Dossiers Spéciaux
Enseignement supérieur : Quand les classements deviennent des leviers d’attractivité
Derrière la compétition entre universités se cache en réalité une rivalité beaucoup plus large : celle des talents.
Un établissement mieux visible peut attirer davantage de candidatures internationales. Il peut aussi intéresser plus facilement des chercheurs étrangers, nouer de nouveaux partenariats scientifiques ou convaincre des institutions internationales de lancer des programmes communs.
Chaque progression dans un classement peut ainsi contribuer à renforcer un écosystème. C’est particulièrement important pour le Maroc, qui cherche à consolider son statut de hub africain dans plusieurs secteurs stratégiques.
L’enseignement supérieur constitue l’un des leviers de cette ambition. Former les talents du continent sur le continent, mais aussi attirer des étudiants étrangers au Maroc, permet de créer des réseaux qui dépassent largement la durée des études.
Un étudiant sénégalais, ivoirien, camerounais ou congolais qui effectue cinq années d’études au Maroc ne repart pas seulement avec un diplôme.
Il repart avec un réseau professionnel, des habitudes de consommation, des liens avec des entreprises et souvent une connaissance approfondie du pays.
Certains peuvent ensuite devenir entrepreneurs, cadres ou partenaires économiques entre le Maroc et leur pays d’origine.
L’internationalisation de l’enseignement supérieur peut donc avoir des retombées économiques indirectes considérables.
Logement, restauration, transport, services, loisirs, mais aussi recherche et innovation : l’arrivée d’étudiants et de chercheurs étrangers alimente tout un écosystème.
À plus long terme, elle contribue à renforcer les connexions économiques entre le Maroc et les marchés dont sont originaires ces talents.
C’est pourquoi les universités ne peuvent plus considérer l’internationalisation comme un simple sujet académique. Elle devient une composante de leur stratégie de développement. Et les classements constituent l’un des instruments de cette stratégie.
Pour progresser, les établissements doivent toutefois travailler sur des indicateurs très concrets.
Les méthodologies des grands rankings accordent notamment une place importante à la recherche, aux citations scientifiques, à la réputation académique, à l’employabilité, à l’internationalisation ou encore aux relations avec les entreprises.
Cela oblige les universités à structurer leur production scientifique, améliorer leur visibilité internationale et multiplier les collaborations.
De la visibilité au rayonnement international
Le ranking agit donc comme un miroir. Il renvoie aux établissements leurs forces, mais aussi leurs faiblesses.
Une université peut disposer d’excellents enseignants et d’une forte réputation nationale tout en restant peu visible à l’étranger.
À l’inverse, un établissement qui investit massivement dans la recherche, les publications internationales et les partenariats peut rapidement gagner en notoriété.
Le défi consiste alors à transformer cette course aux indicateurs en amélioration réelle de la qualité. Le Maroc peut-il devenir une destination académique de référence ?
C’est probablement la question de fond. Car si les progrès enregistrés dans les classements sont encourageants, ils ne constituent qu’une première étape.
Pour transformer la visibilité en véritable rayonnement international, les établissements marocains devront aller beaucoup plus loin.
Le premier chantier concerne la recherche. Une université internationale ne se définit pas uniquement par la qualité de ses cours.
Elle produit du savoir, attire des chercheurs, participe aux grands programmes scientifiques et contribue aux débats internationaux.
Dans les domaines de la santé, de l’intelligence artificielle, de l’ingénierie, de l’agriculture, de l’énergie ou encore des sciences sociales, le Maroc dispose de problématiques et de terrains de recherche qui peuvent intéresser la communauté scientifique mondiale.
Le deuxième chantier est celui de l’expérience internationale proposée aux étudiants. L’attractivité ne repose plus uniquement sur le diplôme.
Elle passe par les campus, les laboratoires, les stages, les échanges, les doubles diplômes, les incubateurs et la proximité avec les entreprises. Un étudiant étranger doit pouvoir trouver au Maroc un environnement académique capable de rivaliser avec d’autres destinations.
