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Amal El Fallah Seghrouchni : «Faire du Maroc un acteur numérique majeur»

Initiatives gouvernementales, mesures d’accompagnement et de financement, refonte du cadre juridique, infrastructures numériques… Madame numérique du gouvernement Akhannouch nous dévoile l’approche de l’Exécutif pour renforcer l’écosystème des start-up.

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Le gouvernement marocain déploie un ensemble cohérent de mesures visant à faire émerger un écosystème national de start-up compétitif, durable et résolument tourné vers l’international.
Au-delà des soutiens financiers et structurels, une attention particulière est portée à l’adaptation du cadre juridique et réglementaire, considéré comme un levier fondamental pour accompagner cette dynamique qui cherche à assurer une équité territoriale.
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’Administration, nous détaille la feuille de route de son département. Round-Up.

Quelles sont les principales initiatives prévues par votre département pour renforcer l’écosystème des start-up au Maroc ?
Conformément à la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’Administration (MTNRA) déploie une série d’initiatives ambitieuses pour consolider l’écosystème des start-up.

Objectif : faire du Maroc un acteur numérique majeur à l’échelle continentale et internationale, en plaçant les jeunes entreprises innovantes au cœur de la dynamique économique. Le ministère a engagé une stratégie nationale de développement du numérique où les start-up occupent une position importante.

Elles sont perçues comme des moteurs essentiels d’innovation, de compétitivité et de création d’emplois. Cette stratégie prévoit la mise en œuvre d’une «Startup Policy» intégrée, un continuum de financement allant de l’idéation à la phase de croissance, ainsi qu’une série de leviers incitatifs pour encourager l’entrepreneuriat.

Parmi les mesures phares figure la création d’une «Bourse de vie», un dispositif intéressant qui permet aux porteurs de projets de quitter le salariat en bénéficiant d’un soutien financier personnel pour se consacrer pleinement à la création de leur entreprise. Cette initiative vise à réduire les freins au passage à l’acte entrepreneurial.

Qu’en est-il des structures d’accompagnement et de financement ?
Le ministère prévoit le renforcement des structures d’accompagnement à travers des subventions ciblées. Les incubateurs et accélérateurs bénéficieront d’un appui technique, tandis que les start-up auront accès à un accompagnement renforcé, comme en témoigne l’exemple du Technopark avec son impact régional.

Par ailleurs, un mécanisme de subvention est envisagé pour faciliter l’accès des jeunes entreprises innovantes aux financements sous forme de prêts, en fonction de leur stade de développement. Sur le plan du capital-risque, l’offre «Venture Capital» a été lancée pour soutenir les gestionnaires de fonds de start-up nationaux de qualité tout en attirant des investisseurs internationaux pour investir dans de jeunes pousses marocaines ou liées au Maroc avec une base productive.

En parallèle, des efforts seront menés pour diffuser une véritable culture de start-up, renforcer l’attractivité du statut d’entrepreneur et ancrer durablement l’innovation dans le tissu économique national.

Justement, quelles sont les pistes pour réviser et améliorer le cadre juridique actuel afin de mieux soutenir les start-up et faciliter leur croissance ?
Notre «Startup Policy» est conçue pour offrir un environnement législatif clair, favorable à l’innovation et adapté aux spécificités des jeunes entreprises technologiques. Cette politique vise notamment à encadrer et structurer l’accompagnement des start-up, tout en clarifiant leur statut et en renforçant leur accès aux dispositifs de soutien. Dans cette logique, un Label Startup est en cours de mise en place.

Il permettra d’identifier plus facilement les entreprises éligibles aux incitations fiscales, aux programmes d’accompagnement et aux opportunités de financement, tout en renforçant leur visibilité auprès des investisseurs nationaux et internationaux.

Parmi les autres mesures réglementaires phares figure la révision du plafond de change applicable à l’importation de prestations numériques. Ce dernier sera désormais modulé en fonction du niveau de maturité digitale des start-up, afin de leur permettre de recourir plus facilement à des services technologiques internationaux essentiels à leur développement.

La stratégie prévoit également l’instauration de dispositifs d’intéressement pour les salariés et associés de start-up, dans le but de fidéliser les talents et d’encourager la prise de risque au sein des structures en forte croissance.

