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Chronique

Concurrence déloyale et polémique à l’égyptienne

Pas d’isolationnisme ou de guérilla tarifaire, mais un ajustement rationnel pour protéger l’industrie nationale sans renier l’ouverture. Ce n’est ni un caprice ni un excès de souverainisme : c’est du réalisme économique.

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L’air du temps a des effluves de bisbilles commerciales entre Rabat et Le Caire. Depuis quelques semaines, le torchon brûle entre les deux capitales, et pour cause : un parfum de dumping flotte autour des importations égyptiennes.

Agroalimentaire, électroménager, textile…, les industriels marocains crient à la concurrence déloyale, accusant les produits en provenance du pays des pharaons de casser les prix en jouant sur des subventions déguisées et une monnaie sous-évaluée.

Pire encore, ils dénoncent un stratagème bien rodé : des marchandises en provenance d’Asie, notamment de Chine, qui, une fois étiquetées «Made in Egypt», entrent au Maroc en bénéficiant des conditions préférentielles des accords de libre-échange qui lient les deux pays, les fameux accords d’Agadir. Une pratique qui fausse totalement les règles du jeu et justifie pleinement les mesures restrictives prises par les autorités marocaines sur certaines importations égyptiennes.

La riposte est légitime. Mais que l’on ne s’y trompe pas : le Maroc ne fait pas du Trump. Il ne s’agit pas d’ériger des barrières aveugles, mais de rétablir un équilibre dans les échanges, comme il l’a fait il y a quelques années avec la Turquie. Pas d’isolationnisme ou de guérilla tarifaire, mais un ajustement rationnel pour protéger l’industrie nationale sans renier l’ouverture. Ce n’est ni un caprice ni un excès de souverainisme : c’est du réalisme économique.

Les tensions récentes ne sont d’ailleurs pas le résultat d’un conflit ouvert, mais simplement d’une tentative marocaine de réévaluation des échanges commerciaux entre les deux pays. La balance commerciale entre le Maroc et l’Égypte reste largement déficitaire pour Rabat (entre 8 et 10 milliards de dirhams ces trois dernières années !), ce qui justifie cette volonté de rééquilibrer les flux dans un cadre légitime et maîtrisé, encadré par les règles de l’OMC.

Mais au lieu d’aborder le sujet sur le terrain économique, les médias égyptiens s’emparent de l’affaire pour en faire une nouvelle croisade politique et géostratégique. Comme s’il s’agissait d’une bataille d’influence pour la suprématie en Afrique. Le refrain est connu: victimisation, dénonciation de complots, tentatives d’internationaliser le débat. Le Maroc défend son économie, l’Égypte riposte avec une campagne de communication.

Ce schéma rappelle étrangement les polémiques enflammées qui précédaient ces dix dernières années chaque confrontation entre le Wydad et Al Ahly en Ligue des champions. Le scénario est toujours le même : avant même le coup d’envoi, les médias égyptiens montent en épingle des accusations invraisemblables, dénoncent des décisions biaisées prises par les instances de la CAF au profit du Maroc et agitent le spectre d’un complot contre leur football national.

Une dramaturgie bien huilée, où le ballon rond disparaît sous un flot de polémiques absurdes. Dans cette affaire commerciale, la mécanique est identique : détourner l’attention, éviter le débat de fond et crier au scandale pour mieux esquiver les vraies questions.
Le Maroc, lui, reste droit dans ses bottes.

Il ne cherche pas l’affrontement, mais il refuse de fermer les yeux sur des pratiques qui pénalisent ses industriels. Rabat n’est effectivement pas dans une logique de suprématie régionale, comme le laissent entendre nos amis égyptiens, mais dans une démarche de protection économique légitime.

L’objectif n’est pas d’écraser un prétendu «concurrent», mais de garantir un cadre commercial sain et équilibré, défendre son industrie, exiger des règles claires et refuser que l’émotionnel prenne le pas sur l’économique. Dans ce «bras de fer» monté de toutes pièces par une puissante machine médiatique cairote, il ne s’agit ni d’idéologie ni de stratégie protectionniste, mais simplement de justice commerciale.