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En Couv’. Câblage : La montée en puissance d’une industrie historique
Née après l’Indépendance, l’industrie marocaine du câblage est devenue au fil des décennies un poids lourd de l’économie nationale. La transition énergétique, la mobilité électrique et les infrastructures réseau lui donnent aujourd’hui un nouvel élan de croissance.
Le 23 février dernier, à Berrechid, l’industrie marocaine du câblage ouvrait une nouvelle page de sa longue histoire : ce jour-là, le groupe marocain FBR Câbles inaugurait la toute première usine de fabrication de câbles à fibre optique du Royaume, offrant de nouvelles perspectives à ce secteur critique de l’économie nationale.
Mobilisant un investissement global de 200 millions de dirhams, ce nouveau site industriel, qui s’étend sur une superficie de 15.000 m², permet de porter la capacité de production annuelle du Maroc à 70.000 km de câbles à fibre optique.
L’ambition affichée par les dirigeants est de couvrir 60% des besoins du marché marocain, estimés entre 120.000 et 130.000 km par an, mais aussi de se positionner au-delà des frontières, en adressant notamment les marchés d’Afrique de l’Ouest.
À travers cet investissement stratégique, FBR Câbles vise à capter la croissance du marché national des télécommunications, un secteur en pleine effervescence, porté par le déploiement accéléré de la 4G, de la 5G et du FTTH. En filigrane, c’est la souveraineté industrielle et numérique du Royaume qui se joue.
Longtemps dépendant des importations, le marché national bénéficie désormais, avec l’inauguration du site de Berrechid, d’une alternative locale compétitive aux meilleurs standards. «L’inauguration de cette unité 100% marocaine de production de câbles à fibre optique constitue un jalon stratégique pour notre souveraineté industrielle.
Elle renforce le Made in Morocco et positionne le Royaume comme un hub régional d’exportation vers l’Afrique», s’était félicité Ryad Mezzour lors de la cérémonie d’inauguration.
Le lancement de l’usine de Berrechid illustre la montée en puissance d’une industrie historique, celle du câblage, considérée comme l’un des segments industriels les plus proéminents de l’économie marocaine. Comme le rappelle cet industriel, «le secteur du câblage est un secteur à forte intensité de main-d’œuvre.
Il emploie des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes au Maroc. Des leaders mondiaux ont investi massivement dans des installations industrielles de pointe. Et cela ne date pas d’hier».
Un rapide retour en arrière permet en effet de mesurer le long chemin parcouru par cette industrie. Aux origines, dans les années 1950-1960, le câblage faisait ses premiers pas en réponse aux besoins d’équiper le pays en infrastructures électriques.
C’est dans cette optique que les Câbleries du Maroc ont été créées en 1960, rejoignant le groupe Nexans (anciennement CGE Maroc) qui opère dans le Royaume depuis 1947. S’est ensuivie une première phase d’expansion dans les années 70, avec le démarrage de la production de câbles téléphoniques, tandis que les premières exportations ont eu lieu au début des années 1980.
Présence massive des géants mondiaux
Ensuite, fin 1990-début 2000, le secteur a pris un virage résolument industriel, dans le sillage d’abord de la structuration d’un ambitieux écosystème automobile, suivi par ceux dédiés à l’aéronautique et au ferroviaire.
C’est durant cette période que les leaders mondiaux du câblage ont jeté leur dévolu sur le Maroc, positionnant le pays comme un hub mondial d’exportation.
À Tanger, Kénitra, Casablanca, Fès ou encore Agadir, les ouvertures d’usines de câblage se sont multipliées, pour servir des secteurs en plein essor, notamment les industries automobile et aéronautique, grands consommateurs de câbles et de faisceaux en tout genre.
Parmi ces géants figurent les japonais Yazaki ou Sumitomo, les américains Aptiv (ex-Delphi), TE Connectivity et Lear, l’allemand Leoni, ou encore Coficab, membre du groupe tunisien Elloumi.
Aujourd’hui, un groupe comme Sumitomo emploie près de 30.000 personnes au Maroc sur ses différents sites industriels, ce qui en fait l’un des plus grands employeurs privés du pays.
Les industriels marocains ne sont pas en reste. Des groupes comme les Câbleries du Maroc, actifs depuis près de 70 ans, parviennent à tirer leur épingle du jeu et ne cessent de diversifier leur production.
Résultat des courses, le Maroc s’invite dans la table des poids lourds mondiaux des exportateurs de câbles. Prenons le cas des câbles isolés. Le Royaume en a exporté pour près de 70 milliards de dirhams en 2024, se classant au 6e rang mondial des exportateurs de ce produit selon les données de l’Observatoire de la complexité économique (OEC).
Les principaux pays destinataires des exportations marocaines de fil isolé en 2024 étaient l’Espagne (2,46 milliards de dollars), la France (1,13 milliard de dollars), l’Allemagne (927 millions de dollars), le Royaume-Uni (655 millions de dollars) et la Slovaquie (266 millions de dollars).
Dans le cas du câblage automobile, les exportations ont culminé en 2025 à 57,7 milliards de dirhams, en progression de 7,7% par rapport à 2024, et de 235% par rapport à 2015, selon les données de l’Office des changes. Le segment représente aujourd’hui près de 37% de l’ensemble des exportations de la filière automobile.
