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Sécurité

En Couv’. FAR : Quinze ans d’acquisitions militaires stratégiques

La récente livraison des hélicoptères Apache AH-64, symbole du partenariat stratégique Maroc-USA, couronne une stratégie ambitieuse et cohérente de renforcement qualitatif des capacités militaires marocaines face aux défis actuels.

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Le 5 mars 2025, une agitation inhabituelle anime l’aéroport militaire de Salé. C’est le jour de livraison : les hélicoptères d’attaque AH-64 Apache sont officiellement réceptionnés par le Royaume, en présence de personnalités de haut rang, dont des galonnés militaires marocains et américains, ainsi que des membres du gouvernement.

Cet événement souligne le statut privilégié du Royaume, désormais partenaire stratégique clé des États-Unis, bénéficiant d’un accès exclusif à ce qui se fait de mieux en matière d’armement et d’hélicoptères de combat. Cette acquisition spectaculaire n’a toutefois rien de surprenant pour les observateurs avisés de l’actualité de défense au Maroc.

Elle s’inscrit tout naturellement dans une stratégie cohérente et continue de renforcement et de modernisation des capacités militaires des FAR, engagée depuis près de quinze ans. Pourquoi cette stratégie ? Et quelle est sa portée réelle face aux défis actuels ?

Tensions régionales et course à l’armement
Depuis une quinzaine d’années, l’environnement sécuritaire régional en Afrique du Nord et au Sahel connaît une instabilité sans précédent, exacerbée par une hostilité croissante du régime algérien envers le Maroc. Grâce à ses importantes ressources pétrolières, l’Algérie s’est engagée depuis plusieurs années dans une course effrénée à l’armement.

Derrière cette compétition se cache une ambition claire : établir un rapport de force militaire largement favorable face au Royaume. À cela s’ajoute une recrudescence préoccupante des tentatives vaines de harcèlement des milices du Polisario (qui ont rompu le cessez-le-feu en novembre 2020), alimentée par le soutien militaire direct de certains pays hostiles, notamment via la fourniture de drones de combat.

Une réponse stratégique adaptée aux menaces
La crise sécuritaire grandissante au Sahel, désormais considéré comme l’épicentre mondial du terrorisme selon le dernier rapport du Global Terrorism Index 2025 publié récemment, impose également une réponse ferme et adaptée de la part du Royaume.

Face à ces défis complexes, le Maroc mise depuis plusieurs années sur une modernisation qualitative, préférant un équipement technologique de pointe à une approche purement quantitative. Alors que l’Algérie figure régulièrement parmi les premiers importateurs d’armes en Afrique, selon le SIPRI, le Maroc privilégie des acquisitions stratégiques…

Dès 2011, l’acquisition de 24 chasseurs F-16C/D Block 52+ américains, livrés par Lockheed Martin, marque le point de départ d’une stratégie visant à renforcer les capacités militaires des FAR dans des domaines où les forces armées des pays voisins, notamment l’Algérie et l’Espagne, disposaient jusqu’alors d’un net avantage technologique et quantitatif.

Et il faut souligner que le saut technologique entre les nouveaux F 16 et la flotte vieillissante de F 5 américains et de Mirage F 1 français est conséquent, ce qui n’a pas manqué de soulever à l’époque les inquiétudes des états-majors des pays de la région soucieux de voir les FAR franchir un palier décisif en matière de supériorité aérienne.

Leur emboîtant le pas, la Marine Royale se renforce également avec la réception de trois frégates polyvalentes de classe Sigma néerlandaises en 2012, puis de la frégate multimission française Fremm en 2014, offrant au Maroc les moyens d’assurer la protection de son littoral en même temps qu’une force maritime dissuasive capable de projeter sa puissance en haute mer. Mais c’est surtout depuis 2020 que les FAR accélèrent nettement le rythme de leurs acquisitions d’armes de rupture technologique.

En 2021, la livraison de drones turcs Bayraktar TB2 a fait du Maroc le premier pays africain à acheter ce drone, devenu best-seller au niveau mondial, permettant ainsi aux FAR de renforcer considérablement leurs capacités en matière de surveillance, de reconnaissance et de frappe de précision depuis les airs.

L’entrée en service opérationnel des systèmes de guerre électronique Koral la même année, puis celle des drones de combat lourds Akinci en février 2025 octroient aux forces armées marocaines un avantage stratégique déterminant, témoignant d’un saut technologique majeur dans les domaines de la guerre électronique, du brouillage radar et de la surveillance à distance, renforçant ainsi leur capacité à opérer dans des environnements hautement contestés.

En parallèle, les livraisons des canons d’artillerie mobiles Caesar français dès 2022 et des hélicoptères d’attaque Apache AH-64E en 2025 permettent désormais aux FAR une capacité de frappe précise et réactive, notamment pour contrer les incursions terrestres de troupes de l’infanterie ou de blindés.

La défense antimissile n’a pas été négligée avec l’acquisition prochaine (prévue pour le courant de l’année 2025) des systèmes américains Patriot PAC-3, destinés à protéger les sites sensibles et à contrer toute menace aérienne ou balistique, notamment face aux avions de chasse et aux missiles Iskander de l’armée algérienne.

À cet arsenal viennent s’ajouter les chars lourds américains Abrams et les capacités satellitaires de renseignement et de surveillance d’origine israélienne, complétant les capacités de défense des FAR pour englober tous les domaines : aviation et marine de combat, forces de l’armée de terre, systèmes de défense antiaérienne, moyens de guerre électronique et capacités de surveillance et d’intelligence.

Le Maroc renforce son autonomie militaire
Les FAR poursuivent aujourd’hui cette stratégie ambitieuse avec d’autres acquisitions attendues, telles que les chasseurs américains F-16 Block 70/72, dont la livraison est prévue dès 2027, les redoutables lance-roquettes M142 Himars, ou encore l’acquisition probable de sous-marins d’attaque français ou allemands, évoquée régulièrement par les médias spécialisés, mais pas encore confirmée.

Dans l’optique de renforcer son autonomie stratégique, le Maroc ambitionne de développer une industrie de défense souveraine en produisant des armes et des équipements militaires sur son sol, dans le cadre de partenariats avec des puissances étrangères. Et d’ores et déjà, le Royaume a amorcé cette dynamique en intégrant dans ses contrats d’acquisition d’armements des clauses de transfert de technologies et d’implantation industrielle locale, obligeant ainsi les constructeurs à produire partiellement sur le sol marocain.

Ainsi, le groupe indien Tata fournira au Maroc des véhicules blindés légers 4×4, dont l’assemblage local débutera en 2025, renforçant ainsi l’industrialisation de la défense terrestre du Royaume. Parallèlement, le groupe brésilien Embraer procédera à la construction et à l’assemblage partiel d’avions de transport tactique, permettant au Maroc de bénéficier d’un transfert de technologie et de savoir-faire dans le but de bâtir une base industrielle et technologique de défense marocaine forte et souveraine.

Cette stratégie marocaine de modernisation de ses capacités militaires s’oriente de plus en plus vers l’incitation des grands groupes de l’industrie de défense à produire localement du matériel de pointe. En développant un écosystème industriel militaire sur son sol, le Maroc pourra à terme répondre plus efficacement aux besoins opérationnels de ses troupes, tout en réduisant sa dépendance aux fournisseurs étrangers et en se positionnant comme un acteur émergent de la production d’armements en Afrique et au sein du monde arabe.