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Appareils de voie: Ces fournisseurs qui feront rouler la future LGV

Derrière les rails de la LGV Kénitra-Marrakech, une armada de fournisseurs européens et asiatiques façonne la grande vitesse marocaine. Appareils de voie, aiguillages haute technologie, engins spécialisés… Ces industriels construisent et propulsent le réseau ferroviaire national. Découverte.

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Le 26 février 2025, l’ONCF a enclenché la vitesse supérieure. Dans le cadre du renouvellement de sa flotte et de l’extension de la LGV Kénitra-Marrakech, 168 trains de nouvelle génération ont été commandés pour 29 milliards de dirhams (MMDH).

Objectif : accompagner le boom du trafic attendu lors du Mondial 2030 et développer des navettes rapides et métropolitaines (RER) dans tout le Royaume. Le français Alstom livrera les 18 trains à grande vitesse, l’espagnol Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF) fournira 40 trains interurbains, tandis que le coréen Hyundai Rotem s’est adjugé le contrat pour 110 trains RER.

Mais sans rails, pas de trains. Consciente de cette réalité, l’entreprise publique dirigée par Mohamed Rabie Khlie a sécurisé parallèlement dix contrats de fourniture d’appareils de voie de haute performance pour un montant total de 3,2 MMDH, afin de moderniser et d’augmenter la capacité de la future LGV.

Dernière commande en date : celle validée le 27 janvier dernier auprès de China Railway Materials Track Technology Service (CRM Track Technology) pour la fourniture de 60.000 tonnes de rails en acier de type 60 E1 pour 451,5 millions de dirhams (MDH) TTC.

Spécialiste des infrastructures ferroviaires, notamment les appareils de voie (aiguillages) et systèmes de fixation, la filiale du groupe étatique China Railway Materials (CRM) a été choisie pour son offre la moins-disante, devant le géant indien Jindal Steel et JSW Steel Italy Piombino, filiale italienne du groupe indien JSW Steel.

Ce contrat, d’une durée de seize mois, couvre la fabrication, le transport et le conditionnement des rails sur des wagons plats mis à disposition par l’ONCF.

 

Plus de 80.000 tonnes de rails en acier
Avec 60.000 tonnes d’acier, l’ONCF sécurise l’équivalent de 250 km de LGV en double voie, soit plus de la moitié du tracé Kénitra–Marrakech (environ 430 km). Le choix du rail 60 E1, plus connu sous l’appellation UIC 60, ne relève d’aucun hasard : c’est le standard européen des lignes soumises à de fortes charges et à des vitesses élevées.

Même logique pour l’acier au manganèse de type R260Mn. Sa résistance accrue à l’usure et à la fatigue en fait un allié incontournable pour garantir la longévité des voies sous trafic intense.

Au-delà de son mégacontrat au Maroc, CRM Track Technology déploie son expertise sur plusieurs chantiers ferroviaires stratégiques à travers le monde, notamment dans le sillage de l’initiative chinoise Belt and Road Initiative, ce projet pharaonique visant à connecter l’Asie à l’Europe et à l’Afrique par des corridors terrestres et maritimes.

Parmi ses références majeures figure la LGV Chine-Laos (414km), maillon clé du corridor économique Chine-Asie du Sud-Est, la ligne Jakarta-Bandung en Indonésie, ainsi que le projet East Coast Rail Link (ECRL) en Malaisie. L’équipementier est également présent dans des projets majeurs en Europe, comme la ligne Belgrade-Budapest devant relier le port du Pirée (Grèce) à l’Europe centrale.

Actif également en Afrique, le groupe est présent dans le projet Lagos-Kano, long de plus de 1.300 km, considéré comme l’un des plus importants chantiers ferroviaires financés par la Chine sur le continent.

Prédominance des groupes chinois
CRM Track Technology vient étoffer une liste déjà bien fournie de fournisseurs chinois mobilisés par l’ONCF dans le cadre du chantier titanesque de la LGV Kénitra-Marrakech.

