Agriculture
Al Moutmir : Olives connectées, récoltes boostées !
Face à la sécheresse et à une production en berne, l’initiative Al Moutmir déploie ses plateformes de démonstration pour booster les rendements et la résilience des oléiculteurs.
Au Maroc, l’olivier ploie sous le poids d’un climat capricieux. Six ans de sécheresse, des vagues de chaleur estivales et des printemps imprévisibles ont eu raison de la récolte 2023-2024 : 950.000 tonnes d’olives, 11% de moins que l’an dernier, et un plongeon de 44% par rapport au record de 2021.
Pourtant, dans les vergers du Haouz, Moulay Yaâcoub ou Béni Mellal, une lueur d’espoir perce. Grâce aux plateformes de démonstration (PFD) d’Al Moutmir, les agriculteurs reprennent la main sur leurs oliviers, armés de science et de technologie.
Lancée par l’initiative Al Moutmir, cette opération a essaimé 987 PFD dédiées à l’olivier cette saison, réparties sur 24 provinces et 159 communes. Depuis son démarrage, ce sont plus de 28.600 parcelles expérimentales qui ont vu le jour dans 40 provinces, avec un credo : transférer des pratiques agricoles optimisées aux paysans. Soutenu par l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir, le programme ne se contente pas de promettre. Il agit.
Prenez Khalid Lamaoui, oléiculteur au Haouz. «Depuis que j’utilise une sonde pour mesurer l’humidité du sol et une appli sur mon téléphone, l’irrigation a changé du tout au tout». Résultat ? Une chute de 25% de sa consommation d’eau, sans sacrifier sa production.
À Moulay Yaâcoub, Abderahmane Kahak, lui, jubile : Avec un engrais spécifique (13-14-20) et les conseils d’un agronome d’Al Moutmir, il a décroché un rendement record de 18,7 tonnes par hectare, soit 14% de plus que sa parcelle témoin. À Béni Mellal, Aziz Hoummane a vu ses fleurs tenir bon grâce à une fertilisation foliaire au bore, un luxe qu’il n’imaginait pas avant.
Le secret ? Un programme intégré, baptisé ICP (Integrated Crop Program), qui repose sur quatre piliers : gestion rationnelle de l’eau, fertilisation raisonnée, protection des cultures et produits adaptés. Tout commence par une analyse de sol, réalisée via des labos mobiles ou à l’UM6P.
Ensuite, les agronomes d’Al Moutmir déploient un itinéraire technique basé sur les «4R» : le bon engrais, au bon endroit, à la bonne dose, au bon moment. À côté, une parcelle témoin sert de miroir: les pratiques habituelles des agriculteurs, souvent empiriques, face à une approche scientifique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Malgré une campagne oléicole en dents de scie, les PFD affichent des rendements en hausse de 19 à 38% par rapport aux témoins. La productivité de l’eau grimpe de 11 à 25%, atteignant 0,95 kg par mètre cube. Et la rentabilité suit : jusqu’à 30.363 DH par hectare, contre 25.133 pour les parcelles classiques.
«Dans un contexte où chaque goutte compte, ces capteurs intelligents qui ajustent l’irrigation, c’est une petite révolution», lit-on dans une fiche de présentation.
Al Moutmir ne s’arrête pas aux chiffres. Plus de 640 agriculteurs ont directement bénéficié des PFD cette année, et 6.000 autres ont été touchés via des écoles aux champs, des formations ou des échanges sur les réseaux sociaux. L’idée ? Créer une vague d’émulation.
«Ces agriculteurs deviennent, selon les initiateurs dudit programme, des ambassadeurs, des garants de la durabilité». Une dynamique essentielle, alors que le Maroc doit importer 30.000 tonnes d’huile d’olive en 2025 pour stabiliser un marché sous tension, avec des prix flirtant entre 90 et 110 dirhams le litre.
Face à l’alternance chronique de production – un mal amplifié par la Picholine marocaine – et aux aléas climatiques, le programme dessine une voie. Modernisation des vergers, comme dans l’Oriental, ou adoption de pratiques résilientes, les PFD prouvent que l’oléiculture marocaine peut rebondir…