Affaires
Ajustement carbone aux frontières : Quelles implications ?
Des mesures et des solutions sont à mettre en place. Les enjeux et opportunités de la décarbonation ont été exposés au cours d’une rencontre organisée par l’Asmex en partenariat avec la CCIS de Souss-Massa.
La décarbonation des industries exportatrices est un enjeu majeur pour tous. Et le tissu économique de la région d’Agadir en est conscient. Le sujet était justement au cœur du débat en fin de semaine dernière à la Chambre de commerce d’Agadir.
La rencontre était organisée par l’Asmex en partenariat avec la CCIS de Souss-Massa. Il s’agissait de mettre en lumière les enjeux et les opportunités du nouveau mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), ou Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM).
Pour rappel, ce dispositif est entré en vigueur le 1er octobre 2023. Il a été adopté fin 2022 par la Commission européenne dans le cadre du Green Deal, un ensemble d’initiatives de l’Union européenne avec pour objectif de lutter contre le changement climatique et atteindre la neutralité carbone.
Aujourd’hui, déjà une première phase de transition a commencé, il y a quelques mois, indique Loïc Jaegert-Huber, DG d’Engie Afrique du Nord et président de la Commission des énergies propres de l’Asmex. «Pour l’instant, les importateurs doivent seulement déclarer les émissions carbones des produits importés. C’est seulement à partir de la deuxième phase, qui commencera en 2026, que les importateurs payeront ces émissions carbones. Enfin, ce dispositif pourra être étendu à d’autres catégories de biens dès 2034», détaille le DG.
L’Union européenne étendant ainsi ses normes environnementales aux entreprises exportant sur son territoire, les exportateurs marocains sont aussi concernés et le Souss-Massa qui est une région à vocation exportatrice à travers ses produits agricoles et son secteur de la pêche est notamment intéressé. «C’est un sujet d’actualité qui nous met face à des défis très importants. Mais la décarbonation est aussi une opportunité en termes de compétitivité et nous devons militer pour que le Souss-Massa soit au rendez-vous des échéances en la matière.
Après les échéances 2026 et 2034, en 2050, toute entreprise qui ne se soumettrait pas aux règles et normes définies par les législations européennes sera interdite d’introduire ses produits sur le marché européen», souligne Said Dor, président de la CCIS Agadir Souss-Massa. Pour Hassan Sentissi EL Idrissi, président de l’Asmex, la décarbonation est en effet une nécessité pour les entreprises marocaines exportatrices. «Il faut que le privé se réveille et investisse en la matière. Il en tirera des bénéfices très importants», soutient-il.
Mais qu’est-ce que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières implique pour les exportateurs marocains ? Pour l’instant, les principaux secteurs concernés sont le fer et l’acier, l’aluminium, le ciment, l’engrais, l’électricité et l’hydrogène. Mais le marché européen étant plus qu’essentiel pour le Maroc, 65% des exportations marocaines étant à destination de ce marché, le Royaume est vivement concerné par le dispositif européen de décarbonation. «Si nous ne nous adaptons pas rapidement en décarbonant nos exportations, cette mesure va freiner les échanges», expose Loïc Jaegert-Huber.
En effet, les mesures entrées en vigueur et celles à venir représentent un tournant majeur pour les exportateurs marocains. Le Green Deal, en plus du MACF, vise à faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone d’ici 2050 et il est question aujourd’hui pour les exportateurs marocains de consolider les acquis sur le marché européen et d’aller de l’avant. Cette taxe étant aussi une opportunité pour le tissu économique marocain.
Audit, gestion durable des ressources, R&D…
Comment s’adapter à cette taxe ? Que doivent faire les exportateurs ? Demain se prépare dès aujourd’hui, conseillent les experts. «Concrètement, les importateurs européens devront acheter auprès des autorités nationales des certificats, dont le prix sera indexé sur celui du CO2 au sein du marché européen du carbone. Le nombre de ces certificats pour chaque entreprise dépend de ses émissions de CO2 lors de la production des biens concernés. Pour comptabiliser ces émissions, les exportateurs marocains devront transmettre leurs données aux importateurs européens», indique le DG d’Engie. Pour les entreprises marocaines, il est donc nécessaire pour comptabiliser leurs émissions de faire un audit de leur empreinte carbone.
La démarche de la décarbonation repose aussi sur une approche collective, collaborative, concertée entre les acteurs des diverses chaînes de valeur industrielles pour maximiser l’efficacité des efforts de décarbonation. Mais pas seulement. Il revient aussi à tous d’investir dans l’efficacité énergétique à travers une baisse ou une optimisation de la consommation, et ce, à travers notamment une récupération de la chaleur résiduelle, une meilleure gestion de l’eau et de la gestion des déchets entre autres.
La gestion durable et raisonnée des ressources est en effet nécessaire, car elle va permettre de promouvoir une économie circulaire, et donc de restaurer la biodiversité. L’accélération du déploiement des énergies renouvelables est aussi un maillon essentiel de la décarbonation des entreprises. Le solaire et l’éolien, sans oublier l’hydrogène naturel présent naturellement dans notre sous-sol, sont un fort potentiel pour le Maroc dans ce contexte. La réduction de la consommation énergétique et ainsi la décarbonation de nos exportations passent aussi par le développement de la mobilité durable et du digital dans le processus de production.
Le défi de la décarbonation appelle aussi l’investissement de la R&D. Le challenge de la décarbonation est ainsi un cercle vertueux. Aux industriels et institutionnels de l’initier à travers notamment un nouveau cadre juridique global et plus intégré, des programmes de normalisation et de certifications vertes et des financements adéquats. La décarbonation est donc une démarche plurielle pour laquelle il faut collaborer et agir sur plusieurs fronts. Il y va de la compétitivité, la croissance et la stratégie d’exportation des entreprises marocaines.
