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Vidéo. OCP : au cœur de la station de dessalement de SAFI
Depuis la mi-août, Safi est alimentée en eau potable d’origine dessalée, éloignant le spectre de toute pénurie de cette ressource vitale pour les habitants de la ville. Une prouesse signée OCP, qui a mis sur pied, en un temps record, une station de dessalement au cœur de son complexe industriel. Visite guidée.
Safi, complexe industriel du Groupe OCP, plus ancien site chimique du géant mondial des engrais, à quelques encablures de la capitale des Abdas. C’est ici qu’en 1965, le traitement et la transformation du phosphate ont commencé pour y produire toutes sortes de dérivés à forte valeur ajoutée.
Ce vendredi 8 septembre, sous un soleil de plomb, au milieu des énormes monticules de phosphates acheminés par pipeline depuis les mines de Benguerir et Youssoufia (qui forment le site de Gantour, la troisième plus grande mine de phosphate au monde), les impressionnantes usines et installations industrielles du complexe tournent à plein régime. Ici, on produit annuellement 1,5 million de tonnes d’acide phosphorique, 900.000 tonnes d’engrais TSP et 300.000 tonnes d’engrais FEED.
Une production appelée à augmenter davantage, et qui nécessite le recours à des quantités importantes d’eau douce, une denrée de plus en plus rare dans la région, comme chacun sait. Raison pour laquelle le Groupe OCP a, depuis quelques années, déployé une stratégie intitulée «Neutralité Eau» d’optimisation des ressources hydriques, qui fait la part belle aux techniques innovantes et non conventionnelles. Objectif : dispenser l’OCP de l’utilisation des eaux douces conventionnelles d’ici 2025 (en 2022, les sites du Groupe étaient à 31% d’utilisation d’eaux non conventionnelles). L’une des composantes maitresses de ce programme, au même titre que l’épuration des eaux usées, est le recours au dessalement de l’eau de mer.
Une eau parfaitement saine
À Safi précisément, l’eau dessalée est devenue une réalité. En plein cœur du complexe industriel, des unités de dessalement de l’eau de mer produisent du H20 pur destiné aux activités industrielles du Groupe, notamment dans les activités d’extraction. Surtout, grande nouveauté, elles produisent également de l’eau potable pour épancher la soif des Safiots. Depuis le 16 août 2023, en effet, la Régie autonome intercommunale de distribution d’eau et d’électricité de Safi (RADEES) est alimentée en eau potable directement depuis la station de dessalement du Groupe OCP. «Une eau sucrée et de très bonne qualité», se félicite, non moins fier, Mohamed Louhz, responsable de la station, qui nous fait la visite des lieux, en compagnie de ses équipes d’ingénieurs, pour la plupart de jeunes Marocaines et Marocains dévoués.
Au sein de la station de dessalement, 6 unités modulaires tournent déjà à plein régime. Dans un vacarme assourdissant, elles assurent tout le processus de dessalement de l’eau de mer. Celle-ci est acheminée par plusieurs stations de pompage, puis passe par trois phases, comme nous explique Zakaria Aachiq, responsable production utilities et dessalement d’eau de mer : une première phase de filtration physique et chimique, suivie d’une phase d’osmose inverse, où l’eau passe à travers des membranes semi-perméables pour produire de l’eau pure et, enfin, une phase de traitement pour avoir une eau potable de très bonne qualité. Tout le long du cycle, des processus de contrôle très poussés sont appliqués, en collaboration avec des laboratoires nationaux et internationaux agréés, tient à préciser notre interlocuteur.
En fin de parcours, une eau douce et cristalline jaillit des membranes de la station. Une eau parfaitement saine, dont nous avons pu nous abreuver à volonté. Cerise sur le gâteau, cette eau est ensuite reminéralisée, dans le poste de traitement, avant d’être acheminée, via un réseau de conduites construit à cet effet, vers la RADEES, et distribuée dans le réseau d’eau potable de la ville de Safi. «Nous disposons de quatre pompes d’une capacité de 1.000 m3 chacune, qui vont servir à assurer la livraison de 10 millions de m3 d’eau de très bonne qualité à la ville», détaille Zakaria Aachiq.
Un programme à 2,4 MMDH
Le choix des unités modulaires s’est imposé comme une évidence, eu égard au caractère urgent du projet. «Nous avons opté pour ces unités pour la rapidité du déploiement. Il fallait faire vite dans le cadre du programme d’urgence», explique Aachiq. L’autre intérêt de la configuration modulaire est qu’elle permet, outre le déploiement rapide, une «éventuelle mobilité future». La sélection de ces unités s’est faite sur la base d’un benchmark international, avec un sourcing diversifié, ce qui a permis de sécuriser les capacités du programme d’urgence.Ce programme a été signé en juillet 2023, entre le gouvernement et le Groupe OCP, pour la production de 75 millions de m3 d’eau potable par an d’ici à 2026, à partir du dessalement de l’eau de mer. En vertu de ce projet, l’OCP devrait produire, en 2023, 10 millions de m3 pour la RADEES, au sein du site de Safi, et 30 millions de m3, sur le site de Jorf, plus au nord, pour la régie d’El Jadida (RADEEJ). «Nous sommes dans une phase avancée pour atteindre l’objectif de 10 millions de m3 d’ici la fin de l’année sur le site de Safi», indique Mohamed Louhz.
