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Aziz Akhannouch : «Le sentiment du devoir accompli»

Le président du RNI vient de donner une leçon au gotha partisan. Au firmament de sa gloire, il renonce à briguer un troisième mandat à la tête d’une formation qu’il a métamorphosée. Parcours d’un OVNI qui survole la classe politique marocaine.

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Bureau présidentiel au 3e étage du siège central du Rassemblement national des indépendants (RNI) à Rabat. Une poignée de patrons de presse est réunie en cette fin de matinée du 11 janvier : nous sommes un dimanche, jour férié de la commémoration de présentation du Manifeste de l’Indépendance, mais une rencontre avec le chef du gouvernement ne se refuse sous aucun prétexte.

Égal à lui-même, convivial et chaleureux, Aziz Akhannouch se hâte de rejoindre ses invités, juste après la fin d’une réunion du bureau politique, tenue deux étages au-dessous et qui a débordé. Rien dans le comportement du président du RNI ne laisse présager qu’il allait faire une annonce fracassante.

«Le bureau politique a décidé de convoquer un congrès extraordinaire pour le 7 février, pour proposer le prolongement des mandats des différentes instances du parti. Mais sur ma demande, le congrès procédera aussi au renouvellement de l’instance présidentielle», explique-t-il, avant de lâcher la bombe : «Je ne me présenterai pas pour un troisième mandat à la tête du RNI. Un nouveau président prendra le relais pour piloter le parti pour les prochaines législatives, pour lesquelles je ne serai pas non plus candidat». Coup de massue ! Silence strident! Un ange passa…

Annonce surprise
La stupeur était encore plus marquée quelques heures auparavant quand Aziz Akhannouch a annoncé la nouvelle aux membres de son bureau politique. Seuls quelques dirigeants ont été mis dans la confidence de cette décision que le président dit avoir définitivement prise «durant ses quelques jours de repos à l’occasion des fêtes de fin d’année».

Les cadres dirigeants du RNI ont tous été contre ce choix du président et se sont relayés, au cours du bureau politique, pour tenter de le convaincre de rempiler, surtout que le règlement interne du parti peut toujours être remanié de manière à permettre un prolongement ou même un troisième mandat.

Mais, c’est sans compter sur la résolution d’Aziz Akhannouch et sa fibre démocratique authentique et sincère. «Je n’aurais plus été capable de me regarder dans une glace si je m’étais laissé tenter de prolonger pour un troisième mandat. Le RNI n’est ni un héritage ni une affaire familiale, et depuis que j’ai accédé à sa présidence, j’avais promis de ne pas dépasser deux mandats. Il est donc temps de passer le flambeau, surtout que le parti est désormais mieux structuré, mieux organisé, et il est devenu une force active et influente sur la scène politique», nous confie l’homme qui annonce son départ avec «le sentiment du devoir accompli».
Et il y a bien de quoi…

Un nouveau boss
Déjà le 12 octobre 2016, le communiqué du bureau politique du RNI saluant la proposition de faire appel à Aziz Akhannouch pour succéder au président démissionnaire Salaheddine Mezouar avait fait l’effet d’un séisme politique.

Le nouveau boss est une sorte d’extraterrestre pour les écuries partisanes, catalogué comme technocrate trop «weld nass» pour triompher dans les zones grises du poker menteur politique. Sauf que le ministre aguerri a prouvé dès le départ qu’il a l’étoffe de projeter le RNI dans une nouvelle dimension, d’en faire un exemple de démocratie interne et d’encadrement des citoyens.

Plutôt que de se reposer sur le seul plébiscite des dirigeants du parti, Akhannouch tient à asseoir sa légitimité lors d’un congrès qui avait été organisé dans un temps record : deux semaines seulement après l’annonce de son nom, soit le 29 octobre 2016. «C’est lors de ce congrès que le président Akhannouch a tenu à fixer le maximum de deux mandats pour l’instance présidentielle du parti. Nous aurions dû refuser à l’époque et laisser cette disposition ouverte. Nous aurions eu peut-être une chance de le convaincre aujourd’hui de poursuivre avec nous», indique ce cadre du parti qui estime qu’il y aura un avant et un après Akhannouch. «Il a une rigueur et une culture du résultat qui seront difficiles à retrouver chez son successeur», ajoute-t-il.

Dix ans de réalisations
La touche de cet originaire du Souss, qui a pour devise «agharass agharass», s’est rapidement fait sentir sur la gouvernance de la formation politique. Les organisations parallèles du parti, qui avaient du mal à éclore, foisonnent et attirent de nouvelles compétences.

Jeunes, femmes, ingénieurs, enseignants, professionnels de l’enseignement supérieur, associations médicales et infirmières, organisations d’aide sociale, étudiants membres du parti…, la toile RNI s’étoffe et insuffle au fil des mois une dynamique de qualité. La personnalité du leader sert d’effet d’aimant pour attirer de nouvelles compétences et son tact inné lui permet de valoriser les figures historiques du parti créé par Ahmed Osman au lendemain des législatives de 1977.

Ces entités organisationnelles, le RNI en a fait des espaces ouverts au développement de l’expertise, au perfectionnement des compétences et au renforcement de son ancrage dans la base. Le contact permanent avec les citoyens – qui s’étaient résignés à assimiler les partis à des boutiques saisonnières du marché électoral – a progressivement permis de replanter les graines de la confiance en l’action politique.

Avant de présenter son programme électoral de 2021, le RNI prend soin de consulter la base et trace de manière participative une «voie de la confiance» qui fixe des priorités axées sur le social et sur l’humain.

L’approche est inédite et s’avère gagnante : le dépouillement des urnes, le 8 septembre 2021, place le RNI comme grand gagnant des législatives avec 102 sièges et plus de 2 millions de voix, soit autant que le score cumulé des 4 élections précédentes.

