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En Couv’. Commande publique, qui veut gagner des milliards ?

Ces deux dernières années, le Maroc a lancé plusieurs appels d’offres pour des projets inédits, à la fois par la taille et par les montants engagés, dans des secteurs stratégiques, tels que le ferroviaire, l’aérien ou encore l’énergie. Tour d’horizon de ces marchés qui suscitent la convoitise des grandes multinationales.

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La commande publique au Maroc est en effervescence. RAM, ONCF, Masen, ONEE… Les grands établissements étatiques sont engagés en effet dans des projets d’investissement et de modernisation sans précédent, avec à la clé des contrats de plusieurs milliards de dirhams à attribuer. Les grands groupes internationaux, issus des pays traditionnellement partenaires du Royaume mais aussi des pays challengers qui aspirent à le devenir, se bousculent au portillon pour avoir leur part du gâteau. Il s’agit de groupes français, chinois, coréens, allemands, espagnols, américains, brésiliens, émiratis, qui lorgnent ces juteux marchés. Dans cette ruée, certains groupes marocains veulent être de la partie, le plus souvent en s’associant à un acteur étranger au sein de consortiums d’entreprises.

La perspective de l’organisation de la Coupe du monde de football 2030 a évidemment servi de catalyseur au lancement de ces marchés. Certains gros contrats ont d’ores et déjà été scellés, comme celui de la conception et du suivi des travaux du Grand Stade Hassan II à Benslimane, attribué au groupement constitué des architectes Oualalou + Choi et le cabinet américain Populous pour 5 milliards de dirhams. Le marché de construction de la station de dessalement de Casablanca, qui sera la plus grande d’Afrique, est un autre marché emblématique attribué au groupement Acciona-Akwa. D’autres appels d’offres parmi les plus attendus par la communauté d’affaires sont encore à prendre, et livreront leur verdict dans les semaines et mois à venir. Voici les plus importants d’entre eux.

ONCF : 168 rames à pourvoir, mais pas que…
Il s’agit de l’un des plus grands marchés jamais passé par l’Office national des chemins de fer et qui devrait bientôt livrer son verdict. Le 13 novembre 2023, l’Office lançait un appel à concurrence internationale à destination des constructeurs de matériel roulant ferroviaire pour l’acquisition de plus de 160 rames automotrices, assorti d’une clause de production industrielle. Montant global du marché : quelque 16 milliards de dirhams ! Au total, l’ONCF souhaite acquérir 18 rames à grandes vitesses, 40 rames intervilles, 60 trains navettes rapides et 50 métropolitains. Ce marché stratégique vise, d’une part, à accompagner la forte croissance du trafic voyageurs, à remplacer une partie de la flotte matériel roulant arrivée en fin de vie et, d’autre part, assurer les liaisons sur la future extension de la ligne à grande vitesse vers Marrakech, ainsi que le service de proximité, type RER dans les régions de Casablanca et Rabat.

Le projet intègre aussi un volet maintenance qui devrait être mené par une coentreprise entre l’ONCF et le constructeur retenu, ainsi qu’un projet d’usine de fabrication de matériels et composants ferroviaires, avec pour objectif d’en exporter une partie vers le marché international. C’est peu dire que ce marché a suscité un grand intérêt de la part des principaux constructeurs mondiaux. Aux dernières nouvelles, cinq groupes internationaux sont en lice pour la phase de dialogue compétitif: le groupe français Alstom, les espagnols Talgo et Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF), le coréen Hyundai Rotem et le chinois CRRC. Le britannique TDI Innovations a, lui, été écarté de la course.

Trois des concurrents admis à la phase de dialogue compétitif ont soumissionné à l’ensemble des lots (rames à grande vitesse, rames intervilles, trains navettes rapides et métropolitains). Il s’agit de l’espagnol CAF, du français Alstom (via ses filiales en Espagne, au Maroc et en Italie) et du coréen Hyundai Rotem. Talgo est lui en lice pour les rames à grandes vitesses et les rames intervilles, tandis que CRRC est en lice pour les trains navettes rapides et métropolitains.

