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Ces hubs portuaires stratégiques pour l’Afrique
Les pays africains se sont lancés dans une «course folle» aux titres de hubs continentaux, en développant des projets de plus en plus grands et risquant de se retrouver avec des infrastructures surdimensionnées.
Selon l’Union africaine, plus de 90% des importations et exportations de l’Afrique sont transportées par voie maritime, faisant du continent une porte stratégique vers le commerce mondial. Les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) montrent que l’Afrique représente 2,5% des exportations et 3% des importations du commerce mondial de marchandises en valeur. La «course aux ports africains» de la part des investisseurs, aussi bien continentaux qu’internationaux, qui a débuté dans les années 1990, devrait stimuler considérablement le commerce maritime du continent.
Face à l’évolution et la croissance rapides de ce secteur stratégique de l’économie, les États d’Afrique se sont lancés dans une «course folle» aux titres de hubs continentaux, en développant des projets de plus en plus grands et risquant de se retrouver avec des infrastructures surdimensionnées, ne correspondant pas aux besoins prioritaires pour la réussite de ces projets (routes, capacité de stockage, positionnement stratégique).
La course aux hubs continentaux
Pour prétendre au statut de hub portuaire continental, plusieurs critères essentiels doivent être remplis : une localisation stratégique, permettant un positionnement avantageux à proximité des principales routes régionales et mondiales, un contexte d’offre portuaire, caractérisé par une absence ou une faible présence d’autres infrastructures similaires dans la région, une demande en trafic importante et, enfin, une excellente connectivité efficace avec l’hinterland (arrière-pays continental), assurant une fluidité de circulation grâce à des infrastructures routières et ferroviaires performantes.
Les États ont également la possibilité de viser des statuts de hubs régionaux, à l’instar du port de Djibouti, ou nationaux, comme celui de Libreville. Cette compétition, toutefois, expose de nombreux pays africains à des difficultés, voire à des échecs cuisants. L’exemple du port de Djen-Djen en Algérie est révélateur : bien qu’animées par l’ambition de devenir un hub régional, les autorités n’ont pas analysé correctement l’environnement proche de ce projet. Ainsi, cette erreur d’appréciation qui n’a pas pris en compte la localisation du port de Djen-Djen, entouré par les ports voisins de Tanger Med et de Port-Saïd, en plus du déficit d’infrastructures et une mauvaise connectivité avec l’arrière-pays, a fait que les conditions nécessaires à la viabilité et à l’attrait d’un tel projet n’étaient tout simplement pas réunies, conduisant à des perspectives peu encourageantes pour sa prospérité.
Selon un rapport d’Okan Partners, un cabinet de conseil dédié à l’Afrique, et de l’Africa CEO Forum et intitulé «Les ports en Afrique, accélérer la mutation», publié en octobre 2020, «la guerre des hubs» et la «course aux investissements» font aujourd’hui rage sur le continent. D’après cette étude, seuls «quatre à cinq ports» pourront prétendre au statut de leader des hubs continentaux ou régionaux, alors que les ports de Tanger Med, de Port-Saïd, ou de Durban se sont déjà imposés comme les plateformes portuaires incontournables en Afrique.
Afrique du Nord-Ouest : Tanger Med, leader incontesté
Classé au 24e rang mondial, Tanger Med est le leader incontesté des ports africains mais aussi méditerranéens, puisqu’il dépasse en volume et en qualité de services les ports du Pirée en Grèce, de Port-Saïd ou encore d’Algésiras. En 2022, le port a traité un total de 7,6 millions de conteneurs EVP (Equivalent vingt pieds) manutentionnés, en hausse de 6% par rapport à 2021. À travers cette infrastructure portuaire considérée comme le «port intelligent» de référence en Afrique, le Maroc se positionne comme un acteur majeur de la logistique mondiale, jouant un rôle crucial en tant que passerelle entre l’Europe et l’Afrique.