Le troisième défi est celui de l’employabilité. C’est sans doute l’un des arguments les plus puissants pour convaincre un étudiant de franchir les frontières.
Une université bien classée mais déconnectée du marché du travail aura du mal à construire une réputation durable.
À l’inverse, un établissement capable de démontrer que ses diplômés intègrent rapidement de grandes entreprises, créent des start-up ou poursuivent des carrières internationales dispose d’un avantage considérable.
Les classements, un accélérateur à maîtriser
Enfin, le Maroc devra éviter un piège : celui de confondre classement et qualité. Les rankings sont utiles, mais ils ne racontent jamais toute l’histoire.
Leurs méthodologies diffèrent, certains indicateurs peuvent favoriser les établissements disposant de moyens importants et la position d’une université peut varier d’une année à l’autre.
Une progression dans un palmarès ne signifie donc pas automatiquement que l’expérience académique s’est améliorée dans les mêmes proportions.
Pour les établissements marocains, l’objectif devrait être plus ambitieux : utiliser les classements comme un accélérateur, sans en devenir prisonniers.
Car le véritable indicateur de rayonnement ne sera finalement pas le nombre de places gagnées dans un tableau.
Il se mesurera au nombre d’étudiants étrangers qui choisissent le Maroc, aux chercheurs internationaux qui viennent y travailler, aux publications qui influencent leur discipline, aux entreprises qui recrutent ses diplômés et aux partenariats qui se nouent sur les campus.
Le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs atouts pour construire cette ambition. Ses universités se diversifient, ses grandes écoles renforcent leurs connexions internationales et certains établissements investissent fortement dans la recherche et l’innovation.
Mais la prochaine étape sera plus exigeante : passer d’une logique de visibilité internationale à une véritable logique de puissance académique.
C’est là que se jouera la prochaine bataille. Dans cette compétition mondiale, le Maroc n’a plus seulement intérêt à être présent dans les classements.
Il doit parvenir à y construire une place durable et surtout à en faire un véritable levier d’attractivité, d’innovation et d’influence pour tout son écosystème.
Les établissements marocains gagnent du terrain dans les grands rankings
La présence du Maroc dans les classements internationaux reste encore limitée, mais plusieurs établissements commencent à se distinguer.
Surtout, leurs performances ne se concentrent plus uniquement sur les palmarès régionaux : certaines universités apparaissent désormais dans les grands rankings mondiaux, tandis que des écoles de management réalisent des percées spectaculaires.
QS World University Rankings 2026
Deux universités marocaines figurent dans le classement mondial QS 2026 : l’Université Mohammed V de Rabat, positionnée dans la tranche 1 201-1 400, et l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, dans la tranche 1 401+.
Le classement QS évalue notamment la réputation académique, la réputation auprès des employeurs, la recherche, l’internationalisation et les résultats professionnels des diplômés.
Times Higher Education – World University Rankings 2026
La Mohammed VI Polytechnic University (UM6P) signe l’une des progressions les plus remarquées. Elle se situe désormais dans la tranche 351-400 mondiale, après son entrée dans le Top 500 lors de l’édition précédente. L’établissement se distingue également dans plusieurs classements disciplinaires : 251-300 en sciences de la vie, 301-400 en ingénierie et 301-400 en sciences physiques.
Shanghai Ranking – ARWU 2025
Dans le très sélectif Academic Ranking of World Universities (ARWU), plus connu sous le nom de classement de Shanghai, le Maroc est représenté par l’Université Hassan II de Casablanca, classée dans la tranche 901-1000 mondiale. L’établissement est notamment bien positionné en Human Biological Sciences, où il apparaît dans la tranche 301-400.
Financial Times – Business Schools
Côté écoles de management, la Rabat Business School (UIR) réalise une percée particulièrement spectaculaire. Classée 19e mondiale dans le Financial Times Masters in Management 2025, elle est passée en quatre ans de la 86e place en 2022 à la 54e en 2023, puis à la 32e en 2024, avant d’intégrer le Top 20 mondial en 2025. Cette trajectoire constitue l’une des progressions les plus rapides d’une business school marocaine dans un grand classement international.
