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Territoires

En Couv’. Programmes nouvelle génération : L’État plus près des citoyens

L’investissement, les services sociaux de base, l’accès à l’eau, les centres émergents de proximité…, voilà les ingrédients de la nouvelle politique de développement que le gouvernement s’apprête à déployer. Une nouvelle étape est sur le point d’être franchie.

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C’est un nouveau tournant – et le mot est lourd de sens – que notre pays s’apprête à prendre en termes du développement. Un nouveau mécanisme qui se met en place dans une série de programmes que le Royaume a lancés au long de ces deux dernières décennies.

La nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, les PDTI, dont le processus d’élaboration a été enclenché, est, pour ainsi dire, une phase charnière dans les relations entre l’État et les citoyens et la manière dont le rôle des régions et des acteurs locaux est désormais perçu.

«Le moment que nous vivons aujourd’hui est celui du passage d’une logique de services de base à une logique de création d’opportunités», a notamment souligné le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, mardi 25 novembre, lors de la dernière session des questions de politique générale à la deuxième Chambre.

En termes plus concrets, explique-t-il, nous passons de «l’eau, de l’électricité et des routes…, à l’économie locale, à l’emploi, à l’investissement de proximité, aux centres émergents, à l’industrie rurale, à la requalification des marchés, à la connexion numérique et au tourisme rural». Une étape, poursuit-il, où nous ne sommes plus seulement dans le «pour que les gens puissent vivre», mais dans le «pour que les gens aillent de l’avant».

Le chef du gouvernement parle d’une «vision intégrée», dans laquelle est en train de s’opérer le passage d’une logique de simple «rattrapage des déficits» à une logique de «construction de capacités territoriales» qui garantissent un service public plus juste et plus durable, et qui produisent un impact quotidien et tangible dans la vie des citoyens. Cette mutation va s’opérer dans le cadre d’une approche régionale et avec l’implication et la contribution des acteurs locaux et régionaux pour l’intérêt du citoyen.

Le cap a été fixé : chaque région aura sa propre personnalité, chaque espace disposera de son identité économique et tous les citoyens, sans exception ni discrimination, auront le droit naturel au progrès. C’est la vision globale. C’est ainsi que sera renforcé l’investissement avec son corollaire de création d’emplois et de richesses.

Pour le déploiement sur le terrain, l’investissement sera corrélé à la nature et aux particularités et spécificités de chaque région. Il y aura des zones qui seront spécialisées dans l’automobile, d’autres dans le textile, d’autres encore dans les énergies renouvelables ou, pour d’autres régions, l’industrie chimique et agroalimentaire, tout comme il y aura des régions à vocation multiple, indique Aziz Akhannouch.

Pour lui, «il est temps de passer des politiques nationales uniformes en matière d’investissement et d’emploi à une véritable décentralisation économique effective, adaptée aux spécificités de chaque région, et de passer de la concentration des opportunités d’emploi sur l’axe Tanger-Rabat-Casablanca à un réel rééquilibrage territorial».

Souveraineté productive régionale
Cela, en convient le chef de l’Exécutif, exige de créer le climat favorable à l’initiative et à l’investissement local, au cœur même de la stratégie gouvernementale de relance de l’emploi. En ce sens, faut-il le rappeler, la nouvelle Charte de l’investissement constitue un véritable mécanisme de discrimination positive en faveur des régions les moins attractives.

Le but étant de générer une dynamique économique territoriale, «en particulier dans les villes moyennes et dans les territoires qui peuvent devenir des pivots stratégiques autour des grands pôles de production de valeur».

Évidemment, il ne peut y avoir de politique incitative d’investissement ni de création de richesses et d’emplois et, par-delà, d’amélioration des conditions de vie des citoyens sans les services de base. C’est le deuxième pilier de ce programme. «L’eau, les routes, la santé, l’éducation et l’éclairage public ne sont plus de simples services dépendant des circonstances : ils sont devenus des droits à part entière».

C’est pourquoi, souligne Aziz Akhannouch, les prochains programmes régionaux achèveront de désenclaver les zones isolées, renforceront le raccordement à l’eau potable et à l’électricité, amélioreront la qualité des établissements de santé et d’éducation, et garantiront le transport scolaire, la restauration et les aides, car le développement social est la base de tout.

Après, et c’est une troisième étape, il faut «construire un nouveau chemin vers la réalisation de la souveraineté productive régionale». En des termes plus concrets, chaque région sera capable «de produire, de créer de la valeur et d’assurer son indépendance économique». Ce qui passe, en grande partie, par la sécurité hydrique.

D’où le programme colossal d’investissement dans la sécurisation des ressources d’eau, principalement non conventionnelle, à travers notamment le dessalement, que le gouvernement a déployé ces dernières années. L’enjeu n’est pas seulement de mobiliser cette ressource vitale, mais aussi d’en rationaliser l’usage, notamment via des techniques développées d’irrigation.

Sécurité hydrique
Dans la même logique, la «requalification intégrée des territoires» constitue un maillon fort de cette chaîne de développement. «La route seule ne suffit pas, l’école sans un environnement adapté ne peut pas remplir pleinement son rôle, et le dispensaire sans voies d’accès ni transport sanitaire ne sert à grand-chose. Le développement doit avoir une vision, une cohérence et une intégration», affirme le chef du gouvernement.

Dans ce cadre, aussi bien les villes moyennes, les villages que les douars, entre autres, «doivent être inclus dans notre volonté de forger un récit national renouvelé autour de l’équité territoriale, afin de faire passer ces espaces d’une logique de simple fourniture de services de base à une logique de développement local capable d’élargir la base des opportunités offertes aux citoyens, en fonction des spécificités de leurs territoires d’appartenance».

