la santé sera «l’un des héritages les plus profitables à tous les Marocains». En plus des cinq CHU déjà opérationnels à cette époque, cinq avaient été annoncés pour cette échéance : à Tanger, Agadir, Rabat, Béni Mellal et Laâyoune.

Nous sommes à deux ans de cette date, à l’exception de celui de Béni Mellal, le CHU de Tanger est déjà opérationnel, ceux d’Agadir (presque finalisé), de Laâyoune (plus de 60% d’avancement) et de Rabat (un mégachantier de plus de 1.000 lits et 6 milliards de dirhams d’investissement) sont en phase avancée de réalisation. Le projet du CHU de Béni Mellal, auquel se sont ajoutés celui d’Errachidia et de Guelmim, est en cours de lancement.

Le cap fixé
Dans le dossier, il était prévu également la construction de onze nouveaux hôpitaux régionaux ou provinciaux, planifiée pour 2026. Le secteur privé, de pointe, et le réseau des structures militaires devaient «compléter l’offre civile».

Bien avant l’attribution du Mondial 2026, le Maroc avait déjà décidé que tous les projets annoncés allaient être réalisés, quelle que soit la décision de la FIFA. Résultat des courses, depuis le début de la mise en œuvre du système de la Santé, les réalisations sont bien au-delà de ce qui était programmé à l’époque. En plus de ce qui a été réalisé, une trentaine de CHR et CHP sont actuellement en chantier.

Certains ont déjà atteint un stade de réalisation bien avancé. Le secteur privé suit la cadence, multipliant les ouvertures un peu partout dans le Royaume.

En parlant du Mondial, et quand les conditions favorables citées plus haut sont réunies, les économistes évoquent le fameux «effet d’entraînement». En d’autres termes, les dépenses en investissement public, environ 50 milliards de dirhams dans le cas du Maroc, se traduisent en revenus pour les entreprises qui les convertissent, en grande partie, en salaires et impôts. Les impôts sont réinvestis ou redistribués sous forme de services ou filets sociaux.

Les salaires sont injectés dans le circuit de consommation ou, éventuellement, transformés en partie en épargne. La consommation représente des revenus pour d’autres sociétés et l’épargne une source de financement pour de nouveaux projets, et ainsi de suite.

Au-delà de l’impact économique certain, le Mondial 2030, co-organisé avec l’Espagne et le Portugal, aura également des retombées aussi bien sociales que politiques et en termes d’image du pays.

La Coupe du monde contribuera sans doute à renforcer davantage le sentiment d’unité nationale et susciter une fierté patriotique chez les Marocains, comme elle permettra de promouvoir l’image du Maroc à l’échelle internationale, en mettant en avant sa culture, son patrimoine et son ouverture sur le monde.

Cette Coupe du monde donnera un coup de pouce au développement du football national et en fera une industrie à part entière, tout comme elle permettra au Royaume d’organiser d’autres manifestations continentales et internationales, que ce soit dans le sport ou autre.

L’organisation du Mondial 2030 est déjà, et ce sont là les propos du chef du gouvernement, «un puissant moteur pour accélérer la cadence des investissements, un grand pas en avant et un cap vers le développement du Maroc». Pour tout dire, une opportunité unique pour le Royaume de se développer et de se positionner comme un acteur majeur sur la scène internationale.