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Edito

Redonner à l’université ses lettres de noblesse

Un étudiant sur deux quitte l’université sans obtenir le moindre certificat et un diplômé sur cinq se retrouve au chômage. Pis encore, 2.200 des enseignants-cadres partiront à la retraite en 2026.

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C’est un écrivain-médecin russe qui le dit : «L’université développe tous les dons de l’homme, entre autres la bêtise». Au Maroc, il faut croire que les universités pluridisciplinaires publiques des dernières décennies font dans l’excellence de production de balourdises.

Les indicateurs de cet enseignement supérieur de masse assuré par l’État ont de quoi inspirer bien des satires au prolifique Anton Tchekhov : un étudiant sur deux quitte l’université sans obtenir le moindre certificat et un diplômé sur cinq se retrouve au chômage. Dans les amphis, on retrouve un professeur pour 120 étudiants. Pis encore, 2.200 des enseignants-cadres les plus qualifiés partiront à la retraite en 2026. Catastrophique !

Mais cet état des lieux affolant est un passage obligé pour sortir d’une spirale infernale dans laquelle tourne en boucle le système d’enseignement supérieur public, du moins les universités à accès non régulé et non limité. A contrario, des exemples de réussite dans les établissements supérieurs existent bel et bien du côté du privé comme du public et commencent même à s’exporter. On peut citer l’exemple de l’UM6P qui a récemment posé en Côte d’Ivoire la première pierre d’une école digitale d’agriculture. Une «digital farming school» présentée comme un tournant majeur dans le domaine de l’éducation et de l’innovation agricole en Afrique subsaharienne.

Outre cette université prestigieuse adossée à notre multinationale marocaine (OCP Group), d’autres institutions marocaines réputées ont formé des générations d’ingénieurs, de médecins, de hauts cadres. Elles continuent de former ces compétences que s’arrachent des multinationales.

Qu’on se le dise, notre système universitaire est capable du meilleur comme du pire. Mais dans la loi des grands nombres, il a plus tendance à former des cancres, alors que les têtes bien faites qui brillent succombent aisément à la tentation du salaire en euros ou en dollars avec en prime la perspective d’une vie meilleure.

Cette incongruité du système universitaire, l’Exécutif compte bien y mettre fin. Aujourd’hui, il y a une vision cohérente, à l’horizon 2030, pour jeter les bases d’un nouveau modèle de l’université marocaine, à même de redorer son image et répondre aux espoirs et aspirations des étudiants.

Cette feuille de route, exposée par le Chef du gouvernement devant les parlementaires, séduit par sa cohérence à travers ses quatre plans directeurs (voir p.6). Outre la création de passerelles entre les différents cursus de l’enseignement supérieur, cette réforme engagée donne la part belle à la recherche scientifique qui reste le parent pauvre du système universitaire.

Il suffit de rappeler que les ressources allouées à ce domaine ne dépassent pas 1,6% du budget général du pays où on compte à peine 1,7 chercheur pour un millier d’habitants (près de 30 au Brésil).

L’innovation et la transition numérique sont également deux autres axes de cette première vision qui tient compte des enjeux futurs pour un Royaume qui cherche à jouer dans la cour des grands. Un Maroc dont le principal atout repose sur un capital humain qui reste à valoriser.