Comment la commande publique pourra-t-elle favoriser le développement des start-up ?
Si le décret de 2013 constituait un premier cadre d’encadrement des achats publics, la réforme de 2023 marque un tournant en intégrant explicitement les notions d’achat innovant, d’offre spontanée et de dialogue compétitif.

Ces nouveaux mécanismes permettent d’ouvrir l’accès des marchés publics aux start-up et aux PME technologiques, en créant un cadre plus souple et propice à l’expérimentation. La mise en œuvre de ces dispositions fera l’objet d’une clarification progressive, en concertation étroite avec les acteurs publics concernés, afin d’en garantir l’appropriation et l’efficacité.

Par ailleurs, plusieurs initiatives innovantes sont en cours de déploiement pour renforcer les synergies entre administrations et start-up. Des projets pilotes ont d’ores et déjà été lancés pour expérimenter des laboratoires de co-création de solutions technologiques.

Ces laboratoires permettront aux administrations publiques et aux start-up marocaines de collaborer dès la phase de conception, afin de développer des solutions sur mesure, ancrées dans les besoins réels des usagers et des territoires. Cette démarche vise à faire de l’achat public un levier d’innovation à part entière, au service de la modernisation de l’action publique et de la montée en puissance de l’écosystème numérique national.

Quelles sont les initiatives prévues pour faciliter l’accès aux financements pour les jeunes entrepreneurs ?
Le financement constitue l’un des défis majeurs auxquels sont confrontées les start-up, particulièrement au premier stade de leur développement. Ce constat guide notre stratégie qui mise sur un continuum de financement couvrant l’ensemble du cycle de vie des jeunes entreprises innovantes.

Cette vision s’incarne à travers deux axes complémentaires: l’axe Venture Capital (VC) et l’axe Venture Building (VB). Le programme Venture Capital est inscrit dans le cadre d’un protocole d’accord avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la Caisse de dépôt et de gestion et le ministère de l’Économie et des finances.

Un mécanisme de couverture des risques déployé par le MTNRA est prévu pour inciter davantage à investir dans les start-up marocaines. L’appel à manifestation d’intérêt, lancé à cette occasion, a suscité un vif engouement: 47 candidatures ont été reçues, dont 33 émanant de sociétés de gestion internationales.

Dans ce cadre, le ministère mobilisera une enveloppe allant jusqu’à 500 millions de dirhams pour stimuler le développement d’un écosystème local de start-up à ambition internationale. Une attention particulière sera portée aux financements dits «early stage» (pre-seed, seed et pre-series A), afin de garantir un dealflow solide et durable, pierre angulaire d’un écosystème de capital-risque performant.

Et pour le programme Venture Building ?
Ce programme est déployé dans le cadre d’une convention-cadre signée le 30 septembre 2024. Il repose sur la création du Digital Startup Fund, un fonds dédié au financement des start-up et à la structuration d’un écosystème national d’incubation et d’accélération.

Cette offre se distingue par une approche intégrée, combinant accompagnement personnalisé et financements non dilutifs adaptés aux différentes étapes du développement entrepreneurial. L’appel à manifestation d’intérêt, lancé le 9 octobre 2024 pour sélectionner les opérateurs de ce programme, a abouti au dépôt de 32 dossiers de candidatures de nationaux et d’internationaux.

Le processus d’évaluation est actuellement en cours avec les opérateurs présélectionnés. L’objectif est de co-construire les programmes d’accompagnement, avec un déploiement opérationnel prévu dans les prochains mois. L’une des spécificités majeures de l’offre VB réside dans son volet financement non dilutif, offrant aux start-up un appui sans perte de capital. Elle intègre quatre instruments principaux.

Il y a d’abord la Bourse de vie, destinée à accompagner les salariés à fort potentiel, souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat, en leur offrant un soutien financier pour couvrir leurs dépenses personnelles au démarrage de leur projet. Et puis, il y a la Bourse d’incubation, qui finance le développement de produits innovants et leur mise sur le marché.

