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Vidéo. Réforme de la mobilité : La méthode Abdeljalil

Invité de marque du troisième débat de La Vie éco, le ministre du Transport a donné un aperçu sur les travaux en cours pour définir un schéma de mobilité au niveau national, qui sera un atout et non un frein au développement du Royaume. La pente est rude certes, mais la volonté est là.

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La mobilité : un sujet aussi vaste que complexe qu’il faudra tôt ou tard prendre à bras-le-corps, tant il impacte directement le quotidien de millions de Marocains et conditionne grandement leur qualité de vie. Sans parler de son incidence sur la compétitivité économique du pays.

Intervenant durant le dernier débat de La Vie éco organisé récemment sous le thème «Mobilité et connectivité : quels schémas pour le Maroc de demain», Mohamed Abdeljalil a d’emblée rappelé que la mobilité, loin d’être un sujet accessoire, est au contraire l’une des clés du Nouveau modèle de développement. Elle se situe même tout en haut des préoccupations du citoyen, au même titre que la santé ou l’éducation.

Aujourd’hui, les enjeux de mobilité sont érigés au rang de priorité par le gouvernement, après avoir été trop longtemps négligés, permettant au tout-voiture de prospérer, au détriment de solutions de transports efficaces, modernes et interopérables.

Une profonde réflexion menée au sein du ministère du Transport autour des schémas de mobilité à adopter à moyen et long terme, aux niveaux national, régional et local. Cette ébauche de stratégie devra encore faire l’objet de concertations avec l’ensemble des départements concernés, eu égard au caractère traverse de ce secteur, avant de se concrétiser sur le terrain.

Le premier postulat de cette stratégie est que la mobilité ne peut être approchée que par une perspective intégrée, qui englobe non seulement les questions liées à l’aménagement du territoire et à l’urbanisme (à travers les schémas de développement et d’aménagement urbains et régionaux), mais aussi les sujets de durabilité et de soutenabilité.

C’est un prérequis pour éviter les dysfonctionnements qui ont conduit à la situation actuelle, où «le citoyen marocain subit le développement de la ville», avec toutes les problématiques de congestion que cela entraîne. «On ne peut plus penser la mobilité sans aménagement du territoire, et vice-versa», a soutenu l’ancien patron de Marsa Maroc.

Cela implique, ajoute-t-il, de structurer l’approche autour de deux axes : la mobilité entre villes et la mobilité urbaine. Si la première est déjà relativement bien développée, grâce aux projets d’investissements réalisés dans les infrastructures, il reste que les investissements doivent se poursuivre et que le service doit être amélioré, à travers notamment l’introduction du yield management et l’amélioration de l’intermodalité.

Des actions sur la durée à engager maintenant

Pour la mobilité urbaine en revanche, tout ou presque reste à faire. L’équation est d’autant plus complexe que la structuration de la mobilité doit être différenciée en séparant les problématiques rencontrées dans les métropoles, comme Casablanca, de celles des villes de taille intermédiaire ou des petites villes, sans oublier les zones rurales où 40% de la population vit encore. Ceci implique des horizons d’actions très différents, selon les leviers à actionner.

«Certains chantiers peuvent avoir un impact à très court terme en agissant sur l’existant, à travers le levier de la régulation pour, par exemple, améliorer la qualité du parc d’autocars et en développant de nouvelles lignes dans le cadre des plans de déplacement régionaux», explique-t-il.

D’autres chantiers, qu’il faut commencer dès maintenant, a déclaré le ministre, pourront avoir des impacts sur un horizon de 3 à 5 ans, comme le développement du yield management et de la mobilité partagée. Il y a ensuite des sujets à plus long terme (5 à 10 ans), «portant sur des décisions de massification» des transports en commun dans les métropoles. «Avoir aujourd’hui un RER à Casablanca c’est quelque chose d’indispensable», a affirmé Abdeljalil. Et d’ajouter : «Si on le lance aujourd’hui, on l’aura dans 6 ou 7 ans. C’est également le cas autour de Rabat». Enfin, les décisions relatives à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire ne produiront leurs effets que d’ici 10 à 20 ans. «Ce sont des sujets qu’on doit discuter aujourd’hui, et décider bientôt, pour que d’ici 20 ans, on ait une meilleure mobilité et une meilleure compétitivité des territoires», a-t-il expliqué.

En d’autres termes, c’est maintenant qu’il faut s’y mettre! «Un projet d’études est en cours de lancement qui permettra de dégager une stratégie d’ici 6 mois. Suivra une phase de syndication qui durera 2 ou 3 mois, qu’on pourra transformer ensuite en programme d’actions pour enfin pouvoir communiquer sur cette vision globale», a dévoilé le ministre.

La tâche n’est pas mince. Comme l’a souligné Abdelmajid Boulemrane, chef de la division de la contractualisation et des partenariats au ministère de l’Intérieur, «les schémas de mobilité et ceux de l’aménagement urbain doivent se parler, mais ce n’est pas toujours évident dans la pratique. C’est un travail qu’il faut affiner de plus en plus.»

Et les opérateurs privés du transport, qu’en pensent-ils ? Ezzoubeir Errhaimini, PDG du groupe CTM et vice-président de la Fédération des transports, s’inscrit pleinement dans cette logique. Pour ce professionnel, il est nécessaire de diversifier et de massifier les services de transport, et d’opérer un transfert modal entre le véhicule particulier et les transports publics.

Il a plaidé pour l’instauration d’une mobilité nationale qui intègre tous les modes de transport. Et de résumer : «Il n’y a pas de concurrence entre les différents moyens de transport. L’essentiel c’est d’apporter la bonne réponse au citoyen qui a besoin de se déplacer.»


Mohamed Abdeljalil,

Ministre du Transport et de la Logistique

«On a choisi au Maroc, pendant un certain nombre d’années, le tout-voiture. Aujourd’hui, clairement, nous devons en sortir. On ne peut plus continuer à faire des politiques qui consistent à construire des routes et à dire aux gens achetez une voiture.»

 

 

 

 

 

 

Abdellatif Maâzouz,

Président de la Région Casablanca-Settat

«Les transports conditionnent les modes de vie, l’accès aux lieux de travail, le retour à domicile, et agissent sur les relations commerciales…, raison pour laquelle la Région a mobilisé pas moins de 18 milliards de dirhams pour améliorer l’infrastructure du transport durant les cinq prochaines années.»

 

 

 

 

 

 

 

Abdelmajid Boulemrane,

Chef de division au ministère de l’Intérieur

«A Londres, la première ligne Metropolitan fut inaugurée en 1863. A Paris, le premier Métro a vu le jour en 1900. Donc les plans de développement urbain ont été conçus en synchronisation avec l’urbanisation, d’où la fluidité de leurs schémas.»

 

 

 

 

 

 

Ezzoubeir Errhaimini,

PDG du groupe CTM

«Nous ne pouvons négliger l’évolution du transport informel, que nous connaissons. On peut le voir comme un problème, mais il est là comme une solution qui vient répondre à un besoin : celui d’accéder aux services. Des mécanismes de remplacement ou une réglementation spécifique seraient les bienvenus.»