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Mohammed Zidouh: «Ce gouvernement est foncièrement social»

De retour d’une mission au Sénat français, dans le cadre du Groupe d’amitié Maroc-France, le conseiller à la deuxième Chambre du Parlement fait le point sur ce déplacement. Il nous livre aussi sa lecture du bilan mi-mandat de l’Exécutif, ainsi que le processus en cours pour la formation du Comité exécutif du parti de l’Istiqlal.

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L’homme a plusieurs casquettes. Son histoire avec l’engagement politique remonte aux années 1980, lorsqu’il créa, en Tunisie, l’Association des étudiants marocains où il poursuivait ses études en médecine. De retour au pays, où il entame des études de spécialité, c’est, dit-il, tout logiquement qu’il rejoint les rangs du parti de l’Istiqlal. Le président du Groupe d’amitié Maroc-France au niveau de la Chambre des conseillers est entré par la grande porte dans les instances de la formation des héritiers de Allal ElFassi dès le début de son expérience. Suivront plusieurs étapes où il était membre de plusieurs commissions, du Comité central. Actuellement membre du Conseil national, il se voit bien au Comité exécutif.

Vous venez d’effectuer, à la tête d’une délégation de la Chambre des conseillers, une visite de travail en France dans le cadre du Groupe d’amitié avec le Sénat. Peut-on avoir une idée du contexte et du timing de ce déplacement ?
Effectivement, j’ai présidé la délégation de la Chambre des conseillers, en ma qualité de président du Groupe d’amitié Maroc-France entre la Chambre des conseillers et le Sénat français. C’est un travail qu’on a toujours tenu à conserver, entretenir et protéger, même dans les moments difficiles. Je pense notamment à cette zone de turbulence qu’ont connue les relations bilatérales entre Paris et Rabat. J’ai tenu à ce qu’on puisse garder ce lien qui est extrêmement important dans la mesure où le Sénat a toujours été du côté du Maroc, surtout concernant notre intégrité territoriale. Et je peux vous confirmer que le président du Groupe d’amitié, Christian Cambon, qui a déclaré récemment ici au Maroc et à l’AFP qu’il est temps que la France change de position concernant l’intégrité territoriale du Royaume. C’est dans cette vision que nous avons estimé nécessaire, Christian Cambon et moi-même, de maintenir les liens dans une démarche rénovée, au moment où l’on assiste au récent réchauffement de la relation bilatérale. Toujours est-il, au cours de nos entretiens au Sénat, où nous avons été reçus par son président Gérard Larcher, nous avons insisté sur le fait que cette reprise doit être basée sur de nouveaux socles de telle sorte qu’elle soit privilégiée, en particulier sur le plan de l’investissement et de son accompagnement dans les provinces du Sud du Royaume. Bien entendu, une bonne partie des discussions a concerné l’intégrité territoriale et j’ai la conviction que la position gagne de plus en plus en clarté en faveur de la position marocaine sur l’unique base qui est la proposition marocaine d’autonomie. En fait, notre plaidoyer était clair : la France doit choisir entre le Maroc – pays politiquement stable, émergent d’un point de vue économique – et une milice, hébergée et financée par l’Algérie, et dans ce cas d’espèce n’a pas de revendication territoriale. Et je pense que la France a compris ce message et que nos interlocuteurs y ont été particulièrement sensibles. C’est dans ce sens que nous avons entamé les préparatifs pour une visite de Gérard Larcher dans le Royaume, prévue initialement pour le 16 juillet. Mais, compte tenu des récentes évolutions, marquées par la dissolution de l’Assemblée nationale française et l’annonce des législatives anticipées, cette visite, en commun accord, a été reportée pour après les échéances françaises.

En quoi, à votre avis, cette diplomatie est importante ?
En effet, sans prétendre empiéter sur le périmètre d’action de la diplomatie officielle, portée par le ministère des Affaires étrangères, sous les orientations et la vision éclairée de S.M. le Roi, je pense que la diplomatie parallèle, notamment parlementaire, a aussi son importance dans la mesure où elle constitue une diplomatie d’appoint et, partant, est à même de participer au raffermissement des relations bilatérales entre nos deux pays. Ceci dit, il est clair que cela ne fonctionne qu’en parfaite symbiose et concertation avec le ministère des Affaires étrangères, qui connait mieux la réalité des faits. Notamment, en ce qui concerne le plaidoyer sur la question du Sahara marocain, l’explication des positions du Royaume et la défense de ses intérêts.

