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Chronique

Attention à la bulle !

Alors, oui, le Masi grimpe. Mais la vraie question est : est-ce sain ? Est-ce durable ? Ou sommes-nous à nouveau dans un cycle «Addoukha», comme certains l’appelaient à l’époque, en référence au phénomène boursier Addoha ?

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Le Masi a franchi un record historique cette semaine, se rapprochant des 19.000 points. C’est inédit. Depuis le début de l’année, l’indice vedette de la Bourse de Casablanca s’est offert une performance à deux chiffres de plus de 27%, rarement vue depuis l’âge d’or boursier de la période 2005-2008.

Confiance retrouvée, regain d’intérêt pour les valeurs bancaires, télécoms, BTP et même quelques valeurs cycliques… Sur le papier, tous les voyants sont au vert. Mais avant de sabrer le champagne, un petit rappel s’impose.

Ce n’est pas la première fois que Casablanca tutoie les sommets alignant des performances à deux chiffres. Ceux qui ont un peu de mémoire boursière se souviennent. Début des années 2000 : une vague d’introductions en Bourse, des discours flamboyants sur la modernisation des marchés, des titres qui s’arrachent au son des cloches d’ouverture…

Et puis l’inévitable retournement à partir de l’été 2008 et la crise des subprimes. La bulle explose. Certains investisseurs particuliers, montés trop tard dans le train, se font laminer.

Le marché plonge et il faudra plus de 15 ans à la place pour regagner la confiance perdue. Une génération entière d’épargnants aura été tenue à l’écart, vaccinée à jamais contre les actions.

Alors, oui, le Masi grimpe. Mais la vraie question est : Est-ce sain ? Est-ce durable ? Ou sommes-nous à nouveau dans un cycle «Addoukha», comme certains l’appelaient à l’époque, en référence au phénomène boursier Addoha ?

Ce que l’on voit depuis janvier est encourageant : une économie plus solide qu’attendu, une nouvelle vague d’investissements publics massifs dans les infrastructures, les secteurs du BTP, la banque, l’assurance ou la santé tournent à plein régime…

Mais ce que l’on ne voit pas est tout aussi important : très peu de nouveaux investisseurs, un marché toujours dominé par quelques grandes capitalisations et un effet mécanique de repositionnement, pas une adhésion populaire ou institutionnelle large.

Le marché monte parce qu’il est peu profond, parce que l’offre est limitée, parce que les gérants de portefeuille et les institutionnels n’ont pas d’autres options de placement. Les valeurs montent parce que peu de mains vendent, pas parce que les carnets d’ordres explosent.

Le Maroc n’a pas encore une Bourse capable d’absorber massivement la confiance d’un pays tout entier. Le marché casablancais reste très étroit avec à peine quelque 75 firmes cotées, et très peu de flottant.

Preuve par les nouvelles introductions en Bourse et les chiffres de sursouscriptions qui nous montrent l’appétit des petits porteurs et des investisseurs qualifiés face à une offre qui ne fait toujours pas le poids.

Tant que cette transformation structurelle n’aura pas lieu, avec un marché plus profond, plus représentatif de l’économie du pays, élargi à une centaine d’autres entreprises, grandes, moyennes et petites…, chaque rallye boursier devra être pris avec prudence.

On ne construit pas un marché solide sur la mémoire courte. Il faut se souvenir que la Bourse n’est pas un casino de luxe ni une bulle d’initiés. Elle est avant tout un outil de financement de l’économie réelle, pas un terrain de jeu pour quelques institutionnels et petits porteurs éclairés.

Si le marché veut attirer les classes moyennes, l’épargne individuelle et publique, financer les PME, redevenir crédible, il doit éviter l’euphorie sans fondations. Il doit s’ouvrir, s’élargir, se diversifier. Sinon, la cloche sonnera à nouveau… dans le mauvais sens.

Alors, bravo pour le record. Oui, c’est un signe que le marché inspire confiance, que l’économie tient, que les investisseurs reviennent… Mais attention : un sommet, c’est aussi l’endroit d’où l’on peut chuter le plus bas.