En juin 2025, le géant public China Railway Construction Corporation (CRCC), déjà fortement impliqué dans les travaux de génie civil, a remporté un contrat stratégique de plus de 600 MDH pour la fourniture de rails supplémentaires en acier au manganèse 60 E1. Selon le groupe, il s’agissait de sa première exportation de ce type de matériel vers l’Afrique, avec des livraisons prévues courant 2026.

Deux mois plus tôt, le 8 avril, sa filiale China Railway Material Group Hong Kong Macau Company, associée à Angang Steel Company Limited, filiale du sidérurgiste public Ansteel Group, décrochait un marché similaire d’un montant d’environ 472 MDH, renforçant la belle moisson de la holding dans le Royaume.

Au menu : la fourniture, sur dix-huit mois, de rails en acier destinés principalement au tronçon Sidi Ichou-Fès. Le 21 novembre dernier, la presse chinoise annonçait d’ailleurs l’expédition d’une première cargaison de plus de 6.400 rails depuis le port de Bayuquan, l’équivalent d’environ 54 km de LGV en double voie.

China Railway Shanhaiguan Bridge Group (CRSBG) figure lui aussi parmi les fournisseurs retenus. Entre juillet et octobre 2024, cette filiale de China Railway Hi-Tech Industry Co a décroché deux contrats pour la fourniture d’appareils de voie destinés à la ligne conventionnelle, dans le cadre du projet d’augmentation de la capacité ferroviaire entre Kénitra et Marrakech, incluant le hub de Casablanca.

Montant cumulé : près de 503 MDH. L’offensive s’est poursuivie en avril 2025 avec l’attribution d’un marché de 143 MDH au consortium chinois formé par Car Beijing Railway Equipment Technology et Tengmin Jiangsu Nano New Material.

À la clé : la fourniture et la livraison de 322 appareils de voie, dont 162 en tranche ferme et 160 en tranche conditionnelle. Les industriels chinois dominent largement le marché des appareils de voie. Sur les neuf fournisseurs retenus, sept viennent de l’Empire du Milieu et concentrent à eux seuls 2,1 MMDH, soit les deux tiers du marché global, estimé à 3,2 MMDH.

Leur force ? Une offre «all-in-one» intégrant conception, fabrication, stockage et transport maritime. Une formule clés en main qui renforce leur compétitivité sur les marchés stratégiques de l’ONCF.

L’Italie et l’Inde aussi dans la course

Les groupes chinois ne sont toutefois pas les seuls à équiper l’ONCF. L’opérateur national diversifie ses sources d’approvisionnement en s’appuyant sur d’autres poids lourds de l’industrie ferroviaire.

C’est le cas de JSW Steel Italy Piombino SPA, filiale du groupe indien JSW Steel, qui a remporté en décembre 2024 un marché de 560 MDH pour la fourniture de rails 60 E1 de 36 mètres.

Ces rails en acier à haute résistance seront produits sur le site industriel de Piombino, en Toscane, avec des livraisons échelonnées sur douze à dix-huit mois. Un contrat qui intervient dans un contexte d’expansion industrielle.

En avril 2025, le fournisseur historique du gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire nationale italienne Rete Ferroviaria Italiana a signé un accord de 143 millions d’euros avec le gouvernement italien pour porter la capacité annuelle de l’usine de 300.000 à 600.000 tonnes de rails.

Vossloh, l’expertise allemande au service de la performance

L’allemand Vossloh s’est lui aussi imposé comme un partenaire stratégique de l’ONCF dans l’extension du réseau ferroviaire marocain. Sa filiale Vossloh Cogifer, référence mondiale dans la conception et la fabrication d’aiguillages, a été retenue début octobre 2024 pour la fourniture d’appareils de voie de haute technologie et de systèmes de fixation des rails, pour un montant de 490 MDH.

Ces équipements, attendus d’ici 2028, équiperont le tronçon Casablanca-Marrakech de la LGV (environ 245 km). L’industriel devrait également y déployer des capteurs intelligents permettant de surveiller en temps réel l’état des aiguillages (température, force de manœuvre, etc.), facilitant une maintenance prédictive.

