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Sécurité

Hicham Chiguer : «L’écosystème est en construction face à une menace en mutation»

Le Maroc a accompli des avancées notables en matière de transformation digitale, mais la maturité en cybersécurité reste hétérogène selon les secteurs et la taille des organisations. Le président de l’Association des utilisateurs des systèmes d’information (AUSIM) partage son analyse et décrypte les grands enseignements.

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Alors que la digitalisation des secteurs économiques s’accélère, la question de la cybersécurité s’impose comme un enjeu stratégique de premier plan. Quelle est la maturité réelle du Maroc face à des menaces de plus en plus sophistiquées ?

Comment l’écosystème se structure-t-il pour accompagner cette transformation numérique en toute sécurité ? Point de vue du président de l’Association des utilisateurs des systèmes d’information (AUSIM).

À l’heure où la digitalisation s’accélère dans tous les secteurs, quelle est la véritable maturité du Maroc en matière de cybersécurité ?
Le Maroc a accompli des avancées notables en matière de transformation digitale, mais la maturité en cybersécurité reste hétérogène selon les secteurs et la taille des organisations.

D’après l’Ausimètre 2024 (le baromètre de la cybersécurité au Maroc dans sa 1re édition, une enquête nationale pilotée par l’AUSIM en partenariat avec PwC), la prise de conscience du risque cyber est réelle et croissante. 90% des entreprises interrogées classent les risques cyber comme leur priorité numéro un pour 2024.

Néanmoins, cette maturité se heurte encore à des défis, tels que la rationalisation des investissements, la pénurie de talents qualifiés, ou encore l’intégration de la cybersécurité dans la gouvernance stratégique des entreprises.

Comment les données des entreprises et des citoyens sont-elles protégées face à une menace cyber grandissante ?
Le Maroc a mis en place un cadre réglementaire robuste : la loi 09-08 sur la protection des données personnelles, la loi 05-20 sur la cybersécurité et la Directive nationale de sécurité des systèmes d’information (DNSSI). Malgré cela, le pays reste le plus ciblé en Afrique par des chevaux de Troie bancaires, et le deuxième par les ransomwares selon Interpol.

La protection des données repose ainsi sur le triptyque : gouvernance, technologie et formation/sensibilisation. Si certaines entreprises mettent déjà en place des plans de reconstruction post-attaque, l’urgence reste de généraliser la sensibilisation et l’anticipation.

Le secteur de la cybersécurité marocain est en pleine mutation. Quelle est sa taille actuelle ? Et quelles perspectives de croissance dessine-t-il dans ce contexte de numérisation généralisée ?
Le secteur est encore jeune, mais en croissance rapide. Le Maroc est doté de champions nationaux connus et reconnus par la DGSSI, les instances officielles marocaines, les grandes entreprises matures en cybersécurité et qui opèrent aussi à l’international.

Le potentiel de compétences en la matière est prometteur. Nous avons besoin certes de plus de volume pour combler le besoin des entreprises et des professionnels du secteur. Il y a une tendance dans les augmentations des budgets de la sécurité IT.

Cette tendance devrait s’intensifier avec l’émergence de la GenAI, du Cloud hybride et des services managés. L’externalisation des services cybersécurité, devenue une réalité, illustre la montée en puissance du marché marocain, qui commence à s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et internationales.

Malheureusement, les données chiffrées restent rares et les entreprises sont très discrètes à ce sujet, pour des raisons évidentes de confidentialité. Néanmoins, on peut estimer la croissance du secteur par le nombre d’acteurs. Il y a vingt ans, à peine une dizaine d’entreprises opéraient dans la cybersécurité.

Aujourd’hui, elles sont plus d’une centaine, actives à différents niveaux, et certaines créées par des Marocains de la diaspora développent même leurs propres solutions.

Quels sont les enseignements les plus marquants du dernier baromètre cybersécurité publié par l’AUSIM ?
Plusieurs signaux forts se dégagent. Le risque cyber est désormais reconnu comme le risque principal à traiter par les dirigeants marocains. Les fuites de données sont la conséquence la plus redoutée devant l’atteinte à la réputation.

Les investissements cyber se poursuivent, mais une demande accrue d’efficacité et de retour sur investissement commence à émerger. Le besoin de talents spécialisés est criant: 96% des entreprises considèrent que le développement des compétences est crucial.

Enfin, l’intégration de la cyber résilience devient un objectif stratégique au-delà de la simple protection.

Face aux géants internationaux, les start-up marocaines ont-elles une place à prendre dans la cybersécurité ? L’écosystème est-il suffisamment ouvert et dynamique pour ces jeunes pousses ?
Oui, sans aucun doute. L’environnement marocain se structure pour permettre l’émergence d’un tissu de start-up locales. Des initiatives voient le jour autour de la cybersécurité souveraine, de l’analyse des risques, ou encore de la détection avancée.

Le défi ? Accéder aux marchés publics et privés, nouer des partenariats stratégiques et renforcer l’attractivité des carrières cyber auprès des jeunes talents. La synergie entre grands groupes, organismes publics et jeunes entreprises est essentielle pour construire une souveraineté numérique durable.

De notre côté, l’AUSIM s’est dotée de 4 Clubs Ausmose pour renforcer nos échanges et best practices autour de 4 thématiques essentielles choisies par nos membres : cybersécurité, Cloud, IA et Relations entreprises-start-up.

Nous œuvrons pour démystifier les concepts, rapprocher les tendances et les best practices auprès de la communauté, partager du contenu scientifique à travers des livres blancs, baromètres, webinaires et évènements physiques, et mettre en relation les membres pour un meilleur retour sur expérience. Le reveal de la deuxième édition du baromètre de la cybersécurité au Maroc sera révélé le 15 mai prochain.

Enfin, vous avez évoqué le déficit de compétences. Faut-il en former davantage ?
Nous avons d’excellents profils et un vivier de talents prometteurs. Mais il est clair qu’il faut continuer à investir dans la formation. Les besoins sont énormes et la demande croît plus vite que l’offre.

Il faut non seulement renforcer les cursus existants, mais aussi favoriser les passerelles entre l’université, les écoles d’ingénieurs et le monde professionnel.