Evénement
Défense : L’African Lion franchit une nouvelle dimension
Pour la première fois, ce sont pas moins de 10.000 soldats et plus de 40 pays qui participent à la 21e édition de l’Exercice annuel interarmées maroco-américain. L’accent est mis sur les nouvelles formes de menaces armées.
L’édition de 2025 de l’African Lion, le principal exercice annuel du Commandement des États-Unis pour l’Afrique, a démarré le 12 mai à Agadir.
L’exercice s’est déroulé également en Tunisie et compte une partie au Ghana et au Sénégal, mais c’est le Maroc qui accueille la plus grande concentration d’activités pour cette édition d’African Lion, réaffirmant ainsi son rôle de pierre angulaire de la coopération régionale en matière de sécurité.
La 21e édition de l’AL25 est déployée conformément aux Hautes instructions de S.M. le Roi, Chef Suprême et Chef d’État-Major Général des Forces Armées Royales, par les FAR et les Forces Armées américaines, jusqu’au 23 mai.
Des activités seront, par la suite, menées au Ghana et au Sénégal. «Avec plus de 10.000 soldats de plus de 40 pays, dont sept alliés de l’OTAN et Israël, l’édition de cette année sera la plus importante de l’histoire de l’exercice», renseigne la communication de l’Armée US.
Le coup d’envoi a été donné lors d’une cérémonie coprésidée, à Agadir, par le Général de Division Mohammed Benlouali, Chef d’État-major de la Zone Sud, et le Général de Brigade, Daniel Cederman, commandant général adjoint-réserve de la Force opérationnelle sud-européenne de l’armée américaine-Afrique (SETAF-Africa), rapporte la MAP.
L’objectif de l’AL25 est d’améliorer l’interopérabilité, renforcer la préparation et établir des partenariats stratégiques grâce à un «entraînement réaliste et multi-domaines». Les exercices, note l’US Army, «couvrent les domaines terrestre, aérien, maritime, spatial et cybernétique, contribuant ainsi à l’objectif commun de renforcement de la sécurité et de la stabilité sur le continent».
«African Lion 25 est le plus grand exercice interarmées multinational de l’AFRICOM en Afrique. Il démontre les capacités de la force totale en renforçant la préparation stratégique et l’interopérabilité avec nos partenaires et alliés africains pour se déployer, combattre et gagner dans un environnement multi-domaines complexe», a déclaré le Général de division Andrew C. Gainey, Commandant général de la SETAF-AF sur le site de l’US Army.
Les principaux événements comprennent des exercices d’entraînement sur le terrain, des opérations aéroportées et amphibies, des forces d’opérations spéciales, et surtout l’insertion rapide HIMARS.
Ce dernier exercice, comme le fut le cas pour les AH-64 Apache l’année dernière et les chars Abrams M1A1 auparavant, est une préparation des FAR à la réception, prochainement, de la commande marocaine de ce système des missiles, un véritable game-changer dont le Royaume sera parmi les rares pays et le seul en Afrique à s’équiper.
Nouvelle génération d’armement
Au-delà de ce «détail», ce qu’il faut retenir de l’édition 2025 d’African Lion, tout comme les éditions précédentes, c’est qu’il s’agit d’un événement clé pour la stabilité régionale, avec une forte implication du Maroc et des États-Unis.
Avec plus de 10.000 militaires de plus de 40 nations, dont sept alliés de l’OTAN, l’AL25 est la plus grande édition à ce jour, non seulement sur le plan numérique, mais aussi en termes de dimension stratégique et des implications géopolitiques.
Des pays comme la Côte d’Ivoire et la Mauritanie, pour ne citer que ces deux, y prennent part activement, notamment au Sénégal. Ce qui en fait un exercice fédérateur des États africains qui épouse parfaitement la politique africaine du Royaume.
Notons que l’Algérie a été invitée en tant qu’observateur, mais elle s’est désistée. Le voisin de l’Est avait pour plan d’organiser en parallèle des manœuvres avec la participation de la Tunisie, de la Libye, de la Mauritanie et de l’Égypte en plus, bien sûr, des séparatistes du Polisario.
L’Égypte et la Mauritanie ont décliné l’invitation alors que la faction libyenne qui devait y participer est actuellement embourbée dans un nouvel épisode d’hostilités entre milices armées. De toutes les manières, ce pays déjà régionalement isolé l’est encore plus, dans ce cas précis, en raison de la prédominance des armements russes dans son arsenal militaire.
Bref, AL25 inclut des manœuvres terrestres, aériennes et maritimes, des exercices de décontamination CBRN, des formations cybernétiques et des initiatives humanitaires, comme des missions médicales et vétérinaires. Des événements spécifiques, comme le programme d’action civique médicale, sont également mis en avant.
L’exercice militaire, qui symbolise la solidité de l’alliance stratégique entre le Maroc et les États-Unis, comporte également un volet formation spécialisée avec des exercices des forces spéciales et l’expérimentation de technologies, comme le Next Generation Squad Weapon (NGSW).
Il prévoit également un volet planification stratégique qui comporte un exercice pour les officiers d’état-major visant à améliorer la coordination logistique et opérationnelle.
«Cette édition reflète la solidité de l’alliance entre les FAR, l’armée américaine et les pays partenaires, mettant en avant l’évolution constante des capacités opérationnelles grâce à ce cadre d’entraînement conjoint», a notamment souligné le Général de Division Mohammed Benlouali à l’ouverture de cette édition de l’AL.
«Cette alliance renforcée a permis de développer des compétences dans les différentes activités programmées tout au long des éditions de cet exercice», a-t-il précisé.
«Des exercices comme African Lion montrent que nous ne nous contentons pas de planifier ensemble, nous résolvons les problèmes ensemble, sous pression et en temps réel», déclare pour sa part le major Jonathan F. Alvis, planificateur logistique SETAF-AF pour AL25 au Maroc.
Contexte historique et stratégique
African Lion, lancé en 2004, est devenu depuis 2008 le plus grand exercice conjoint sous AFRICOM, initialement bilatéral en 2007. Il vise à renforcer l’interopérabilité entre les forces armées, améliorer la préparation aux crises et promouvoir la stabilité régionale.
Le Maroc, partenaire stratégique des États-Unis depuis les années 1950 et désigné allié majeur non-membre de l’OTAN en 2004, joue un rôle central. Cette édition illustre la solidité de cette alliance, avec des ventes d’équipements militaires américains au Maroc s’élevant à 8,545 milliards de dollars depuis 2013 et des financements militaires significatifs.