Cette logique, le gouvernement la traduit en un nouveau concept : les centres émergents de proximité. L’idée apparaît déjà en filigrane dans le programme Génération Green, lancé il y a près de cinq ans, dont l’un des objectifs phares est de créer une classe moyenne rurale, mettant à sa disposition, et à proximité, l’ensemble des éléments de confort urbain.

Tels qu’ils sont conçus dans cette nouvelle génération de Programmes de développement territorial intégré (PDTI), ces centres émergents de proximité, situés entre les douars et les villes, sont les véritables clés du développement réel, car on y trouve le commerce, l’administration, les services de santé de base, l’école et les activités économiques qui luttent contre l’exode rural.

Ces centres, explique le chef de l’Exécutif, «doivent être restructurés et leur esthétique et attractivité améliorées par la requalification des équipements : marchés organisés, pôles de services, espaces de tourisme rural, connexion numérique puissante, infrastructures culturelles et sportives…, afin qu’ils deviennent réellement de petits pôles qui servent les gens et protègent leur vie quotidienne».

Ce pilier est étroitement lié à la sécurité hydrique, qui constitue aujourd’hui, dans le contexte climatique difficile et durable que nous connaissons, un enjeu existentiel pour le Maroc.

Nouveaux barrages, projets de dessalement, réutilisation des eaux usées, protection des oasis, soutien à l’agriculture familiale et gestion intelligente des ressources…, tout un programme.

Engagement national
La gouvernance territoriale étant aujourd’hui le fondement de tout développement, la prochaine étape sera fondée sur la planification régionale, «pour que les projets soient en cohérence avec la réalité locale» et la gouvernance des projets, «afin qu’aucun projet ne reste bloqué ou sur le papier». C’est pour garantir que l’impact soit réel et perceptible au niveau local.

Côté financement, le gouvernement compte sur la mobilisation des financements provenant de l’État, de la région, de la commune et du secteur privé.
Le gouvernement, étant dans la dernière année de son mandat, va accélérer la cadence et presser le pas pour la mise en œuvre.

Dans le domaine de la santé publique, l’amélioration du parcours de soins des citoyens sera poursuivie dans le cadre des groupements sanitaires territoriaux, à travers la modernisation des infrastructures et des équipements de santé, la qualité de l’accueil et des traitements, ainsi que l’attractivité des ressources humaines vers les zones les moins favorisées, en parfaite adéquation avec les besoins des populations et les spécificités des territoires.

De même, l’effort de rehaussement de la qualité du système éducatif sera maintenu selon une approche globale qui relie infrastructures, qualité des apprentissages, requalification des établissements scolaires, amélioration de l’environnement scolaire et garantie des services de transport, d’hébergement et de restauration scolaire, autant de mesures qui assurent une réelle égalité des chances.

Parallèlement, le gouvernement va continuer à donner plus de force aux régions, à soutenir les communes et à permettre à l’acteur local de jouer pleinement le rôle pour lequel il a été créé. Lequel acteur, tient à souligner le chef du gouvernement, «n’est pas une seule personne, mais une équipe entière».

C’est l’acteur clé de ce programme dont les piliers vont, comme précisé plus haut, de l’investissement à la déclinaison régionale, aux services sociaux de base, à la sécurisation des ressources hydriques et au lancement des centres émergents.

Ainsi, conclut Akhannouch, «après ce long parcours de diagnostic, de chiffres, de vision et d’analyse, nous arrivons aujourd’hui au cœur de la nouvelle étape que le Maroc s’apprête à franchir : l’étape où le développement n’est plus simplement un projet, mais un engagement national».

 


Le rôle clé de l’acteur local
Pourquoi les politiques publiques n’ont-elles pas l’impact escompté sur le vécu des citoyens dans plusieurs régions ? C’est la question que tout le monde se pose. La réponse est claire, simple, mais extrêmement profonde : l’État a fourni un effort colossal, mais l’impact final se joue chez l’acteur local.

Car c’est lui qui rapproche tout cela du citoyen, qui traduit sur le terrain la vision royale et qui voit les détails du quotidien qui déterminent si le citoyen va ressentir que l’État est «présent» ou «absent», observe le chef du gouvernement. Exemples :

L’État peut construire un hôpital régional équipé au plus haut niveau. Mais s’il n’y a pas de transport sanitaire local, si les pistes secondaires ne sont pas praticables, s’il n’y a personne pour assurer le suivi des patients, l’hôpital restera inscrit dans les rapports…, sans jamais entrer dans la réalité quotidienne des gens.

L’État peut généraliser le raccordement à l’eau potable. Mais s’il n’y a pas d’entretien régulier ni d’intervention rapide, il suffit d’une seule journée où le robinet reste sec pour que le citoyen mette en doute tout le projet, malgré l’énorme effort qui se cache derrière.

L’État peut construire une école neuve. Mais si le transport scolaire n’existe pas, si la piste n’est pas praticable, si l’éclairage public n’est pas installé, l’élève reste privé d’école même si «on a bien construit l’école». L’État peut réaliser des routes nationales et des autoroutes, mais tant que les pistes rurales restent dégradées, le douar demeure isolé et l’isolement bloque le développement.

Tout cela nous confirme la valeur absolument centrale de l’acteur local, et il ne s’agit pas seulement du wali ou du gouverneur, mais aussi du président de région, du président de commune, des élus, des services déconcentrés, des associations, et même de l’opérateur économique local…