En parallèle à ce marché stratégique, l’ONCF a lancé plusieurs appels d’offres dans le cadre de son projet d’extension de la ligne à grande vitesse vers Marrakech. Pour le génie civil du tracé de la future LGV, les groupes chinois raflent la mise : sur les quatre lots attribués à ce jour, trois ont été accordés à des groupes chinois. Les groupes China Railway NO.4 Engineering, Shandong Hi-Speed Engineering Construction Group et China Railway 20 th Bureau Group (CRCC 20) se sont déjà vu attribuer trois lots pour respectivement 3,4, 4,05 et 2,83 milliards de dirhams. Un autre lot a été attribué au groupe marocain TGCC, pour un montant de 2,83 milliards de dirhams. Dans le même temps, l’ONCF a lancé un appel d’offres relatif à l’acquisition de 60.000 tonnes de rails, pour un montant de 612 millions de dirhams. Quant au marché des appareils de voie destinés à l’augmentation de la capacité de la LGV Kénitra-Marrakech, il a été attribué en deux lots au groupe allemand Vossloh Cogifer et au chinois China Railway Shanhaiguan Bridge, pour un montant global de 577 millions de dirhams.

RAM passe la plus grande commande de son histoire
C’est l’autre marché public qui tient en haleine la communauté des affaires et qui devrait connaître son épilogue au cours «des prochaines semaines». Engagée dans une ambitieuse stratégie de développement, la compagnie nationale vise à faire passer sa flotte de 52 avions actuellement à 200 d’ici 2037. Pour ce faire, Royal Air Maroc a lancé le 15 avril dernier un appel d’offres international pour la commande de 188 avions, dont les deux tiers seront des jets à fuselage étroit (avions monocouloirs comme les Airbus A320 et les Boeing 737), le reste étant des gros-porteurs long-courriers n’offrant pas plus de 350 sièges.

RAM cherche à acquérir également 30 avions à réaction régionaux, des appareils conçus pour des vols court-courriers, souvent avec une capacité de moins de 100 passagers. Les principaux avionneurs mondiaux sont évidemment sur le qui-vive. Et la compagnie, dont la flotte actuelle est composée principalement d’appareils Boeing, devrait cette fois diversifier ses fournisseurs en y intégrant davantage l’européen Airbus ou encore l’avionneur brésilien Embraer. Cet été, le patron de RAM, Abdelhamid Addou a d’ailleurs rendu visite aux trois constructeurs sur leur site de production. L’étude des offres techniques présentées par les constructeurs sera bientôt finalisée du côté de la compagnie nationale, qui va se pencher désormais sur d’autres aspects importants du marché, à savoir le financement de ces acquisitions et surtout le calendrier de livraison. Pour RAM, les maîtres-mots qui présideront au choix des appareils commandés sont «efficacité» et «qualité». Par ailleurs, en quadruplant sa flotte, la compagnie devrait s’affranchir de la contrainte qui veut qu’une petite flotte ne peut se permettre d’avoir recours à plusieurs constructeurs, pour des questions de coûts et d’efficacité. Un changement de dimension qui devrait permettre de contenter un peu tout le monde.

Liaison électrique sud-nord : Cette fois c’est la bonne ?
Le projet de liaison électrique très haute tension de 3 GW entre le sud et le centre du Maroc semble enfin voir le bout du tunnel. Ce projet stratégique initié par l’ONEE, estimé à plusieurs milliards de dirhams (on parle d’un montant proche des 20 milliards), doit permettre d’acheminer des énergies renouvelables depuis les provinces du Sud jusqu’à la région de Casablanca, pour alimenter, entre autres, la future station de dessalement de Casablanca. Dès novembre 2023, l’ONEE avait lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour entamer un processus de consultation avec les entreprises intéressées. Problème: ce projet a pris du retard, en témoigne le report, à cinq reprises, de la date limite de remise des offres, pour des raisons liées au schéma retenu par l’Office pour sa réalisation et aux conditions d’éligibilité.

Fin août, l’ONEE, qui a entretemps changé de directeur général, avec la nomination à sa tête de Tarik Hammane, a relancé ce marché, avec des modifications et des clarifications apportées à l’AMI.

Concrètement, l’une des principales modifications de l’AMI concerne le mode de réalisation du projet. Ainsi, en plus du «schéma Boot», prévu initialement, s’ajoute désormais le «schéma EPC». Et dans la configuration «Boot», le candidat retenu in fine sera en charge du développement, de la conception, du financement, de la construction, de l’exploitation et de la maintenance du projet dans le cadre d’un contrat de type build-own-operate-transfer à conclure avec l’ONEE-Branche électricité.