Le troisième instrument consiste en un «Prêt d’honneur», un financement sans intérêt ni garantie, remboursable uniquement en cas du succès du projet, destiné à renforcer la structuration et la maturité des start-up avant une levée de fonds. Enfin, il y a le «Prêt d’amorçage», conçu pour accompagner les start-up en phase d’accélération, soit en prévision d’une levée de fonds, soit en complément d’un financement déjà obtenu.

Le Maroc vise à devenir un hub technologique en Afrique. Comment attirer alors des investisseurs et des talents
étrangers ?
Le MTNRA mise sur une présence active dans les grands rendez-vous internationaux du numérique, tout en organisant ou soutenant des événements de référence sur le territoire national. Des roadshows sont ainsi organisés, au Maroc et à l’étranger, afin de connecter les start-up marocaines aux écosystèmes technologiques internationaux, renforcer leur visibilité et accroître leurs opportunités de levée de fonds.

Le ministère sponsorise et accompagne la participation des start-up à des événements majeurs, tels que le Web Summit (Lisbonne), Gitex Global (Dubaï), LEAP (Arabie saoudite) ou encore Gitex Africa (Maroc). À travers des stands officiels ou des délégations encadrées, ces entreprises peuvent présenter leurs solutions devant un public mondial d’investisseurs, d’experts et de décideurs.

Le ministère s’engage également à faciliter leur intégration dans des programmes internationaux d’innovation et à valoriser les success-stories marocaines à l’échelle globale. Par ailleurs, le Maroc est un acteur engagé dans les grandes coalitions technologiques internationales.

En tant que membre fondateur et membre élu du comité exécutif de DCO (Digital Cooperation Organization), le Royaume bénéficie d’un espace de coordination stratégique pour élargir les débouchés commerciaux des start-up marocaines, harmoniser les politiques numériques et favoriser les investissements croisés entre pays membres.

Ces alliances sont essentielles pour créer des passerelles durables entre les start-up marocaines et les marchés émergents ou matures, tout en renforçant leur crédibilité auprès des investisseurs internationaux.

Quelles sont les priorités du gouvernement pour améliorer les infrastructures numériques du pays ?
Le gouvernement marocain a fait du renforcement des infrastructures numériques une priorité stratégique. Objectif : créer un socle technologique robuste pour accompagner la transformation numérique du Royaume et permettre l’émergence de nouveaux modèles économiques.

Le premier axe d’intervention concerne le renforcement de la connectivité nationale. Le ministère poursuit le déploiement massif de la fibre optique, avec une attention particulière portée à la réduction de la fracture numérique entre les zones urbaines et rurales.

En parallèle, les travaux préparatoires à l’adoption de la 5G sont en cours, afin d’anticiper les nouveaux usages industriels et économiques rendus possibles par cette technologie. Le gouvernement investit également dans la modernisation des datacenters et le développement d’un cloud souverain pour garantir la sécurité, la souveraineté et l’accessibilité aux données, en particulier pour les administrations et les entreprises stratégiques.

Quid de l’intelligence artificielle et de la blockchain ?
Sur le plan technologique, l’intelligence artificielle est érigée en levier transversal dans la stratégie du digital. Elle irrigue à la fois la transformation numérique de l’administration publique et la dynamisation de l’économie numérique.

Le gouvernement souhaite exploiter pleinement le potentiel de l’IA pour automatiser et améliorer les services publics, tout en accompagnant l’innovation dans le secteur privé. Une attention particulière est accordée à la structuration de l’écosystème IA au Maroc, en soutenant la recherche, le développement de compétences et la création de solutions locales adaptées.

Dans le même élan, la blockchain est reconnue pour ses atouts en matière de transparence, de traçabilité et de sécurisation des échanges. Elle est notamment perçue comme un outil stratégique dans les domaines de la finance (paiements numériques, fintech), des services administratifs ou encore de la logistique.

Le projet de loi encadrant les cryptomonnaies, porté par Bank Al-Maghrib et actuellement en circuit législatif, marque une étape clé vers une régulation progressive de ces technologies en pleine expansion. Cette régulation est essentielle, car les cryptomonnaies s’appuient sur la technologie blockchain pour enregistrer et valider leurs transactions.

Quelles sont les mesures prises pour renforcer les compétences numériques au Maroc ?
Le Royaume multiplie les initiatives pour renforcer les savoir-faire numériques et encourager l’entrepreneuriat technologique chez les jeunes. Ces efforts s’inscrivent dans une volonté stratégique d’accompagner la transformation digitale du pays tout en valorisant son capital humain.

