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PJD : Rien de nouveau sous le soleil d’Allah

Au bout d’une année de préparation, le Parti de la justice et du développement a tenu son 9e congrès le week-end dernier. «Non news» à sa tête, puisque Abdelilah Benkirane a été réélu, avec 69% de voix au compteur et aucune alternative. Le hic est qu’on a du mal à déceler l’ombre d’une offre politique de la formation de la lampe pour les années à venir.

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Dès l’entrée dans le complexe Moulay Rachid à Bouznika, la première impression qui se dégageait ce samedi 26 avril est qu’on serait en présence d’un meeting de soutien aux «Palestiniens de Gaza». Avec écharpes, keffiehs et autres drapeaux de la Palestine en vedette.

Et si jamais des «militants» auront omis d’en apporter, on a prévu deux lieux de vente sur place. L’impression se confirme dans le grand chapiteau. Sur l’estrade d’abord, où les membres de la direction sortante arboraient tous l’écharpe frappée aux couleurs du drapeau palestinien.

Avec, en prime, des chants et des slogans de «soutien» qui remplissaient les lieux. À la cause palestinienne certes, mais aussi et surtout aux «Gazaouis». Entendez : le mouvement Hamas.

Avant le début des travaux de leur 9e congrès, certains responsables du PJD annonçaient que cette grand-messe, qui a réuni quelque 1.700 congressistes selon les chiffres du parti, devrait constituer «un nouveau départ», ou pour ainsi dire un retour à la case départ, pour une formation qui a, au fil des dernières années, perdu bien des plumes.

Certains sont allés jusqu’à parler «d’un sursaut qui signerait un retour en force en prévision des prochaines législatives».
Difficile à croire pour un parti qui, au sortir d’une décennie de pouvoir, a perdu la moitié de ses militants (20.000 encartés actuellement contre 40.000 auparavant).

D’autant plus que ce congrès intervient au moment où les membres de la direction n’ont en tête que les échéances de 2026. Or, à les entendre, les frères, ou pour être plus proche de la réalité, les disciples d’Abdelilah Benkirane semblent bien compter sur ce rendez-vous pour, éventuellement, à la fois «resserrer les rangs et se refaire une santé pour être prêts pour les législatives».

Sauf qu’à l’issue des travaux de ce 9e congrès, l’impression qui se dégage est que les quatre prochaines années pourraient bien «ressembler» à celles qui les ont précédées, voire «accélérer le déclin» d’une formation qui, malgré les déclarations qui revendiquent «le succès éclatant» du congrès, aurait du mal à rebondir.

D’autant plus que son «discours ne séduit plus grand monde». Au sein même de la maison. En effet, dans les rangs du parti, on a fini par se rendre à cette évidence, puisqu’on reconnaît, «officiellement», mais aussi amèrement, que la formation a perdu pas moins de 50% de ses adhérents au cours des dernières années.

Alors même qu’avec le retour d’Abdelilah Benkirane aux manettes, après la «débâcle» du 8 septembre 2021, on le croyait «capable» de redorer le blason de sa formation. Le résultat est on ne peut plus clair, ce retour n’aurait finalement pas servi «ni à fidéliser les troupes, encore moins à séduire de nouvelles recrues».

«Rapport politique» ? Gaza, pardi !
Plus encore, le parti a connu le départ d’un grand nombre, pour ne pas dire la majorité de ses figures de proue qui, avant, «ont constitué la matière grise de la formation et des forces motrices de mobilisation». D’ailleurs, dans le grand chapiteau, l’absence d’anciennes figures emblématiques et des cadres n’a été que trop visible.

Les éminences grises ne sont plus là, encore moins certains membres aux compétences techniques et politiques avérées. Sur l’estrade, on reconnaît peu de monde, dont Mustafa El Khalfi et Driss El Azami, ce dernier étant président de la Commission préparatoire et du Conseil national sortant, bien qu’il n’ait rejoint le parti qu’à la veille de sa nomination au gouvernement en 2011, mais aussi le tonitruant président du groupement parlementaire du parti, Abdellah Bouanou, ou encore un certain Jamaa El Moatassim en sa qualité de président du congrès, un poste honorifique.

Ce dernier ayant assuré également, micro en main, la gestion des interventions, notamment des invités de l’événement ainsi que les intermèdes musicaux. Des morceaux sur lesquels les organisateurs ont misé pour «chauffer une ambiance plutôt tiède».

