Pouvoirs
Vidéo. Pour en finir avec la démission de la majorité silencieuse
«Moraliser pour mobiliser»… Alors que le Maroc en devenir prend «un virage politique capital», l’ancien député Samir Belfkih livre une analyse pertinente en partant de son vécu au cœur des centres de décision. Reader-digest d’un essai politique.
«Les deux dernières décennies, le Royaume du Maroc a connu des mutations et un développement sans précédent dans son histoire. Cependant, les indicateurs montrent que la majorité des Marocains se désintéresse de la chose publique et déserte l’action politique.»
Ce postulat, l’ancien député Samir Belfqih vient nous le rappeler dans son ouvrage intitulé «Un virage politique capital pour le Maroc en devenir. Moraliser pour mobiliser».
Ex-député, ce professeur universitaire a occupé plusieurs postes de responsabilité au sein de nombreuses institutions représentatives et constitutionnelles (Parlement, Conseil régional, Conseil supérieur de l’enseignement…).
Assez pour avoir la légitimité pour livrer une lecture pertinente du modèle de développement, de la gouvernance publique et de la cause de l’éducation et de l’enseignement. A travers les cinq parties de son ouvrage, Belfkih se pose de multiples questions.
Les inhibiteurs du développement au Maroc sont-ils exclusivement d’ordre économique et financier? Notre société serait-elle réellement en rupture avec son essence historique et identitaire ? Est-elle phagocytée par le déni et le rejet de toute initiative ? Est-il vrai que l’individualisme et l’indifférence vis-à-vis de la chose publique deviennent les traits marquants de notre espace de vie commun ?
Dans son postulat, l’auteur estime que la majorité écrasante des Marocains «ne se sent pas concernée par ces grands chantiers de réforme et de modernisation de la société. Ils sont persuadés que leur pays est riche, mais ils n’y voient rien, puisque la prospérité générale est éclipsée par les disparités sociales flagrantes».
Dans la perception de la plupart des Marocains, les élus, les institutions représentatives territoriales et consultatives ne décident de rien. Ils se demandent : pourquoi s’y intéresser si tout ne se décide que par ceux qui disposent réellement du pouvoir? Pourquoi les électeurs prendront la peine de se déplacer aux urnes si la composition gouvernementale réunit plus de membres apolitiques sans prolongement sociétal que des membres politiques ?
Dans une telle situation, la politique de la primauté de l’image et de l’effet de Com sur le fond est devenue un leitmotiv. Des institutions représentatives se sont implicitement vidées de l’esprit d’initiative. En l’absence d’un réel système de reddition des comptes, il paraît que l’action de la plupart des acteurs n’est souvent alimentée que par le souci de la continuité et de la reconduction: moins on fait, moins on parle, mieux c’est.
Les raisons profondes foncièrement responsables de la démission de la majorité silencieuse résident principalement dans le sentiment des citoyens de leur inutilité et dans l’absence d’implication du processus décisionnel et dans un système politique Top-Down, ce schéma techniciste et légaliste qui se base plus sur le droit que sur la réalité sociétale. Il s’agit d’une crise de confiance pour Samir Belfkih. Il estime qu’il y a urgence afin d’éviter que le mal ne devienne incurable: «Cette conjoncture requiert de la franchise et du courage afin de remettre en cause des concepts liés à l’action politique. Cela passera par l’émergence d’une nouvelle génération de forces intermédiaires et d’acteurs politiques.» Et de conclure : «Serions-nous prêts à remédier au mal que génère le désengagement sociétal dû aux limites de l’exercice démocratique représentatif en vigueur dans un contexte où le digital nous permet confortablement d’oser une certaine forme de démocratie directe… à suivre.»
La suite on l’attendra, car l’ouvrage de Samir Belfkih figure parmi les rares essais politiques marocains qui ne risque pas de vous tomber des mains…
Un virage politique capital pour le Maroc en devenir – moraliser pour mobiliser.
Samir Belfkih, Auto-édition 2022, 135 P, 120 DH.