Dans la configuration «EPC», le candidat retenu in fine sera en charge de la conception, de la construction et de la mise en service du projet dans le cadre d’un contrat de construction clés en main (EPC), et éventuellement de certains aspects de la maintenance du projet suivant un contrat de maintenance long terme (LTSA) incluant des engagements de maintenance élargis. Une autre modification décisive apportée à l’AMI initial concerne le séquençage du projet. Ce dernier sera désormais réalisé en deux phases : la première porte sur la réalisation d’une liaison électrique d’une capacité de 1.500 MW sud-centre à mettre en service dans les plus brefs délais. La seconde phase porte sur la réalisation d’une liaison électrique d’une capacité supplémentaire de 1.500 MW à mettre en service en 2029.
Désormais mieux calibré, l’AMI devrait susciter l’intérêt des plus grandes entreprises mondiales du secteur. Une nouvelle date de remise des prix, à savoir le 15 octobre, a d’ailleurs été fixée pour les concurrents intéressés. En attendant les résultats de l’AMI, et afin d’accélérer la réalisation de ce projet stratégique, un appel d’offres pour la réalisation d’études topographiques relatives aux lignes aériennes de la future liaison a été lancé. Les études, dont le coût est estimé à 8,4 millions de dirhams, seront scindées en trois lots, répartis sur les tronçons reliant Oued Lekraâ, Tan-Tan, Marrakech et Mediouna.

 


Centrale d’Al Wahda : Américains et Japonais au coude à coude
C’est un autre gros marché initié par l’ONEE. En avril 2023, l’Office a lancé un appel d’offres pour la construction d’une centrale thermique à gaz près du barrage Al Wahda, pour un montant de 6 milliards de dirhams. Près de 18 mois après, le résultat des consultations se fait toujours attendre, mais ce marché devrait finalement livrer son verdict prochainement. Selon des sources médiatiques, le groupe américain General Electric et le japonais Mitsubishi seraient les deux favoris pour décrocher le contrat.
La centrale d’Al Wahda, qui sera située près du barrage éponyme, sera composée de deux turbines de 450 MW chacune et sera approvisionnée via le Gazoduc Maghreb-Europe. Le projet sera réalisé dans le cadre d’un marché clés en main pour «la conception, l’approvisionnement, la construction, le montage, les essais, la mise en service d’une centrale composée de deux turbines à gaz».
Les turbines à gaz de la nouvelle centrale d’Al Wahda seront de type «dual fuel». Cette configuration permettra à la centrale de fonctionner à la fois avec le gaz naturel comme combustible principal et le gasoil comme combustible de secours. En cas de concrétisation, la centrale d’Al Wahda deviendrait la troisième centrale à gaz du Maroc, après celle de Tahaddart et d’Aïn Béni Mathar.


Masen : Noor Midelt dans les starting-blocks
Le complexe Noor Midelt, l’un des plus grands projets solaires au monde, avec une capacité projetée de 1.600 MW, dont 600 MW de CSP et 1.000 MW de photovoltaïque, avance désormais à grands pas. Le projet mobilise un montant de 20 milliards de dirhams.
Après avoir accusé du retard, la première phase (Noor Midelt 1) de ce mégaprojet est désormais dans sa dernière ligne droite et devrait être achevée au cours de ce semestre. Noor Midelt 1 aura une capacité de 800 MW, dont plus de la moitié en photovoltaïque. Le marché a été attribué au consortium composé d’EDF Renouvelables (France), Masdar (Émirats arabes unis) et Green of Africa (Maroc). Pour ce qui est de Noor Midelt II et III, d’une capacité de 400 MW chacune, Masen a lancé la procédure d’appel d’offres cet été. Auparavant, une liste des soumissionnaires préqualifiés pour chacune des deux centrales a été dévoilée par Masen. On y retrouve des poids mondiaux du secteur, comme le saoudien ACWA Power Company, les espagnols Cobra Instalaciones y Servicios et Acciona Generacion Renovable, les français Vinci, EDF renouvelable et GDF International, le japonais Mitsui & Co, le chinois SPIC Huanghe Hydropower Development, l’italien Enel green Power, ou encore les émiratis Abu Dhabi Future Energy Company PJSC et Masdar. Côté marocain, GAIA, Nareva et Green of Africa sont dans la course.