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PAM : Ouahbi au bout d’un mandat agité

Le parti du Tracteur est sur la toute dernière ligne droite vers son 5e congrès national (CN). Un mandat «remarqué» du secrétaire général sortant. La détention provisoire de deux de ses figures de proue «n’a aucune incidence», avance-t-on auprès du PAM.

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Février 2020, Abdellatif Ouahbi était aux commandes du Parti authenticité et modernité. Le PAM était alors «au bord de l’implosion». On doit encore se rappeler de l’ère de Hakim Benchemmach ayant été marquée par des «dissensions», des départs en masse et des confrontations qui avaient défrayé la chronique, voire frappé aux portes de la justice. Dont le bras de fer, en 2019, entre le secrétaire général sortant, patron à l’époque du «Courant de l’avenir», et son prédécesseur. Et ce, suite au «limogeage», par ce dernier, d’une flopée de coordinateurs régionaux du parti du Tracteur. Ce qui n’a pas manqué d’exacerber les tensions. La situation était pour le moins «intenable». Dans l’habit de «rassembleur», Ouahbi, fraîchement aux manettes, a tenté de «colmater les brèches».

Ce qui n’a pas empêché plusieurs «cadres» des régions à se faire «encartés» ailleurs, au moment où d’autres ont quitté la scène politique pour s’engager dans l’action associative aux relents politiques. Pour autant, dans son proche entourage, on estime que Ouahbi «a bien su gérer». L’avocat de profession ayant bien pu «distiller» ses plaidoyers pour remettre de l’ordre dans la maison, en alliant «souplesse et fermeté», avance-t-on. Et ce, quand bien même certains de ses détracteurs mettraient en cause sa méthode de gestion du parti, pour ce qu’ils considèrent être son «unilatéralisme dans la prise des décisions». De même que certaines voix lui en veulent du fait que «le Courant de l’avenir», par la voie duquel Ouahbi avait mené sa bataille pour envoyer Benchemmach sur le tapis, «contrôle tous les rouages de l’appareil du parti». Alors que d’autres lui reprochent ses sorties publiques sur «les sujets qui fâchent» et qui, disent-ils, permettent à leurs adversaires politiques de s’en prendre à leur formation. Ouahbi assume et «ne se laisse pas marcher sur les pieds» !

Il faut dire que le SG sortant en a vu et vécu. Avant et durant le mandat qui expire. Même sa relation avec la présidente du conseil national ne serait que «cordiale de façade».

Faits d’armes…
Mais ses plus proches l’encensent d’être en tandem avec la «dame de fer», Fatim-Zahra Mansouri, derrière «la nouvelle naissance» du PAM. C’est, d’ailleurs, au cours de son mandat que le parti a procédé à une réorganisation totale de ses structures, notamment au niveau des antennes qui couvrent la totalité des régions du pays, nous indique Samir Goudar. De même que c’est au cours de son mandat que l’organisation des femmes pamistes a vu le jour, au moment où la jeunesse du parti s’apprête à tenir ses 2e assises nationales juste après le congrès national du parti, prévu du 9 au 11 février avec quelque 3.500 participants attendus à Bouznika, annonce notre interlocuteur. Sans omettre que le PAM a su garder, depuis 2016, son rang de deuxième force sur le landerneau politique qui plus est avec une «participation conséquente» dans la gestion des affaires publiques. Et ce, que ce soit au niveau gouvernemental ou dans les entités territoriales, nous indique le président de la commission préparatoire.

Quant à l’état d’esprit dans lequel se trouve le parti, sur fond de poursuites en détention provisoire, depuis le 22 décembre dernier, de ses deux «gros calibres», Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, on assure que «cela n’a aucune incidence sur les préparatifs du 5e congrès». Pour rappel, le conseil national du PAM avait émis un communiqué, daté du 23 décembre, indiquant que le bureau politique avait pris connaissance du gel, auto-initié, de l’affiliation partisane des personnes concernées après le début de l’enquête (…).