Revenons au pays. Le Chef du gouvernement vient de décliner les grandes lignes du bilan de mi-mandat, quelle lecture en faites-vous ?
Je pense nécessaire de rappeler, de prime abord, que l’Exécutif a pris ses fonctions dans un contexte marqué par plusieurs adversités. D’abord, la plus grande crise que le monde n’ait jamais connue, à savoir le Covid et toutes les répercussions que cela a eues sur le plan socioéconomique. Ensuite, il y a eu la guerre d’Ukraine et les effets qu’elle a induits sur les marchés du gaz et des produits pétroliers, voire les céréales. Sans oublier non plus que le Maroc a connu trois années d’une sécheresse sans précédent. Face à ces épreuves, le gouvernement n’a pas baissé les bras. Il s’est mis très vite au travail pour circonscrire leurs effets sur l’économie du pays, mais aussi et surtout sur le pouvoir d’achat des citoyens, répondant en cela à une vision foncièrement sociale. Et je peux dire, sans réserve, que l’Exécutif répond exactement à la politique sociale qu’il a prônée et qu’il est en train d’acter. Sans prétendre à l’exhaustivité, je citerai en premier lieu la généralisation de la protection sociale, à travers notamment la généralisation de l’assurance maladie obligatoire. Certes, il pourrait y avoir des imperfections à corriger, mais le plus important est que le train est mis sur les rails et qu’on peut réajuster au fur et à mesure. L’essentiel est que la dynamique est enclenchée et que l’écrasante majorité des citoyens en bénéficie.

Il y a aussi le dialogue social…
En effet, un autre aspect et non des moindres concerne l’institutionnalisation du dialogue social par le truchement de réunions régulières entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Un dialogue social nécessaire, qui a un coût estimé à 45 MMDH à l’horizon 2026. En outre, en vue de stabiliser les prix et, partant, sauvegarder le pouvoir d’achat, le gouvernement a aligné 7 MMDH de soutien pour les transporteurs. De même qu’il a mobilisé 9 MMDH pour maintenir la facture de l’électricité à la portée des citoyens. De même que les aides directes aux familles démunies vont coûter dans les 25 MMDH à l’horizon 2026, auxquels il faut additionner quelque 9 MMDH pour l’aide au logement. Avec une enveloppe globale qui frôle les 100 MMDH, dans les conditions que l’on sait, remettre en cause la dimension sociale de la politique sociale serait pour le moins injuste. Et pour ceux qui s’interrogent sur le financement de ces engagements, la réponse est très simple. Ce gouvernement met en application la réforme fiscale qui a pu élargir l’assiette, conjuguée à d’autres mesures, qui ont induit une augmentation des recettes de l’ordre de 12,3%, soit plus de 100 MMDH. Voilà de quoi assurer la pérennité de tous les engagements pris. Autrement, il n’y a pas d’inquiétude à se faire au niveau du financement des réformes déclenchées.
Chemin faisant, il ne faut pas non plus oublier tout le travail qui se fait sur d’autres fronts stratégiques. Je pense aux chantiers relatifs à la sécurité hydrique, qui conditionne celle alimentaire, la souveraineté énergétique, matérialisée par les grands projets des EnR et d’hydrogène vert, etc. Or, cette dynamique générale est aussi de nature à séduire les investisseurs, autant nationaux qu’étrangers. Et on voit d’ores et déjà les premiers fruits prometteurs de la nouvelle Charte de l’investissement. Ce qui ne manquera pas de se répercuter sur le marché du travail avec la création de dizaines de milliers d’opportunités d’emploi. Maintenant, il faut se dire qu’on a tout réglé au bout de 2 ans et demi. Nous sommes sur la bonne voie et le citoyen à toute latitude à juger à la fin du mandat.