Akhannouch est alors légitime pour la confiance royale en tant que chef de gouvernement. Et là encore, il démontre qu’il est bien plus qu’un zaïm d’un parti, mais plutôt un leader politique fédérateur…

«Depuis Driss Jettou, qui lui n’était pas chef de parti, le Maroc n’a jamais connu une telle synergie et harmonie au sein de sa majorité gouvernementale», nous explique un ancien ministre. Et d’ajouter: «Cela on le doit au pragmatisme d’Aziz Akhannouch qui a su convaincre ses alliés de placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus de toute considération partisane et en commençant par donner lui-même l’exemple».

Effectivement, sont très rares les prises de parole du leader de la majorité où il manque de relever l’engagement de ses alliés. «Je tiens à saluer la cohésion sans précédent qui a caractérisé le travail de la majorité gouvernementale actuelle.

Grâce à l’harmonie qui règne entre ses membres et à la clarté de sa méthodologie, les partis de la coalition ont pu créer les conditions favorables à la mise en œuvre de notre programme gouvernemental et au respect de ses engagements.

Ceci a donné un élan positif et constructif au paysage politique et au développement de notre pays, orientant diverses transformations socioéconomiques dans la bonne direction», disait-il encore le 10 janvier au pupitre du Conseil national du parti.

Un discours qui sonne désormais comme le legs du 4e président du RNI, sans doute celui qui a métamorphosé non seulement ce parti, mais la pratique de la politique dans un pays qui poursuit sereinement sa voie vers la démocratie.

La politique autrement
La décision d’Akhannouch de ne pas briguer un troisième mandat dépasse de loin le seul cadre du RNI, c’est une sorte de leçon d’humilité et de cohérence à l’adresse de toute la classe politique.

Alors que des dinosaures se cramponnent à leur fauteuil et enchaînent les mandats au gouvernail de navires politiques partant à la dérive sur fond de rébellion dans la cale, le capitaine Akhannouch montre de la considération aux galons du pouvoir. Il passe le flambeau au firmament de sa gloire, que ce soit en tant que patron de parti ou chef de gouvernement.

Les indicateurs de développement du pays, sur le plan économique et social, volent de record en record. Les chantiers du règne qui avançaient jadis au ralenti, enlisés dans les sables de l’immobilisme, sont déployés avec célérité et efficacité par le cabinet Akhannouch : la couverture médicale, les projets hydrauliques, les aides sociales directes, la Charte de l’investissement, la santé, l’éducation…, le train des réformes est passé à la grande vitesse au rythme des Conseils de gouvernement où décrets et lois sont adoptés à tour de bras.

Ni les crises exogènes qui ont flambé l’inflation ni les années de sécheresse qui ont détruit les emplois agricoles n’ont servi de prétexte au gouvernement Akhannouch de se dérober à ses responsabilités. Des aides ponctuelles et mesures exceptionnelles ont été mises en œuvre pour atténuer les effets, tout en maintenant le cap du développement à coup de réformes structurantes.

Les poches de résistance n’ont pas manqué non plus, gangrenées de mauvaise foi et de désinformation sur fond de discours nihiliste et destructeur. Face à cela, Akhannouch s’est toujours montré exemplaire, au verbe poli mais incisif : «Le RNI a choisi la voie de l’action responsable, rejetant la logique des vaines rhétoriques et des postures stériles dont les Marocains sont lassés et qui ont directement contribué à creuser le fossé de l’apathie politique.

Ce choix découle de notre conviction que la véritable politique se pratique sur le terrain et non par des déclarations incendiaires ou des forums virtuels, ni en exploitant les crises pour s’implanter dans le débat public sans aucun impact concret», pour reprendre sa réplique lors de sa dernière allocution devant le Conseil national.

«Ceux qui n’ont pas d’alternative réaliste à proposer n’ont pas le droit de donner des leçons aux autres», avait ajouté Akhannouch. Ses détracteurs n’ont qu’à retourner la langue dans leur bouche et se contenter d’acclamer le maestro…


Chef de gouvernement jusqu’au bout
Son deuxième mandat à la tête du RNI est censé s’achever le 7 février avec l’élection d’un nouveau leader du parti, mais son mandat comme chef de gouvernement se poursuit en principe jusqu’à la fin de la législature et la nomination par Sa Majesté le Roi d’un nouveau gouvernement. Idem pour son mandat de président du Conseil de la ville d’Agadir qui court jusqu’aux communales 2027.

Aziz Akhannouch, d’ailleurs, n’est pas un homme à se dérober à ses responsabilités ni à laisser du travail inachevé. Le leader de la coalition gouvernementale compte sur la cohésion de la majorité qui a permis jusque-là de privilégier les intérêts supérieurs du pays sur les calculs partisans et chamailleries politiciennes.

Le RNI sera également toujours derrière son ex-leader – qui continuera de faire partie du bureau politique au même titre que les ministres du parti – pour soutenir l’action du chef du gouvernement et enrichir les réalisations de la formation politique dans la conduite des affaires. Car le bilan du gouvernement Akhannouch est sans doute le meilleur argument électoral d’une formation qui s’est métamorphosée sous la conduite d’un leader qui a démontré que l’on peut faire de la politique autrement.

À ses héritiers de perpétuer cet esprit et cette dynamique qu’il a su insuffler en renouvelant judicieusement leur leadership. Pas évident, sachant que le successeur d’Akhannouch devra composer avec l’ombre d’un OVNI politique qui planera toujours sur les palmiers de l’Avenue Annakhil à Rabat, où le parti a planté son nouvel emblème de winner…