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En Couv’. Législatives 2026 : Le ton d’une campagne

Les temps changent et le clivage idéologique d’il y a dix ans devient un débat autour du programme. Deux partis se détachent du lot. L’un défend les acquis, maintient sa voie, l’autre change de trajectoire. L’idée d’un bipartisme fait son chemin.

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Au terme des six premiers jours, la campagne électorale bat son plein. Sans doute, à l’exception de l’Istiqlal à Laâyoune, les autres formations n’ont pas encore organisé, à cette date, leurs plus grands meetings électoraux.

À ce niveau, l’on peut déjà dégager certains éléments d’analyse.
Le premier constat est que le RNI mène, et de loin, la campagne la plus structurée et la plus professionnelle.

C’est un constat qui n’échappe à personne. Son message est à la fois clair et simple : «Nous avons été à la tête du gouvernement, nous avons obtenu des résultats probants, maintenant il faut poursuivre».

Contrairement aux deux autres membres de la majorité sortante, qui ont marqué une rupture – plus prononcée pour le PAM que pour l’Istiqlal –, le RNI dispose surtout d’un avantage considérable, des réalisations du gouvernement à mettre en avant.

Son discours de campagne ne repose donc pas uniquement sur des promesses, mais sur des acquis à améliorer et fructifier.

Le parti arrive surtout sur le champ de la campagne électorale avec une machine rodée, une équipe rompue au travail du terrain et un staff dirigeant – le président et les membres du bureau politique – habitué à aller à la rencontre des citoyens et à l’aise dans la communication de proximité.

C’est aussi la formation autour de laquelle s’organise une grande partie de la campagne.

On l’imite, on le contredit, on le critique et on l’attaque. D’une manière ou d’une autre, le RNI bénéficie de ce fait d’une formidable visibilité.

À l’opposé, le PJD est sans doute le parti qui transforme le plus nettement la campagne en confrontation politique. Au lieu de mesures et de programme, il distribue des critiques, des invectives et des accusations à gauche et à droite.

Le parti islamiste ne mène pas une campagne pour retourner au gouvernement, ne serait-ce qu’en tant que formation d’appoint, il cherche plutôt à transformer le scrutin en procès de la majorité sortante, plus précisément le RNI et son ancien président, Aziz Akhannouch.

De son côté, Driss Lachguar, patron de l’USFP, lors de son premier meeting, choisit d’attaquer directement la majorité sortante en même temps que le zaïm du PJD. Il a continué sur cette lignée.

Moins d’idéologie, plus de concret
Pour faire court, le RNI, le PAM et l’Istiqlal tendent à transformer la politique en gestion et en résultats. L’USFP et le PPS essaient de réintroduire la question de la redistribution et de la justice sociale.

Le PJD, lui, se démène à réintroduire le conflit politique et moral. Mais, en l’absence d’un clivage idéologique prononcé, comme en 2016 par exemple, c’est l’Istiqlal qui s’est savamment imbriqué dans cette niche considérée comme fonds de commerce des islamistes.

Deux thématiques ressortent du programme et de la campagne électorale du parti : les valeurs, la famille et la souveraineté nationale, alimentaire, énergétique, industrielle…

Pour l’Istiqlal, la défense des valeurs s’inscrit dans un contexte de souveraineté nationale, contrairement aux islamistes dont le parapluie idéologique s’étend au-delà des frontières.

La campagne de 2026 est donc beaucoup moins idéologique que celle de 2016, et même celle de 2021. Elle est surtout une campagne de bilan, de pouvoir d’achat, d’emploi, de services publics…

Le thème transversal est, en effet, celui du niveau de vie. L’emploi, les salaires (SMIG, IR), les prix, la santé, l’éducation, le logement, la protection sociale et les disparités territoriales sont les thèmes qui reviennent le plus souvent dans la campagne des partis, principalement ceux de la majorité sortante.
Au sixième jour de la campagne électorale, un autre constat nous interpelle.
La compétition oppose désormais les deux partis de la coalition gouvernementale sortante : le RNI et le PAM. Les partis historiques d’opposition peinent à imposer leurs thématiques dans un espace médiatique, mais aussi sur le terrain, dominé par la confrontation entre ces deux formations.