L’une des premières initiatives emblématiques en la matière est YouCode, une école de codage lancée en 2020, avec pour ambition de démocratiser l’accès à la formation numérique. Destinée prioritairement aux jeunes sans diplôme, elle propose des formations gratuites en développement web et mobile.

Depuis sa création, l’école a déjà formé plus de 2.000 jeunes, leur offrant de véritables perspectives professionnelles dans un marché en constante évolution. Autre programme phare : JobinTech, lancé officiellement à l’échelle nationale le 30 mai 2024 grâce à une convention signée entre le ministère de la Transition numérique et plusieurs partenaires publics et privés.

Ce programme vise à former 14.000 talents en trois ans à travers des parcours d’upskilling (montée en compétences) ou de reskilling (reconversion professionnelle) dans les métiers du numérique. La phase pilote, déployée entre 2023 et 2024, affiche des résultats encourageants : 984 jeunes qualifiés, 10 opérateurs de formation mobilisés et un taux d’insertion dépassant les 70%, dont près de la moitié en contrat à durée indéterminée.

À noter également que 5% des bénéficiaires ont choisi de reprendre leurs études, signe d’une dynamique de confiance retrouvée. Plus récemment, en mars 2025, le ministère a annoncé le lancement du Programme national de formation aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle, en partenariat avec plusieurs institutions clés, dont l’Université Mohammed VI Polytechnique.

Ce programme inédit s’adresse aux enfants et adolescents et a pour vocation de les initier dès le plus jeune âge aux outils du numérique, à travers des ateliers pratiques centrés sur l’intelligence artificielle, la programmation et les usages responsables du digital. En misant sur une approche inclusive, le dispositif vise à irriguer toutes les régions du Royaume et à éveiller précocement les vocations dans les domaines technologiques porteurs.

Au-delà des grandes villes comme Casablanca et Rabat, quels efforts sont déployés pour le développement de start-up dans d’autres régions du Maroc ?
Conscient de l’importance d’un maillage territorial équilibré, le ministère s’engage activement à assurer une couverture régionale équitable des efforts de transformation digitale, du nord au sud, et de l’est à l’ouest du pays.

L’un des leviers majeurs de cette politique est le soutien direct aux initiatives locales. Toute initiative régionale portée par des acteurs publics, privés ou académiques et exprimant un besoin d’accompagnement bénéficie d’un appui de la part des services du MTNRA, afin de favoriser l’émergence de projets innovants et ancrés dans leur territoire.

Ce soutien se traduit notamment par des partenariats, de l’appui logistique, du conseil technique ou encore des financements ciblés.

Cela se fait-il à travers les Technoparks qui se déploient à travers le Royaume ?
Effectivement, le ministère a renforcé les moyens du Technopark, acteur central de l’innovation territoriale, pour l’accompagner dans le déploiement de sa nouvelle feuille de route où la régionalisation est érigée en pilier stratégique.

Grâce à ce soutien, l’expansion des Technoparks s’accélère : après Casablanca, Rabat, Tanger et Agadir, plusieurs nouveaux sites ont été ouverts, ou sont en développement à Essaouira, Fès, Oujda, Tiznit, Marrakech et Khémisset, avec pour ambition de couvrir au moins sept régions et dix villes à l’horizon 2026.

Cette expansion repose sur une offre structurée autour de cinq axes : proximité territoriale, accompagnement adapté, accès à des infrastructures modernes, programmes de formation ciblés, et connexion aux réseaux nationaux et internationaux de l’innovation. Chaque Technopark adopte une approche personnalisée, en tenant compte des spécificités économiques et des filières stratégiques de la région d’implantation.

Objectif : créer des écosystèmes régionaux dynamiques, capables d’absorber, développer et faire rayonner des start-up locales à fort potentiel. L’équité territoriale est également au cœur des actions menées dans le domaine de la formation numérique.

Qu’il s’agisse de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur ou de la formation professionnelle et de la reconversion, le MTNRA veille à ce que les jeunes de toutes les régions puissent accéder à des formations de qualité.