Ceci étant, et après de longues heures de patience, tout le monde était beaucoup plus curieux en attendant la prise de parole du secrétaire général sortant pour y voir un peu plus clair quant à la teneur du «rapport politique».

Sauf que la déception a été au rendez-vous à l’écoute de ce qui devait être «le rapport politique» de la formation de la lampe. En effet, l’allocution d’Abdelilah Benkirane ne différait guère de ses sorties lors des réunions du secrétariat général de son parti, ou encore de ses bavardages habituels quand il est confortablement calé entre les coussins du salon de sa villa.

Sauf, probablement, la longueur des passages consacrés à Gaza. À croire, dira un observateur, que «c’est en cela que se résume le programme politique du parti». C’est à croire, aussi, que l’homme de 71ans, qui a été reconduit jusqu’en 2029, n’aura que ces slogans à la gloire de «la résistance gazaouie» comme fonds et arguments à «marketer». Il faut dire que les observateurs qui s’attendaient à davantage de clarification sont restés sur leur faim.

Les mêmes observateurs n’ont d’ailleurs pas manqué de relever ce passage dans le traditionnel message de félicitations adressé par le Souverain aux secrétaires généraux des partis nouvellement élus, à la fin du congrès, mais en s’adressant au PJD : «Le Souverain a chargé le secrétaire général du PJD de transmettre l’expression de Son estime à l’ensemble des membres du PJD, saluant leur attachement indéfectible aux sacralités de la Nation et à ses constantes, ainsi que leur ferme détermination à servir les intérêts suprêmes de la patrie, placés au-dessus de toute autre considération».

Voilà ce qui devrait servir de balises pour un parti qui manque manifestement «d’un tableau de bord politique».

Cela dit, Benkirane, pour une fois devant une foule des grands jours depuis belle lurette, n’allait pas rater l’occasion pour revenir sur les problèmes financiers qui ont marqué l’organisation de ce congrès, taclant au passage le ministère de l’Intérieur, des vieilles habitudes qui ont la peau dure.

Et de dire, à l’occasion, toute sa fierté que son appel à la générosité publique, «dont la légalité demeure sujette à controverse», aurait rapporté 1 million de dirhams en 48 heures, pour un événement dont le coût d’organisation est estimé à 1,3 million de dirhams.

Ceci étant, les observateurs s’attendent à l’installation définitive de la charpente organisationnelle du parti doublée de la répartition des rôles pour pouvoir déceler où va, politiquement, le PJD. En pensant aux mots de ce responsable, qui disait avant la réélection d’Abdelilah Benkirane que «le parti n’a pas besoin d’un nouveau secrétaire général, mais d’une nouvelle direction».


Renouvellement des élites et alternance politique
Depuis sa «naissance officielle» en 1998, lePJD n’aura finalement connu que deux véritables secrétaires généraux à la tête du parti pendant les deux dernières décennies : Abdelilah Benkirane et Saâd Eddine El Othmani. On s’en souvient, ce dernier, qui avait succédé à feu Dr Abdelkrim El Khatib, a eu la confiance du congrès de 2004 alors que l’élection s’est jouée entre lui et Abdelilah Benkirane. Ce dernier ne digéra pas la défaite.

Quatre ans plus tard, le candidat dépité revient à la charge et remportera le duel avant de récidiver en 2012. Après le 8 septembre 2021, il signera un retour en force avec la prise en main de tous les arcanes du parti. Plus encore, il mettra en branle sa machine «tueur politique» pour se «délester de tous les proches d’El Othmani». Particulièrement les ministres du cabinet du psychiatre.

Or, quand on revient sur l’histoire récente des différentes formations politiques marocaines, pas toutes évidemment, on a eu droit à de multiples changements à leur tête, et ce, que ce soit notamment pour le parti Authenticité et modernité ou encore pour le parti de l’Istiqlal.

Maintenant, certains avancent que «la dominance de ce dualisme» Benkirane-El Othmani ne relève pas de la responsabilité de ces deux figures, mais que «le choix est fait par le congrès qui reste souverain». N’empêche, les faits démontrent bien qu’il y aurait un problème au niveau de «la production des élites» à l’intérieur du parti de la lampe.