Affaires
Vidéo. Trottinettes électriques: une affaire qui roule
Leur popularité croissante inspire des entrepreneurs qui se lancent dans la vente de ces engins, en attendant que l’État encadre ce phénomène dont l’engouement ne faiblit pas.
Quasi inconnues au Maroc il y a cinq ans, les trottinettes électriques font désormais partie du paysage urbain. Peu encombrants, peu consommateurs d’énergie, rapides…, les avantages offerts par ces engins de déplacement personnel (EDPM) séduisent de plus en plus les Marocains. C’est le cas de Fayssal, cadre dans une banque casablancaise. «J’habite à Aïn Sebaâ. Depuis que je me suis procuré ma trottinette, je gagne un temps fou pour relier mon domicile à mon travail qui se trouve en plein centre-ville», se réjouit ce trentenaire. Fini le stress du stationnement, le temps perdu dans les embouteillages…, les utilisateurs de trottinettes ne voient que des avantages dans ce nouveau moyen de transport. Un engouement qui n’a pas échappé à des entrepreneurs qui y ont flairé le bon filon.
Des Trottinettes à… 70.000 DH !
Driss Benbrahim est l’un d’entre eux. Fondateur de Green Riders France, ce vendeur de trottinettes électriques a importé son concept au Maroc et a ouvert deux magasins, à Marrakech et Casablanca, il y a 9 mois. «La trottinette est un moyen de transport facile à utiliser, fluide et respectueux de l’environnement, qui peut résoudre de nombreux problèmes liés à la circulation et à l’écologie», nous dit le PDG de Green Riders Maroc, bon commercial.
Exposés dans les quatre coins de son magasin, à la façade soignée et résolument urbaine, ces engins qui, a priori, ne paient pas de mine peuvent coûter une petite fortune. «Nous proposons une gamme allant de 6.500 DH pour l’entrée de gamme à 14.000DH pour les modèles de gamme moyenne et jusqu’à 70.000 dirhams pour les modèles haut de gamme, en fonction des options et des caractéristiques». Et les affaires vont bon train. Si 40 à 45 % de sa clientèle est constituée d’entreprises qui achètent des lots de trottinettes pour les déplacements internes des employés, le reste est constitué de particuliers. Notre entrepreneur se plaint cependant des droits d’importation qu’il juge élevés, voire arbitraires : «Nous payons des droits d’importation très élevés. Il nous arrive parfois de payer la valeur même du produit, lorsque la Douane ne nous envoie pas directement au service de contrôle pour déterminer la valeur de l’engin». Et d’ajouter: «Le problème c’est que la Douane nous affirme qu’elle utilise une nomenclature, mais nous ne savons rien de cette nomenclature, ni sur quels calculs elle se base pour fixer les droits d’importation».
À Casablanca, les «trotters» sont nombreux et ont parfois le don d’agacer les autres usagers de la route. Car beaucoup d’entre eux ne respectent pas forcément le code de la route. Mehdi Guermaï, directeur de l’APIME (Association professionnelle intersectorielle pour la mobilité électrique), le reconnaît : «Je vois des gens qui roulent à 60 kilomètres à l’heure, d’autres qui doublent par la voie de gauche, sans parler du casque qui n’est que rarement porté». La trottinette est-elle pour autant dangereuse ? «Ce n’est pas l’engin en lui-même qui est dangereux, mais c’est le comportement du conducteur qui peut l’être», nuance Driss Benbrahim. Selon lui, si l’on respecte le code de la route et les autres usagers, les risques peuvent être minimisés. «Un piéton peut également être en danger s’il ne fait pas attention avant de traverser», insiste notre entrepreneur, qui réagit également à la vitesse jugée excessive de l’engin. «Il est vrai que certains engins peuvent rouler jusqu’à 70 kilomètres à l’heure, mais ils sont censés être bridés. Ceux que nous vendons dans notre magasin le sont en tout cas».
Vide juridique
Un argument qui ne satisfait pas vraiment Abdessadeq Maafa, chef de la division communication et sensibilisation de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA). «Je considère les trottinettes comme des engins dangereux en raison de la vulnérabilité des conducteurs, du manque de casque et de l’absence de limitation de vitesse», souligne le responsable. Ce dernier concède néanmoins que la NARSA n’a pas vocation à s’exprimer davantage sur le sujet tant que le gouvernement ne passe pas à l’action et c’est bien là où ça traîne. «Il est temps que l’État se saisisse de la problématique», estime Mehdi Guermaï, directeur de l’APIME, avant de poursuivre: «Moi, quand je roule sur la route, quand je veux être protégé, je dois souscrire à une assurance. Or, les conducteurs de trottinettes n’ont pas le droit à l’assurance, n’ont pas de carte grise, n’ont pas de pistes cyclables ». Le responsable de la NARSA reconnaît le vide juridique. Un vide qui n’est dans l’intérêt ni des usagers ni des vendeurs de ces engins. «Le ministère des Transports travaille actuellement sur les bases juridiques nécessaires et un décret est en préparation pour réglementer l’utilisation de ces engins», nous confie finalement Abdessadeq Maafa.
On dit souvent que lorsqu’un phénomène prend de l’ampleur dans une société, il incombe désormais à l’État de l’encadrer, faute de pouvoir l’interdire. «Aujourd’hui, avec la hausse du prix des carburants, du prix de l’assurance et lorsque l’on vous dit que vous pouvez parcourir 100 km avec une consommation moyenne de 5 dirhams, l’argument ne peut que faire mouche auprès des Marocains», estime Mehdi Guermaï. La balle est désormais dans le camp du département de Mohamed Abdeljalil. À lui de trouver un équilibre entre l’engouement suscité par l’usage de la trottinette, un engin résolument écologique, et la nécessité d’établir des règles claires, en promouvant la sécurité routière et en sensibilisant les utilisateurs aux bonnes pratiques.
Quelle réglementation ailleurs ?
La législation relative aux trottinettes électriques diffère d’un pays à l’autre. En France, ces engins sont considérés comme des véhicules motorisés et sont soumis à une réglementation spécifique. Les conducteurs doivent avoir au moins 12 ans et les trottinettes doivent être équipées de feux, d’un système de freinage, d’un avertisseur sonore et d’un dispositif réfléchissant. La vitesse maximale autorisée est de 25 km/h et elles ne peuvent pas circuler sur les trottoirs.
En Belgique, les trottinettes électriques sont classées comme des engins de déplacement personnel. Les conducteurs doivent avoir au moins 16 ans et les trottinettes doivent être munies d’un avertisseur sonore et d’un dispositif réfléchissant. La vitesse maximale est également de 25 km/h et elles peuvent être utilisées sur les pistes cyclables et les bandes cyclables.
Au Royaume-Uni, l’utilisation des trottinettes électriques personnelles est actuellement illégale sur les routes et les trottoirs, mais des essais pilotes de location sont en cours dans certaines villes sélectionnées.