Il y a cinq ans, écrit Abdellatif Agnouch, politologue et universitaire à la retraite, connu pour ses travaux de référence sur l’histoire politique, le pouvoir et les institutions au Maroc, «le RNI a innové de point de vue politique dans l’élaboration des programmes, dans le type de promesses électorales, et même dans la manière de les mettre en œuvre…

Et voilà qu’aujourd’hui, le PAM suit ses traces… Il renouvelle à son tour sa façon de présenter ses offres politiques, en s’éloignant lui aussi des généralités, des termes creux et des questions étrangères aux préoccupations des citoyens…

En face, le reste des partis, qui ne croient plus eux-mêmes en leur discours, se contente d’espérer remporter quelques sièges pour jouer le rôle de l’opposition, ou celui du chantage…».

Évolution constitutionnelle
Partant de là, le politologue s’interroge, à travers cette réflexion partagée sur les réseaux sociaux : «Et si le système politique marocain évoluait progressivement vers un bipartisme ou une polarisation partisane, comme c’est le cas en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou dans d’autres pays ?»

Une configuration dans laquelle se démarquent deux grands principaux partis, autour desquels gravitent de petites formations, avec la possibilité de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre à chaque nouvelle échéance électorale, selon les rapports de force économiques et politiques du moment.

Sur le plan institutionnel, la campagne électorale de cette année présente également un élément inédit. Les élections de 2026 apportent, en effet, une nouveauté dans l’environnement électoral et politique de l’article 47 de la Constitution.

Ce sont les premières élections où deux partis se disputent la première place, mais où l’ambition électorale est cette fois portée par des membres du bureau politique.

Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa sont, pour ainsi dire, les véritables meneurs de cette campagne électorale. «C’est un précédent électoral qui entraîne inévitablement des conséquences constitutionnelles», note un observateur de la scène politique.

Ce qui veut dire, poursuit le même analyste, dans le cadre de l’article 47, la coutume selon laquelle le Souverain désigne le chef du parti arrivé en tête des élections comme chef de gouvernement risque fortement d’être «abrogée».

Et de rappeler que «cet article a été rédigé pour une situation partisane classique dans laquelle le numéro 1 du parti était le leader de l’organisation politique et la locomotive électorale qui l’a conduite vers la victoire».

L’autre nouveauté de 2026, la campagne est devenue hybride. En 2016, la campagne était encore essentiellement «physique».
En 2021, elle était fortement digitale, notamment avec le RNI, dans un contexte de Covid où les meetings étaient limités.

En 2026, le numérique et le terrain ne se remplacent plus, ils fonctionnent ensemble. Les partis politiques enchaînent désormais, simultanément, meetings populaires, vidéos courtes, extraits du discours, publications sur les réseaux sociaux, relais par les candidats locaux et ciblage publicitaire.

Pour de nombreux observateurs, Facebook, TikTok et Instagram, par exemple, sont devenus des éléments centraux de la compétition électorale, parallèlement aux meetings traditionnels. Les temps changent.

En définitive, la campagne de 2026, plus digitalisée, marque également une «dépolitisation relative» de l’enjeu électoral.

Cela, au profit d’une compétition de proximité et de gestion, où les promesses chiffrées et le bilan tendent à supplanter les grands débats idéologiques.


Les lignes rouges à ne pas franchir
Au début de cette campagne, la justice est intervenue au moins à deux reprises et a tenu à le rendre public. À Kénitra, le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête sur des propos relatifs au financement de la campagne électorale par l’argent de la drogue.

Quelques jours plus tard, à Casablanca, une nouvelle enquête sur des allégations d’espionnage téléphonique. Deux discours électoraux ne sont pas de simples paroles prononcées dans le feu de la campagne électorale, mais des actes dangereux qui portent atteinte à l’image du Maroc.

Le premier évoque le financement des élections par l’argent de la drogue. Ces propos portent un coup fatal à l’intégrité des institutions constitutionnelles et à l’ensemble du processus électoral. Le second fait allusion à l’espionnage organisé des candidats.

Cette allégation, dans le cadre des campagnes électorales, épouse, dans le contexte actuel, des agendas extérieurs toxiques. Ces deux discours en particulier sont dangereux, parce qu’ils constituent une atteinte à la réputation du Royaume, dont l’effet se poursuit bien après les élections. Les adversaires du Maroc n’attendent pas mieux.