D’ailleurs, une réunion du bureau politique a eu lieu, jeudi 4 janvier, pour entériner tous les documents des assises nationales du parti. Une grand-messe avait assuré le secrétaire général sortant, en juillet dernier devant les membres du conseil national, qui devra «refléter les capacités politiques» de sa formation qui semble, d’ores et déjà, avoir la tête dans les échéances de 2026. Quant au sujet des «deux concernés», pour paraphraser les termes du communiqué signé par la présidente du conseil national, il a été «à peine frôlé», nous dit une source partisane. Le BP se refusant de «commenter une affaire en justice», mais aussi que les deux hommes en question n’y siègent pas et que l’affaire «ne figurait pas dans l’ordre du jour». On en reste à ce niveau !

Ceci dit, les préparatifs n’ont pas pour autant été un long fleuve tranquille pour le parti du Tracteur. A l’image des remous dans les rangs des militants de Laâyoune, qui ont exprimé leur «colère» quant au principe de quota dans le conseil national en leur consacrant trois sièges, sachant que la région dispose actuellement d’une quinzaine de membres. Mais la commission préparatoire botte en touche, en avançant que la réduction du nombre des membres du conseil national devant passer de 800 à 400, induisait forcément une révision à la baisse des représentants de chaque région. La même commission qui avait annoncé, en novembre dernier, que l’élection des membres dudit conseil se ferait lors du congrès national.

Or, quand on sait que Ouahbi aurait exprimé, à son proche entourage, son souhait de ne pas briguer un nouveau mandat, toute la question est de savoir qui pourrait bien se lancer dans la course à la succession de l’enfant de Taroudant. Officiellement, on n’en sait rien. Du tout normal sur la scène politique marocaine où l’on attend, le plus souvent, la «toute dernière minute» pour l’annonce d’une éventuelle candidature. D’autant plus que, valeur aujourd’hui, Ouahbi n’a pas de «dauphin prononcé». Ceci dit, rien n’empêche que le président de sa commune natale «surprenne son monde» en se lançant à sa propre succession.
Toujours est-il que des «échauffements» sont en cours dans les coulisses. Notamment du côté de certaines têtes qui sont de plus en plus médiatisées ces derniers temps. Qu’à cela ne tienne, nous indiquent des militants de ce parti, il semblerait qu’il y a comme «un consensus» pour voir la présidente du conseil national, Fatim-Zahra Mansouri, prétendre à prendre les manettes de la formation du Tracteur. Selon nos sources, la «dame de fer» ne s’est pas encore prononcée quant à cette «éventualité», et certains avancent qu’elle «hésiterait» à se présenter. On y verra plus clair une semaine avant le début du congrès national, comme annoncé par le communiqué du politburo.


Parcours…

La carrière politique d’Abdellatif Ouahbi, 61 ans, est jalonnée de plusieurs expériences. En effet, en 1976, il rejoint l’Union socialiste des forces populaires. Après une quinzaine d’années avec la carte de la rose, il rejoint les rangs du Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste d’Ahmed Benjelloun, un avocat qu’il connaît bien pour avoir effectué un stage de trois ans, dès 1989, dans son cabinet. Bien qu’il réfute le «papillonnage politique», l’homme décide de claquer la porte. Il a fallu attendre l’année 2010 pour que Ouahbi jette son dévolu sur le PAM, qui venait d’avoir deux années d’existence. C’est au nom de la formation du Tracteur qu’il fait son entrée, en 2016, dans l’enceinte de la première Chambre, représentant la circonscription de Taroudant. Après d’âpres confrontations avec son prédécesseur, Hakim Benchemmach, il prend les manettes du PAM en 2020. À la faveur des élections de 2021, le parti rejoint la majorité gouvernementale tripartite, menée par le RNI. Chemin faisant, Ouahbi sera nommé ministre de la Justice. Un département où il recevra bien des coups, mais sans jamais plier l’échine. En bon «encaisseur» de coups, il ne se prive pas d’en donner à son tour.