Un mois plus tôt, en juillet, la même entité avait décroché un contrat additionnel de 32 MDH pour la fourniture d’appareils de dilatation destinés aux ouvrages d’art. Ces dispositifs seront installés sur les nombreux viaducs du tracé, notamment ceux franchissant les oueds entre la métropole et la ville ocre.

Leur rôle : absorber les mouvements structurels liés aux variations thermiques tout en garantissant la continuité du rail et la sécurité des circulations à 320 km/h.

Ces deux contrats ont d’ailleurs contribué à porter le carnet de commandes du groupe Vossloh à un niveau record de plus de 1,3 milliard d’euros en 2024, illustrant le poids croissant du chantier de la LGV Kénitra-Marrakech dans la dynamique internationale des grands équipementiers ferroviaires.

Vossloh n’en est pas à ses premiers contrats au Maroc. Bien avant ce projet, l’équipementier avait fourni l’essentiel des systèmes d’aiguillage du réseau du tramway de Casablanca, dont des appareils de voie atteignant 98 mètres de long et intégrant jusqu’à 17 bifurcations.

Engins de voie : Italiens et Suisses en force

Le groupe germanique pourrait d’ailleurs renforcer davantage son positionnement sur les marchés ferroviaires du Royaume après avoir finalisé, le 2 octobre dernier, l’acquisition du fabricant européen de traverses en béton Sateba, pour environ 450 millions d’euros. Une opération structurante, sachant que Sateba avait déjà fourni les traverses en béton de la LGV Tanger-Casablanca.

En intégrant cette nouvelle brique industrielle, le constructeur renforce et diversifie son offre, lui permettant ainsi de couvrir une part plus large de la chaîne de valeur ferroviaire au Maroc.

Installer des appareils de voie, c’est stratégique. Les entretenir, c’est vital. Pour accompagner les travaux de la LGV Kénitra–Marrakech et l’extension du réseau national, l’ONCF a ainsi renforcé son arsenal avec une flotte d’engins spécialisés : EMV, bourreuses de ligne, bourreuses d’appareils de voie, régaleuses avec trémie ou encore draisines caténaires…

Sur ce segment hautement technique, l’autrichien Plasser& Theurer et sa filiale française Framafer s’imposent en tête de peloton, avec des contrats totalisant près de 445 MDH, soit environ 48% d’un marché global estimé à 930 MDH (voir infographie).

En novembre 2024, l’ONCF a également confié à Framafer un contrat de maintenance de 52,8 MDH. Ce marché couvre la maintenance préventive et curative des engins de travaux ferroviaires (bourreuses, régaleuses et autres équipements spécialisés), ainsi que la fourniture de pièces de rechange d’origine, afin de garantir la disponibilité opérationnelle du matériel de voie.

Les Italiens ne sont pas en reste. Società Vetraria Italiana (SVI), Tesmec Rail et Platform Basket figurent parmi les fournisseurs privilégiés, avec des commandes cumulées de 216,5 MDH. Même dynamique côté suisse avec Matisa Matériel Industriel et Speno International, dont les contrats avoisinent les 267 MDH.

Une diversification assumée qui permettra à l’ONCF d’aligner les rails marocains sur les standards internationaux les plus avancés, tout en sécurisant la performance et la durabilité de son réseau.


ONCF : 96 MMDH pour changer d’échelle
Ces commandes massives d’appareils et d’engins de voie s’inscrivent dans le cadre du programme d’investissement de 96 milliards de dirhams engagé par l’ONCF sur la période 2024-2030 pour moderniser en profondeur le système ferroviaire national.

Outre le projet d’extension de la LGV de Kénitra à Marrakech, portant sur les infrastructures et les équipements pour un montant de 53 MMDH, dont la mise en service est prévue en novembre 2029, ce plan intègre également l’acquisition des 168 nouveaux trains pour 29 MMDH.

Ces rames seront destinées au renouvellement du parc existant de l’office ainsi qu’à l’accompagnement des projets de développement du réseau. L’ensemble s’inscrit par ailleurs dans le cadre du «Plan Rail Maroc 2040», un schéma directeur à long terme qui ambitionne de porter le réseau à grande vitesse à 1.100 kilomètres et celui des lignes conventionnelles à 1.600 kilomètres.