Dans l’industrie aéronautique, les exportations de câbles ont progressé de 8,3% pour frôler les 10 milliards de dirhams, soit environ 33% des exportations globales du secteur.
Une demande mondiale vigoureuse
Côté perspectives, elles s’annoncent très prometteuses. Le déploiement d’infrastructures énergétiques de source renouvelable ainsi que l’accélération du déploiement de la connectivité très haut débit constituent en effet de nouveaux relais de croissance.
«La tendance haussière des exportations va se poursuivre. Le câblage reste un marché structurellement en croissance. Les projections du marché mondial du câblage sont globalement très positives à moyen et long terme, portées notamment par la transition énergétique, la digitalisation et l’électrification du secteur automobile», confirme un acteur du secteur.
Selon les projections, le marché mondial du câblage devrait culminer à 259 milliards de dollars en 2026 et 276 milliards de dollars en 2027, avant d’atteindre un chiffre d’affaires de 460 milliards de dollars d’ici 2035, soit une croissance annuelle de 6,59% en moyenne entre 2026 et 2035. Les moteurs de cette croissance sont nombreux.
Le marché des câbles et fils électriques connaît une transformation majeure sous l’effet du développement des infrastructures et de l’accélération de la transition vers les réseaux intelligents. Ainsi, près de 35% des nouvelles installations de câbles sont destinées aux infrastructures de fibre optique et d’Internet à haut débit, en réponse à l’essor de la 5G.
Par ailleurs, 28% de la demande est désormais imputable à l’intégration des énergies renouvelables, tandis que le secteur automobile y contribue à hauteur d’environ 22%, avec l’essor des véhicules électriques et connectés.
L’automatisation industrielle représente, quant à elle, plus de 18% de la consommation mondiale de câbles et fils électriques, portée par la croissance des usines intelligentes et l’adoption de l’Internet des objets (IoT). Enfin, les câbles isolés en PVC dominent avec plus de 40% de parts de marché.
Les défis de la matière première et de l’intégration locale
Les relais de croissance sont bien là. Mais pour transformer l’essai, les industriels marocains devront surmonter plusieurs défis. Le premier d’entre eux est lié à la volatilité des matières premières utilisées dans les câbles, notamment l’aluminium et surtout le cuivre.
Dans de nombreux types de câbles (énergie, automobile, télécoms), le cuivre représente 50 à 70% du coût total de fabrication. Or, depuis 2025, les cours mondiaux de ce métal sont en forte hausse, dépassant les 12.000 dollars la tonne, affectant directement les marges des fabricants.
La transition énergétique pourrait accentuer cette pression. Certaines projections évoquent un doublement de la demande mondiale de cuivre d’ici 2035, ce qui pourrait maintenir les prix à des niveaux élevés.
Des industriels évoquent même un risque de pénurie dans les prochaines années, la demande dépassant de loin l’offre. Raison pour laquelle les grands industriels investissent dans le recyclage des déchets de cuivre et testent de plus en plus d’autres métaux pour certains types de câbles. Ce qui gonfle considérablement les investissements dans la R&D.
Reste aussi à améliorer l’intégration locale. Les géants mondiaux basés au Maroc sont incités à ramener leurs propres fournisseurs au Royaume et produire localement des pièces jusqu’ici importées.
Des leaders comme TE Connectivity ou Aptiv ont ainsi renforcé leurs capacités locales pour mouler des connecteurs de précision, une pièce complexe et chère, directement à Tanger ou Kénitra.
Pour ce qui est des rubans isolants et des gaines, des acteurs comme Coroplast ou Tesa développent des solutions locales pour fournir les protections thermiques et mécaniques des faisceaux.
Le Maroc veut ainsi passer d’une logique de montage à une logique de fabrication intégrée. L’objectif est fixé : fabriquer, à terme, des harnais 100% marocains.
Câblage ferroviaire : Alstom en locomotive
Portée par le succès mondial du Royaume dans le câblage automobile, la filière se diversifie vers le secteur ferroviaire. Le paysage industriel marocain regroupe quelques entreprises internationales de premier plan qui possèdent des unités de câblage dédiées au ferroviaire.
Située à Fès, l’usine Cabliance est la référence en la matière. Initialement créée en coentreprise avec Nexans, elle appartient depuis 2016 à Alstom. Employant quelque 1.300 personnes, c’est l’un des rares sites au monde du groupe dédié exclusivement à la production de faisceaux de câbles et d’armoires électriques pour le matériel roulant.
L’usine exporte la quasi-totalité de sa production vers des projets ferroviaires mondiaux, avec les standards techniques et de qualité les plus exigeants (certification IRIS). Le site de Fès fournira également en câbles les futurs TGV acquis par l’ONCF auprès d’Alstom pour l’exploitation de la LGV Kénitra-Marrakech, contribuant ainsi à la structuration d’un écosystème ferroviaire local.
Le projet d’usine du coréen Hyundai Rotem pour la production de RER à Benguerir devrait lui aussi agir comme un catalyseur de l’industrie du câblage.