Les volumes vont aller crescendo, à mesure que les capacités de production augmentent. Entre 2024 et 2025, le volume destiné à la RADEES atteindra 15 millions de m3 par an (32 millions de m3 par an pour la RADEEJ). Dès 2026, ces volumes atteindront 30 millions de m3 par an pour la RADEES (45 millions de m3 pour la Radeej). Par ailleurs, 35 millions de m3 d’eau douce dessalée seront produits par an pour l’approvisionnement des industries de l’OCP, soit un total de 110 millions de m3 d’eau par an.
Le dessalement est assuré par OCP Green Water, qui a signé un contrat de concession avec l’État.
Cette filiale du groupe OCP opère au sein de quatre usines, dont deux stations situées sur le site industriel d’OCP à Jorf Lasfar et deux autres stations à Safi. Pour cette dernière, une station de dessalement pour usage industriel est déjà opérationnelle avec 14 unités mobiles. Pour l’eau dessalée destinée à l’alimentation de la ville de Safi, 6 unités sont d’ores et déjà opérationnelles, tandis que 6 autres sont en cours de déploiement. De quoi soulager considérablement le bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia et éviter tout risque de rupture d’approvisionnement pour les populations. «Le programme d’urgence pour le dessalement de l’eau de mer à Safi a nécessité un financement de 2,4 milliards de dirhams, pour atteindre une capacité de production totale de 50 millions de m3 d’eau dessalée», résume le responsable de la station.
Fast track et gouvernance
Les moyens déployés sont colossaux, avec notamment 350.000 m3 de terrassement, 42.000 m3 de béton, 27 km de conduites, et un effectif de 600 personnes lors du pic des travaux, pour plus de 3 millions d’heures de construction.
L’une des clés de réussite de ce programme, déployé dans un temps très réduit, réside dans son mode d’exécution en «fast track», soutenu par une gouvernance et des «processus lean». Objectifs : éviter les chevauchements, dispersions et autres gaspillages qui auraient pu ralentir la réalisation du projet. Le modèle de gouvernance a ainsi reposé sur «l’empowerment» de JESA filiale du Groupe OCP) pour l’exécution du programme en «fast track» et la mise en place d’une task force dédiée sur toute la chaîne de valeur.
«L’appui fort et soutenu» des autorités et des différentes administrations concernées a également été crucial, nous dit-on, que ce soit le ministère de l’Intérieur, celui de l’Équipement, la RADEES, ou encore Autoroutes du Maroc (ADM) et l’Office national des chemins de fer (ONCF). Une configuration et une façon de faire qui, à bien des égards, pourraient servir de modèle d’efficacité et de rapidité pour des projets structurants dans le Royaume.
Bientôt Benguerir et Marrakech
D’ici 2027, la capacité de production d’eau dessalée sur le site de Safi passera à 200 millions de m3 d’eau, destinée à l’alimentation en eau potable de la ville, aux besoins industriels de l’OCP, mais aussi aux besoins d’irrigation des agriculteurs. Et dès 2025, l’eau dessalée produite à Safi alimentera également Marrakech, via un projet de pipeline, à hauteur de 60 millions de m3 par an. De quoi éloigner le spectre d’une pénurie d’eau qui plane sur la ville ocre, dont les besoins sont estimés à environ 65 millions de m3. Les habitants de Benguerir aussi bénéficieront de l’eau potable produite à Safi, à hauteur de 20 millions de m3 annuellement.
Notons qu’au final, conformément au programme d’investissement vert du Groupe OCP, présenté devant le Roi en novembre 2022, la capacité totale du Groupe en matière de capacité de production d’eau dessalée passera, d’ici 2027, à 56 millions de m3 par an : 300 millions de m3 pour l’axe nord (Jorf-Khouribga), 200 millions pour l’axe centre (Safi-Benguerir) et 60 millions pour l’axe Sud (Laâyoune-Boucraâ).
30 MW d’électricité
Les installations de dessalement sont généralement de grandes consommatrices d’énergie. Et au regard du caractère urgent du projet, le Groupe OCP a dû, là aussi, faire preuve d’imagination, pour disposer rapidement d’une alimentation en électricité pour le pompage de l’eau et faire tourner les unités mobiles. Le Groupe a pu compter sur l’appui de son partenaire la RADEES. «Nous avons recouru à la RADEES pour assurer l’alimentation en électricité à hauteur de 30 MW», indique Ikram Rhaarmouli, responsable électrique et instrumentation à la station de dessalement de Safi. Le caractère urgent du projet a fait que le Groupe OCP a opté pour la solution de postes électriques préfabriqués pour assurer la rapidité de l’exécution du projet, a-t-elle précisé. Le choix a naturellement porté sur des équipements ayant les classes les plus élevées en termes d’efficience énergétique.


