Start-Up
« Notre ambition, transformer la science et le talent africains en entreprises créatrices de valeur »
De la recherche fondamentale au marché, l’UM6P place l’entrepreneuriat au cœur de son modèle à travers un écosystème intégré mêlant laboratoires de pointe, campus de start-up, programmes d’accompagnement et fonds d’investissement…
À la tête de l’entrepreneuriat et du venturing à l’UM6P, et CEO d’UM6P Ventures, Yassine Laghzioui pilote cette ambition au quotidien. Dans cet entretien, il détaille la vision de l’université, les mécanismes d’identification des projets à fort potentiel et le rôle structurant de StartGate et d’UM6P Ventures dans l’émergence de start-up capables de rivaliser à l’international.
Quelle est la vision globale de l’UM6P concernant l’entrepreneuriat et l’innovation ?
L’UM6P a l’ambition de devenir un hub capable de transformer la science et le talent africains en entreprises qui créent de la valeur sur des marchés réels, au Maroc, en Afrique et au-delà.
Nous ne considérons pas l’entrepreneuriat comme une activité périphérique. C’est au cœur de nos priorités : convertir la recherche, l’ingénierie et la créativité de nos étudiants, entrepreneurs et chercheurs en solutions utiles, scalables et exportables.
Pour cela, l’UM6P a adopté un modèle intégré : un campus technologique, des laboratoires de niveau international, une présence et un réseau étendus à l’international, un écosystème de start-up structuré et un fonds d’investissement spécialisé.
L’objectif ultime est de réduire la distance entre une idée scientifique, un prototype, puis une start-up capable d’adresser des marchés exigeants, de se mesurer aux standards internationaux et de répondre aux enjeux locaux comme continentaux.
Comment l’université identifie-t-elle les projets étudiants ou chercheurs ayant un potentiel de création de start-up ?
Nous ne nous arrêtons pas aux idées. Nous regardons surtout la cohérence d’un projet : la manière dont une équipe lit un problème, structure sa pensée et transforme une intuition en une trajectoire crédible. Tout commence par préciser le problème à traiter. Un projet solide part d’un diagnostic clair, appuyé sur des données, et non d’un narratif séduisant.
Ensuite vient la capacité d’exécution. Même avec peu de moyens, on voit très vite si une équipe sait tester, apprendre et avancer. Le terrain ne ment pas : il révèle la discipline, la vitesse d’apprentissage et la qualité de décision. Enfin, nous accordons une attention particulière à l’avantage scientifique, technique ou lié au business model, c’est-à-dire ce qui peut se défendre dans le temps. Un projet n’a de sens que s’il contient un élément difficile à reproduire.
Cette lecture, dans notre cas, se construit au contact du campus : les laboratoires, les programmes d’incubation, les hackathons, les modules universitaires dédiés à l’entrepreneuriat et les échanges quotidiens créent un flux continu d’expérimentations, autant sur la technologie que sur la réponse du marché. Très souvent, les projets les plus prometteurs ne naissent pas d’une idée brillante, mais d’un travail de terrain ou d’une collaboration organique entre chercheurs, ingénieurs, codeurs et des profils orientés sales, growth et business. C’est dans cet équilibre que les problèmes sont compris avec précision, que les solutions prennent forme et qu’un véritable product-market fit commence à émerger.
Quel rôle jouent StartGate et UM6P Ventures dans l’essor de ces start-up ?
StartGate et UM6P Ventures forment un ensemble cohérent conçu pour accompagner les fondateurs sur toute la ligne. StartGate s’appuie aujourd’hui sur deux campus : à Benguerir, où le modèle a été lancé et consolidé, et à Rabat, récemment inauguré comme une extension naturelle de cet élan. Ces espaces ne sont pas de simples lieux : ce sont des plateformes d’innovation où l’on prototype, où l’on teste et où les projets passent de l’hypothèse au terrain, tout en bénéficiant d’une proximité plus directe avec différents écosystèmes économiques, institutionnels et sectoriels.
Au-delà des espaces physiques, StartGate déploie une chaîne complète de programmes d’incubation, de pré-accélération et d’accélération. Ce contenu permet aux équipes de structurer leur proposition de valeur, de comprendre leur marché, de valider leurs premiers jalons et d’avancer vers une mise à l’échelle progressive.
UM6P Ventures prolonge ce continuum avec une capacité d’investissement précoce que très peu d’universités africaines offrent: prendre des risques sur des technologies émergentes, accompagner la maturation scientifique et soutenir les premières étapes de commercialisation.
L’ensemble crée une dynamique continue: de l’idée au prototype, du prototype au produit, puis du produit à une start-up capable de se monétiser, de répondre à un besoin réel, de traiter une problématique prioritaire et, au bon moment, d’exporter ses solutions tout en contribuant à positionner le Maroc et l’Afrique dans des segments technologiques à forte valeur ajoutée.
Quels sont les domaines prioritaires sur lesquels l’UM6P concentre ses efforts ?
Notre approche repose sur deux réalités : les besoins du continent et les forces scientifiques de l’UM6P. Nous concentrons donc nos efforts sur des domaines où l’Afrique peut créer de la valeur, de la souveraineté et du savoir-faire exportable.
Cela couvre la deeptech sous toutes ses formes : matériaux avancés, chimie durable, biotech, watertech ou agrobiotech. S’y ajoutent l’agritech et les food systems, qui restent des enjeux structurants pour la région. L’intelligence artificielle et la data occupent une place centrale, tout comme les technologies liées aux énergies renouvelables et à la transition énergétique. Nous travaillons également sur l’industrie 4.0 et sur la healthtech. Ces domaines ne sont pas choisis parce qu’ils sont tendance, mais parce qu’ils répondent à des problématiques concrètes: produire mieux, décarboner, sécuriser les ressources, industrialiser, soigner et rendre l’innovation accessible. Ce sont aussi des secteurs où les équipes scientifiques et techniques de l’UM6P disposent d’un avantage naturel et où les start-up africaines peuvent se positionner sérieusement, grâce à des technologies monétisables et transférables.
En réalité, au-delà de cette liste, notre priorité est d’accompagner des projets qui résolvent un problème réel, créent un impact mesurable et peuvent, à terme, se projeter au-delà du continent sans perdre leur ancrage local.
Combien de start-up ont été créées et incubées ces dernières années ? Et peut-on citer quelques success-stories issues de l’UM6P ?
Depuis 2020, StartGate, le campus de start-up de l’Université Mohammed VI Polytechnique, a accompagné plus de 1.600 start-up et porteurs de projets à travers ses différents programmes d’idéation, d’incubation et d’accélération. Ce dispositif permet d’accompagner des projets à différentes étapes de maturité des projets.
