Partis
En attendant les élections, des formations politiques en perte de repères
L’adoption d’un nouveau cadre juridique relatif aux élections et la décision du président du RNI de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du parti ont chamboulé les calculs électoraux des uns et des autres. La scène politique est dans l’expectative. Analyse.
Deux faits accaparent l’attention de la scène politique dans les jours à venir. L’organisation, le 7 février, du congrès national extraordinaire du RNI et la désignation d’un nouveau président de la première force politique du pays, et la tenue, le 31 janvier, du conseil national du PAM, deuxième formation politique au Parlement.
C’est particulièrement le rendez-vous organisationnel majeur du RNI qui attire le plus l’attention aussi bien des observateurs de la scène politique que des autres formations. Quoique, selon plusieurs observateurs, cela n’est pas évident, les deux événements sont liés.
En réalité, même si rien d’extraordinaire ne se démarque sur l’ordre du jour du conseil national du PAM, attendu depuis plusieurs semaines, la révélation de l’identité du candidat, ou des candidats, à la direction du RNI changera beaucoup de choses.
C’est un indicateur qui pourrait éventuellement inciter le parti du Tracteur à décider, à son tour, l’organisation d’un congrès extraordinaire pour revoir son mode de direction. Cela dans le sens de basculer d’une direction collégiale à la désignation d’un secrétaire général.
L’annonce d’un congrès extraordinaire avec élection d’un nouveau président du RNI a pris au dépourvu toute la classe politique et non seulement le PAM. Le parti a créé la surprise, pour ne pas dire un choc, au sein de la classe politique en se tenant au respect strict de ses statuts en termes de nombre de mandats à sa direction.
C’est d’abord une leçon en matière de démocratie interne et c’est aussi une aubaine pour attirer des profils électoraux qui seraient, éventuellement, tentés de revoir, pour une raison ou une autre, leur engagement politique au sein de cette formation.
Le parti, rappelons-le au passage, a veillé au strict respect de ses valeurs morales, prenant systématiquement ses distances avec des membres impliqués dans des actions en justice. Ces derniers sont immédiatement suspendus de toutes leurs fonctions, en attendant que la justice tranche.
Dans l’opposition, pour certaines formations, le fait d’avoir contribué à la saisine de la Cour constitutionnelle est en soi un exploit. Après, plus rien. Surtout depuis que le président du RNI a annoncé, le 11 janvier, sa décision de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du parti. C’est tout un pan de leur stratégie électorale qui semble s’être effondré.
Erreur de stratégie
Ce projet de loi relatif à l’organisation du Conseil national de la presse aura été pendant quelques semaines une occasion idoine pour les partis de l’opposition pour clouer au pilori le gouvernement et sa majorité. Et les quatre principales formations (USFP, MP, PPS et PJD) n’ont pas lésiné sur les moyens en y mettant tout ce qui est à leur disposition en termes de pouvoir.
Le texte élaboré par le gouvernement, présidé par le RNI, est présenté et défendu au Parlement par le ministre de tutelle qui est l’un des trois membres de la direction tripartite du PAM. Deux partis d’un seul coup donc.
D’autant que ses détracteurs ont pu avoir également de leur côté certains syndicats, à leur tête l’UMT et la CDT. Seulement, après l’avis de la Cour constitutionnelle relatif à ce texte outrageusement politisé, au point de retarder le processus de l’autorégulation du secteur, comme le regrette d’ailleurs l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME), la polémique est tombée.
Ces formations vont devoir chercher ailleurs. Il ne s’agit pas de tous les partis bien sûr. Et pour ne rien arranger, le nouveau cadre électoral qui vient d’être adopté limite grandement la marge de manœuvre de la plupart de ces formations. Pour les autres, celles non représentées au Parlement, leur ambition, dans une telle conjoncture, ne devrait pas aller au-delà de la seule participation au jeu électoral.
Toujours est-il que pour certains analystes politiques, les formations de l’opposition parlementaire actuelle au Maroc «peuvent être classées en deux grandes catégories principales. La première catégorie regroupe les partis qui ont déjà dirigé le gouvernement, l’USFP et le PJD en l’occurrence.
Quant à la seconde catégorie, elle inclut les partis qui ont participé à la gestion gouvernementale sans en prendre la tête, c’est le cas du PPS et du MP». Dans les deux cas, estime-t-on, tout ce à quoi peuvent prétendre ces formations c’est de participer à la gestion des affaires publiques dans le cadre du «gouvernement du Mondial». L’USFP est souvent cité en exemple.
