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Archives LVE 1965 : Bientôt des tracteurs marocains
Il y a 60 ans, deux firmes, Massey-Ferguson et Fordson, ont décidé de monter deux chaînes de montage de tracteurs agricoles, avec un taux d’intégration de 15%, pour atteindre ensuite 27%.
Pour employer une expression consacrée, l’Administration vient de donner le feu vert à deux projets de chaînes de montage de tracteurs agricoles à roues. Les deux sociétés intéressées, la Compagnie marocaine (et la firme Massey-Ferguson) et la Sté Saida (et la firme Fordson) vont avant la fin du semestre mettre en fonctionnement des chaînes de montage.
Les deux firmes pourront se livrer une libre concurrence : les tracteurs sortis par l’une et l’autre chaîne seront sensiblement de type semblable.
La participation de la sous-traitance sera plus difficile à réaliser que pour les chaînes de véhicules automobiles, les tracteurs agricoles comportent en effet une finition plus réduite. Néanmoins, on espère pouvoir atteindre 27% de valorisation locale d’ici trois ans.
Le marché potentiel est important (plus de mille tracteurs par an), mais les perspectives immédiates du marché sont plutôt restreintes. Le sort des deux chaînes qui s’installent est lié à celui de l’organisation du Crédit Agricole. Les réalisateurs espèrent aussi pouvoir concrétiser quelques affaires à l’exportation.
En attendant, il faut se réjouir de voir aboutir enfin des projets qui étaient en suspens depuis plusieurs années. Il est intéressant de rappeler que les deux marques ont été choisies après un concours international auquel ont participé la plupart des grandes marques mondiales. Ce sont donc, en définitive, les marques qui présentaient le plus de garanties et les mieux adaptées aux conditions marocaines qui ont été retenues.
Concernant Massey-Ferguson, elle étudiait depuis fort longtemps la mise en œuvre d’une chaîne de montage. Exactement depuis 1959. Représentant exclusif de la grande firme canadienne Massey-Ferguson, elle a déposé depuis longtemps un projet, importé les machines nécessaires et prévu l’installation dans ses ateliers de la rue d’Oujda.
L’autorisation qui vient de lui être accordée ne la prend donc pas au dépourvu. Dès lundi soir, des techniciens anglais sont arrivés à Casablanca pour établir les plans de travail et l’organisation pratique de la fabrication. On estime que d’ici deux mois, la chaîne de tracteurs pourra fonctionner.
La cadence initiale de fabrication sera, la première année, de 300 tracteurs avec un pourcentage de valorisation locale de 15%, qui sera porté au bout de deux ans à 25%. Deux types de tracteurs seront montés, l’un de 45 CV, l’autre de 60. La majorité du personnel a déjà été formée dans les ateliers de la Compagnie marocaine.
La chaîne marocaine pourra s’approvisionner là où les prix seront les plus compétitifs. Actuellement, c’est la filiale anglaise qui pratique les prix les plus intéressants. Les standards des tracteurs montés au Maroc seront absolument identiques à ceux des autres tracteurs de la marque.
Il est à noter que les futurs tracteurs marocains bénéficieront des améliorations techniques qui seront apportées par la société Massey-Ferguson. Signalons enfin que la société qui gérera la chaîne de montage est en voie de constitution. La majorité des actionnaires seront de nationalité marocaine.
L’installation de la chaîne de montage des tracteurs agricoles «Fordson» a été entreprise depuis deux ans par la Société Saida qui, on le sait, possède la chaîne de montage des camions Volvo et Ford. Cette firme a installé ses chaînes dans l’ancienne usine des Avions Marcel Dassault, boulevard Guerrero, et le montage des tracteurs se fera sur la même chaîne que les camions, apportant un important et intéressant complément de fabrication.
Le tracteur «Fordson», marque anglaise, qui sera monté au Maroc, comprendra quatre types : 37 CV. 46 CV, 55 CV et 65 CV. La chaîne est prête à fonctionner et elle dispose déjà de tout le personnel nécessaire, parfaitement formé aux opérations de montage et de vérification. La capacité de la chaîne dépend essentiellement des besoins du marché local, mais elle a été conçue pour couvrir les besoins du pays et être accrue au fur et à mesure de leur développement.
Pour la sous-traitance, le même problème se pose: des séries importantes permettront, en effet, de l’accroître très rapidement jusqu’à atteindre 25%. Seront fabriqués sur place les radiateurs, les batteries, la tôlerie et divers organes. Quant aux pneus, General ne les fabrique pas pour le moment, mais si le débouché est intéressant – et il le sera sûrement à plus ou moins longue échéance –, l’usine pourra acquérir les moules et étendre ainsi sa gamme de fabrication.
Mais encore une fois, il faut le souligner, le développement de cette nouvelle industrie dépend avant tout d’une réorganisation nouvelle du Crédit Agricole.
La Vie Économique

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