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Chronique

Les défis et les palabres

Depuis près d’un demi-siècle, le RNI développe paisiblement, mais résolument, une doctrine national-libérale spécifiquement marocaine, s’interdisant toute importation idéologique.

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Jamais notre monde n’a été autant périlleux. Autour des sources d’énergie, d’eau, de céréales ou de terres rares, les conflits sanglants se multiplient.

Dans notre région, l’arbitraire prospère en Algérie et en Tunisie, le non-destin en Mauritanie et le séparatisme en Libye. À l’arrière-plan, un Sahel ravagé par le terrorisme, la dictature et une pauvreté extrême.

Au milieu de cette immense configuration dantesque se tient une oasis bénie par l’Histoire, même si la géographie lui fut souvent injuste.

C’est ce Maroc qu’on a copieusement dépecé, honteusement trahi, lâchement attaqué, sans jamais arriver à le détacher de la haute idée qu’il a de son destin et de lui-même.

Car, ce Royaume était grand, aux dimensions d’un empire, et ne peut, par conséquent, se contenter de quelque statut inférieur à une grandeur marquée par le savoir-vivre et le savoir tout court.

Aujourd’hui, ce Maroc est toujours assiégé par les velléités hégémoniques d’un autre temps et les spasmes expansionnistes les plus farfelus. L’Espagne au Nord et l’Algérie à l’Est.

Une Algérie devenue extrêmement toxique pour son proche et lointain voisinage, et une Espagne reconquise par ses démons fascistes d’antan.

Avec une conviction colonialiste épaisse comme la gélatine, le pays de Franco s’apprête à hispaniser les populations qu’il avait longtemps vassalisées au sein de notre espace saharien.

En faisant feu de tout bois pour combler son déficit démographique mortel – bientôt un taux de fécondité de 1% par femme ! –, Madrid ose jusqu’au repeuplement sauvage !

À la régularisation massive s’ajoute désormais l’hispanisation de nos Sahraouis, sans compter la captation de nos clandestins mineurs !

En dépit de l’ensemble de ces périls qui guettent notre ambition autant «émergentielle» que «morphodynamique», certains de nos politiques persistent à perpétuer les fourberies de bas étage, uniquement pour de sombres ambitions politiciennes.

Je pense particulièrement à ceux qui ont eu la double malhonnêteté de se soustraire au bilan du quinquennat qui s’achève, comme s’ils n’y étaient pour rien, allant jusqu’à suggérer que l’institution royale les aurait «élus» au détriment de leurs alliés.

Je pense à la mystérieuse boîte de Pandore d’où jaillit une machine à promesses foireuses, dont l’illusoire garantie de réussites sportives imaginaires !

Ce genre de primo-leaders manque cruellement de longue-vue. Alors que le pays joue son émergence, c’est-à-dire son existence même au milieu d’un environnement stratégiquement miné, certains se délectent depuis plusieurs mois de toutes sortes d’indécences langagières ; le sinistre qualificatif de «fraqchia» fait partie aujourd’hui des mots clés de la stratégie électorale «tractorale».

C’est dire la «hauteur de vue» des alliés d’hier qui n’ont ménagé aucun coup bas à la formation politique qui a conduit pourtant harmonieusement le gouvernement sortant !

Est-ce avec une telle «hauteur de vue» que l’on pourra contrer les interminables offenses espagnoles qui semblent avoir vite oublié la Déclaration solennelle du 7 avril 2022 et celle de décembre 2025 ?

Que l’on arrivera à contrer l’hispanisation forcée de nos compatriotes sahraouis ? Que l’on endiguera la colonisation devenue éminemment et quasi exclusivement militaire de nos deux villes et nos îles ?

Qu’on se protégera de la rancœur espagnole qui dépasse, à maints égards, la sempiternelle haine venant d’Alger ! Car, même la gauche espagnole n’a pu se délier du souvenir de l’embrigadement de Marocains dans l’armée dirigée par Franco ; Sanchez et ses alliés n’ont toujours pas blairé non plus le fait que cette même armée ait été chassée de notre Sahara par la magie de la Marche Verte, et à la faveur de l’agonie du dictateur.

Mais ce qui les a le plus courroucés, c’est le «containment économique» patient, progressif et particulièrement efficace administré par le Maroc à leur promiscuité coloniale plus que jamais encombrante en ce second quart de notre siècle !

Bref, certains novices de la sphère politicienne «tractorale» font montre d’une insolence difficilement pardonnable à l’encontre d’un RNI dont ils feignent d’ignorer la genèse comme l’exégèse doctrinale. Aussi un petit rappel ne serait-il sûrement pas de trop.

Avant l’émergence du RNI, aucune entente entre le champ partisan et l’institution monarchique n’avait jamais pu voir le jour. Et pour cause.

Après les crises politiques ayant caractérisé la décennie 1955-1965 et les tentatives de coups d’État du début des années 1970 (1971,1972, 1973), le retour de la ferveur patriotique fut déclenché par la Marche Verte.

Le RNI n’est-il pas l’enfant légitime d’un Maroc issu de la Marche Verte et que feu Hassan II avait qualifié de «nouveau» ? En effet, le drapeau marocain fut officiellement hissé à Laâyoune le 28 février 1976, et aux législatives de 1977, les «Indépendants» raflèrent 44,7% des voix!

Ainsi, depuis près d’un demi-siècle, le RNI développe paisiblement, mais résolument, une doctrine national-libérale spécifiquement marocaine, s’interdisant toute importation idéologique.

En vérité, les excès démagogiques méprisent le comput politique national face à des défis inédits : les menaces venant de l’Est et du Nord, faisant plus que jamais du Maroc l’île dont parlait le Pr Laroui; le rendez-vous avec l’Histoire de 2030 ; le challenge des NEET, la population définie par ce qu’elle n’est pas ; la justice territoriale censée éradiquer le «développement à deux vitesses» ; l’instauration d’une «citoyenneté numérique», grâce à une politique computationnelle capable de préserver les valeurs cardinales de la nation, etc.

Que cessent donc les palabres offensants et inutiles face à tant et tant de défis ! Plus que jamais, il faut raison garder.