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Nezha Hami Eddine : «Les formations au rabais finissent par nuire à la profession»
Alors que le nombre de coachs a explosé au Maroc, les abus en tous genres ternissent la réputation de ce secteur. La présidente d’ICF Maroc alerte sur les dérives de certains usurpateurs de cette profession.
Le marché du coaching a connu un véritable boom qui s’est accompagné de dérives. Cela vous inspire quoi ?
Je tiens d’abord à apporter une clarification. Il ne s’agit pas de dérives du coaching, mais de coachs. Comme dans tous les métiers, des professionnels peuvent outrepasser le cadre légal, réglementaire ou éthique propre à leur profession. Mais la profession n’est pas remise en question. La plus grave des dérives en coaching est le manquement à l’éthique ou à la déontologie. Cela peut prendre plusieurs formes.
La première : outrepasser le périmètre d’intervention du coach. Le coaching est une profession à l’orée d’autres métiers de la relation d’aide. Le coach doit avoir l’honnêteté intellectuelle et le courage de dire non à une demande de coaching ne relevant pas de son périmètre d’intervention, mais d’une autre profession. L’honnêteté intellectuelle doit l’inciter à reconnaître ses limites face à une problématique et orienter le client vers un autre professionnel de la relation d’aide.
Dans la dernière enquête mondiale sur l’état de l’art dans le monde réalisée par ICF Monde, 94% des professionnels du développement personnel ont une autre activité professionnelle (en plus du coaching) comme le consulting (60%), la formation (60%) ou la médiation (54%). Selon ICF, le revenu ne doit pas dépasser 40% du chiffre d’affaires global du coach, les 60% restants proviennent d’activités connexes.
La deuxième dérive consiste à créer la dépendance chez le client, alors que notre mission est d’aboutir à l’autonomie du coaché sur la problématique objet du contrat. Cette autonomie peut être atteinte selon un nombre convenu dès le départ (un maximum de 12 séances, ndlr). Au-delà, le coaché devient dépendant de son praticien. On est, donc, loin de la finalité du coaching: co-construire avec le client sa feuille de route en vue d’atteindre l’autonomie.
La troisième dérive est le fait de donner des conseils. Le praticien ne doit en aucun cas le faire. Son rôle consiste à aider son client via différents outils à identifier la problématique, identifier des options, les qualifier et, in fine, faire son choix.
Comment en arrive-t-on là ?
Pour moi, le facteur le plus déterminant dans ces dérives est la formation de base en coaching. Il y a des formations au rabais qui sont axées sur le contenu (savoir, ndlr) et non sur la posture (savoir-être du coach, ndlr). Elles font très souvent l’impasse sur les fondements éthiques et déontologiques de la profession. Certaines n’y font même pas allusion. C’est juste inadmissible.
Ces formations n’exigent pas des futurs coachs de faire un travail thérapeutique. Or, un coach ne peut pas aider qui que ce soit à avancer, s’il n’a pas lui-même investi ses «angles morts» et «nettoyé ses lunettes». Si le coach n’a pas fait ce travail thérapeutique, la problématique du coaché peut réactiver «un angle mort» (une souffrance cachée ou ignorée, ndlr). Du coup, au lieu d’aider le coaché à cheminer vers l’autonomie, il l’embourbe dans sa problématique, comme lui il est embourbé dans la sienne.
Ces formations n’expliquent pas que le coach doit obligatoirement faire de la supervision, consistant à être coaché par un pair plus expérimenté. Elles permettent à la fois d’évacuer les problèmes de transferts et de revisiter sa démarche.
Qu’en est-il des pseudo-coachs ?
Malheureusement, à côté de ces coachs victimes de formations peu fiables, il y a une horde de mercenaires : des pseudo-coachs ou des coachs autoproclamés. Ils peuvent tout régler en un claquement de doigts.
Ces mercenaires n’ont ni foi ni loi. Ils savent dire à leurs clients ce qu’ils ont envie d’entendre. Toujours en séduction et en manipulation. Or, un coach dérange, déplaît, décoiffe, irrite, provoque, tout en bienveillance, comme dans le film «L’aventure de Bagger Vance». Selon la dernière enquête d’ICF, 20% des coachs à travers le monde estiment que ces mercenaires portent atteinte à la profession et constituent un véritable obstacle à son développement. Ces pseudo-coachs pullulent principalement dans le «live coaching» et dans le coaching scolaire.