Ce parti vient d’ailleurs de tenir une réunion de sa «commission administrative» et va se lancer dans un vaste programme d’organisation régionale en étant pleinement inscrit dans la phase préélectorale. Le parti parle déjà programme et engagements politiques pour les prochaines élections.
En attendant, les congrès régionaux, dont l’organisation dans les délais est érigée en priorité à l’heure actuelle, devraient sans doute permettre de faire émerger des têtes de liste pour les prochaines législatives. Le parti devrait aussi, comme d’autres formations, en chercher ailleurs.
Les premiers signes de l’ouverture du «mercato électoral» ou du mouvement de transhumance sont d’ailleurs perceptibles ici et là, avec un impact relativement limité sur la gestion locale.
Le trio gagnant
Chez les islamistes du PJD, habitués depuis de longues années à bâtir leur campagne électorale en dirigeant leur artillerie contre une seule personne, ils semblent désorientés. Cela d’autant que leur «plan B» pour cette année est tout aussi inopérant. La conjoncture internationale a changé en l’espace de quelques mois.
À Gaza, en Palestine, la deuxième phase du plan de paix est en passe d’être enclenchée, avec le Maroc au même titre que les autres membres du Conseil de la Paix du Président Trump, au fronton des pays qui œuvrent pour l’instauration d’une paix durable dans la région.
Cela tombe d’autant mal que le Sénat français, par exemple, vient tout juste d’adopter une résolution, non contraignante mais fort symbolique, visant à demander l’inscription du mouvement islamiste sur la liste des organisations terroristes européennes.
Les États-Unis ont déjà franchi le pas. Tout cela est de nature à changer le discours des islamistes marocains et atténuer sa virulence.
Pour ce qui est du trio de tête des élections du 2021, actuellement aux commandes des affaires publiques aussi bien au gouvernement que dans une grande majorité des collectivités territoriales, le bilan positif dans les deux situations le donne déjà, selon les pronostics, pour former le peloton de tête des législatives de septembre prochain.
C’est que les trois formations y ont beaucoup travaillé. Ainsi, au RNI, la machine est déjà en marche. Les rencontres régionales dans le cadre de la «La Voie des réalisations» ont réuni plus de 38.000 participants et participantes, des élus, des militants et des citoyens ordinaires appartenant à des catégories sociales diverses.
Quant aux rencontres-débats «Nikach Al Ahrar», elles ont été organisées dans 77 communes à travers l’ensemble du territoire national. Des rencontres qui ont permis au parti d’écouter et recueillir les attentes et les propositions des citoyens à travers le pays. De cela va sans doute découler le programme électoral que le parti va présenter aux citoyens en septembre.
Le PAM opte pour une autre approche. Le parti qui tient son conseil national le 31 janvier (très attendu depuis longtemps) s’est plutôt penché sur sa grille des candidatures.
À en croire certaines informations relayées dans les médias, le parti aurait déjà mis ses noms dans les cases couvrant 60% des circonscriptions électorales. L’Istiqlal, lui, continue de naviguer sur la vague de la jeunesse depuis quelques mois, tout en capitalisant également sur une phase de l’histoire du Royaume.
Le parti a pris pour prétexte la commémoration du 82e anniversaire de la présentation du Manifeste de l’indépendance pour lancer une campagne nationale avec des meetings politiques dans certaines régions. Les deux formations ne cachent pas leur ambition de diriger le gouvernement issu des élections de 2026. Et elles n’en font pas d’ailleurs mystère.
Nouveaux partis : Passés de mode ?
L’année électorale est traditionnellement le moment propice pour annoncer la création de nouveaux partis politiques. Cette année ne fait pas exception. Une nouvelle formation, baptisée Parti de la solidarité populaire, est actuellement en gestation.
Le dossier de déclaration de constitution du parti a été déposé au ministère de l’Intérieur le 12 décembre dernier. La procédure de création a été officiellement engagée, indique une annonce publiée au B.O. du 1er janvier 2026.
Il faut dire que l’amendement qui vient d’être adopté de la loi organique relative aux partis politiques introduit de nouvelles mesures plus contraignantes.
Les douze membres fondateurs issus des 12 régions du Royaume doivent compter au moins quatre femmes. La nouvelle formation doit également compter des élus locaux dans l’ensemble des régions, contre seulement deux tiers auparavant. Il faudra aussi que 5% des membres soient des femmes et compter, dans la même proportion, des jeunes de moins de 35 ans.