Les points forts de Tanger Med c’est qu’il a été pensé de manière intégrée dès la conception du projet, qu’il dispose d’une gouvernance claire avec un porteur de projet public de qualité (l’Agence spéciale Tanger Méditerranée-TMSA) et qu’il est le produit d’une mobilisation de l’expertise internationale via des PPP.
Afrique de l’Ouest : Lomé, catalyseur de développement
Au carrefour des échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest, le Port de Lomé se distingue comme un véritable moteur économique régional. Offrant une connectivité exceptionnelle, il se positionne comme le pivot logistique par excellence, permettant l’acheminement rapide et efficace des marchandises vers plusieurs capitales africaines en une seule journée.
Bordé par les terres de pays enclavés, tels que le Burkina Faso, le Niger, le Mali et même le Tchad, le Port de Lomé joue un rôle crucial en tant que voie maritime vitale pour ces nations dépourvues de littoral. Au-delà de ses fonctions traditionnelles, le Port de Lomé abrite également une zone franche industrielle florissante, accueillant des installations de production de pointe. Son ascension fulgurante depuis fin 2020 en tant que premier port à conteneurs de la région et le quatrième en Afrique témoigne de son importance croissante dans le paysage économique continental.
Ainsi, le Port de Lomé incarne bien plus qu’une simple infrastructure portuaire, il représente un catalyseur de développement économique pour toute l’Afrique de l’Ouest, façonnant l’avenir du commerce régional avec détermination et ambition.
Afrique australe : Durban, porte de l’hémisphère Sud
À la suite de la crise économique causée par la pandémie, Durban s’est lancée dans une entreprise ambitieuse visant à dépasser les obstacles majeurs entravant sa croissance. Au cœur de cette initiative se trouve la refonte de la gestion de ses ports, véritables artères de son commerce extérieur. Bien que les infrastructures portuaires du pays soient parmi les plus avancées du continent, leur efficacité et leur compétitivité sont entravées par des problèmes opérationnels persistants, résultant du manque d’investissements et de maintenance.
Classé bon dernier en termes de performances dans l’index établi en 2020 par la Banque mondiale, Durban demeure pourtant le principal port à conteneurs de l’hémisphère Sud. Une réalité qui souligne l’urgence d’agir pour remédier aux dysfonctionnements et renforcer la position stratégique du pays sur la scène maritime internationale. En effet, trois autres ports sud-africains, Le Cap, Port Elizabeth et Ngqura, se retrouvent également parmi les cinq derniers de ce classement peu enviable.
Afrique de l’Est : Mombassa retrouve sa splendeur
Le port de Mombassa est un port en eau profonde important situé le long de la côte sud-est de l’océan Indien du Kenya. Historiquement, cette région a été une plaque tournante commerciale florissante au XVIIIe siècle avec l’arrivée des marins portugais et des commerçants arabes. Aujourd’hui, le port de Mombassa est devenu une installation moderne, traitant un large éventail de types de marchandises, notamment des marchandises sèches, des vracs liquides et des marchandises conteneurisées. Il sert également de haut lieu du tourisme, accueillant les navires de croisière sur ses postes d’amarrage réservés aux passagers. Ce port dessert également le commerce maritime des pays africains intérieurs, tels que l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda, l’est du Congo, l’Éthiopie et le Soudan.
Afrique du Nord-Est : Port-Saïd a de grandes ambitions
Le port égyptien de Port-Saïd maintient sa position de second port africain en termes de volume de conteneurs manipulés, ayant traité 4,2 millions d’unités en 2022. Jouissant d’une situation géographique privilégiée en tant que l’un des principaux hubs de la Méditerranée, son avantage stratégique est renforcé par sa proximité avec le canal de Suez, une artère majeure du commerce maritime mondial.
Suite à d’importants investissements, le port a été modernisé pour accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde et traiter simultanément deux gros porte-conteneurs à la fois. Les autorités égyptiennes ont clairement affiché leur volonté de faire de ce complexe portuaire le leader du transbordement en Méditerranée, consolidant ainsi la position de l’Égypte en tant que plaque tournante du commerce régional et international.