L’entente est totale au niveau de la majorité. Qu’en est-il de la coordination entre les partis de la coalition au niveau de la deuxième Chambre ?
Il faut d’abord relever que la coordination est totale et parfaite au niveau du gouvernement. Parce que, à la base, il y a un programme qui a été établi par les trois formations qui composent la majorité. Qui plus est respecté et qu’elles sont en train de mettre en application, et ce, malgré les difficultés que j’ai évoquées. Cette mise en application est le fruit d’une volonté politique partagée. Bien évidemment, étant le prolongement de cette majorité, la coordination au niveau de la Chambre des conseillers est tout aussi parfaite entre les représentants de nos trois formations. Nous discutons de tous les dossiers et nos interventions sont coordonnées. Au niveau des commissions, nous discutons avec une liberté d’esprit, tout en prenant en compte nos différences d’appréciation sur certains sujets. Toujours est-il que nous ne sommes pas dans le double jeu. Nous faisons partie de la majorité et nous soutenons l’action gouvernementale. Il y a un climat de confiance qui règne, que ce soit dans la gestion des affaires publiques, mais aussi dans le futur.

Venons-en au parti de l’Istiqlal. Des semaines après le 18e congrès, où en êtes-vous dans le processus de constitution du Comité exécutif ? Ça a l’air de prendre du temps ?
Le parti de l’Istiqlal est un parti mûr et mature. C’est un parti avec un référentiel historique, un mode de gestion politique des moments les plus difficiles. Maintenant, le congrès a débouché sur la réélection de Nizar Baraka, à l’unanimité, suite aux différents débats que nous avons eus et qui ont fait qu’il a été choisi comme candidat unique à sa propre succession. Ceci pour plusieurs raisons. En fait, après les moments d’agitation que le parti a connus sous l’ancienne direction, Nizar Baraka a pu redresser le parti dans ses grandes valeurs, qui ont été bafouées, tout en fédérant les différents courants autour des valeurs fondamentales du parti de l’Istiqlal. De même que les résultats des élections ont été honorables et nous ont permis une importante représentativité au niveau des diverses échéances électorales qui ont permis d’être là où nous sommes aujourd’hui. Et puis, il ne faut pas oublier que notre parti est une pépinière de cadres supérieurs avec des organisations parallèles qui couvrent tous les domaines, notamment la Jeunesse istiqlalienne ou notre bras syndical qui est l’UGTM. Ceci étant relevé, il est important que, après le congrès, le parti soit dans une nouvelle vision qui conditionne, d’une certaine façon, la future composition du Comité exécutif, lequel devra répondre aux aspirations des militants, mais aussi aux attentes de nos concitoyens. Le processus est en cours et le secrétaire général devra, prochainement, réunir le Conseil national pour élire le Comité exécutif.

Est-ce à dire que c’est déjà plié ?
Sur ce point, je ne peux pas m’avancer, puisque c’est le secrétaire général, de par les statuts du parti, qui est mandaté pour ce faire. Et c’est à lui qu’incombe le choix de l’équipe qui va l’accompagner au cours de son nouveau mandat. Une équipe qui répond aux attentes et qui soit à la hauteur des défis qui nous attendent en tant que formation, mais aussi en tant que pays pour son développement sur le moyen terme. C’est la raison pour laquelle il a estimé opportun d’opter pour des discussions élargies avec toutes les composantes du parti (parlementaires, syndicat, la femme istiqlalienne, la jeunesse, etc.). L’objectif étant de déboucher sur un Comité exécutif fort, cohérent et porteur de réponses. Pour honorer notre parti, son histoire et ses aspirations à l’horizon des échéances prochaines.

Des ambitions personnelles ?
Vous savez, Allal El Fassi disait qu’un politique qui n’a pas d’ambition politique n’a rien à faire dans la politique. Je suis né dans une famille istiqlalienne, militant, convaincu des valeurs que le parti porte, ayant occupé plusieurs postes de responsabilité au sein des instances du parti et qui a envie d’apporter sa contribution dans le processus en cours. C’est tout naturellement que j’ai déposé ma candidature pour être dans l’équipe qui composera le Comité exécutif. C’est au secrétaire général et au Conseil national de trancher.