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Maroc-UA : Comment le Royaume a changé la donne
Le premier jour où il a réintégré l’Union africaine, le Maroc avait assuré qu’il était pour aider à construire et contribuer à l’émergence d’une Afrique nouvelle et forte. C’est ce qu’il ne cesse de faire depuis.
Cela a suscité peu de commentaires, au point même de passer inaperçu. Aucun des documents sanctionnant le 37e Sommet des chefs d’États de l’Union africaine, tenu les 17 et 18 février, ne comporte une quelconque mention, aussi minime soit-elle, de la question du Sahara. Cela aurait été inimaginable il y a encore quelques années. Plus encore, le sujet n’a été évoqué qu’une seule fois au cours des deux jours de débats et évidemment par un pays, de la part duquel on attendait d’ailleurs cette réaction. Un pays dont l’influence est quasiment nulle sur le cours de ce dossier.
Le fait est que la question ne fait plus partie de l’ordre du jour d’aucune séance de travail du Sommet. Il est clair, comme l’a d’ailleurs spécifié le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, que les États sont aujourd’hui tournés vers la résolution des véritables problèmes du continent, au lieu de ressasser des thèses et des positions politiques révolues faisant partie, désormais, de l’histoire.
Bref, pour le Maroc, la récolte aura été plus que bonne. Le Royaume assure la présidence tournante du CPS, dont il est membre pour un mandat de trois ans (2022-2025), à compter de ce février 2024. C’est, du reste, la troisième fois qu’il accède à ce poste, après son mandat à la tête de cet organisme en 2019, puis en 2022. Et tout le monde sait comment cet organe, instrumentalisé des années durant par l’Algérie, a tant fait de mal à la question de notre intégrité territoriale. À ce titre de président au nom des membres, le Maroc a présenté un rapport sur l’état de la paix et la sécurité dans le continent. Dans ce rapport, il est fait mention – et il s’agit de signaux forts – aux groupes séparatistes et leurs rapports avec les groupes terroristes qui présentent, désormais, des défis majeurs en termes de sécurité et de stabilité pour le continent. Des défis qui appellent aujourd’hui à un traitement global. Dans ce rapport, et comme l’on pouvait s’y attendre, et vu le caractère à la fois sécuritaire, économique et de développement de l’initiative de l’offre marocaine d’un accès à la mer aux pays du Sahel, une attention particulière a été accordée à celle-ci.
Processus de réforme en cours…
Cela dit, le Maroc intègre également comme membre la toute jeune Agence spatiale africaine (AfSA). Il a été élu avec une majorité écrasante de 35 voix pour y siéger en tant que membre de la région Nord. Un score qui n’est pas sans rappeler celui qu’il a obtenu lors des élections à la présidence du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, lorsque dix sur treize pays africains ont choisi le représentant du Royaume face au candidat sud-africain. Et, cerise sur le gâteau, avec l’appui actif du Royaume, la Mauritanie a été élue à la présidence tournante de l’UA. Signe sans doute que le Maroc est en train de gagner du poids rapidement dans cette instance après son retour en 2017.
Mais le clou de cette session aura été, et sans conteste, cette fontaine offerte par le Royaume, qui, tout comme celle ornant les locaux de l’ONU à Genève, trône désormais dans le hall du siège de l’UA à Addis-Abeba. Les observateurs avisés et amateurs des messages codés auront sans doute remarqué que ce bijou, qui représente la finesse et la délicatesse de l’artisanat, du patrimoine et du savoir-faire marocains, comporte des motifs sous forme de losanges sur les deux côtés. Ces motifs ont été réalisés avec exactement… 54 carreaux jaunes. Le message est on ne peut plus clair. Signe de l’amorce de l’étape suivante? Toujours est-il que c’est lors du Sommet extraordinaire tenu en 2018 en Mauritanie, aujourd’hui présidente de l’UA, qu’il a été décidé que l’Union africaine s’en remet totalement au processus de l’ONU pour ce qui est de la question du Sahara. La suite logique est sans doute de débarrasser l’Union d’un héritage du passé qui la divise plus qu’il ne la consolide. Faut-il rappeler en ce sens qu’une réforme a déjà été lancée et que le président de la Commission, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, l’a si bien clarifié dans son discours devant le Sommet. «La réforme institutionnelle en cours au sein de l’Union africaine vise à rendre celle-ci plus performante et plus apte à relever les défis d’un monde en pleine mutation. Les raisons qui l’ont justifiée hier restent encore valables aujourd’hui. Les bouleversements d’ordre géopolitique, géoéconomique et géostratégique en cours sur la scène mondiale la rendent incontournable», a notamment souligné le président de la Commission. Et quand on sait que le président du Rwanda, Paul Kagame, a été nommé pour diriger ce processus de réformes institutionnelles de l’UA, on n’est pas loin de comprendre les raisons de la visite, entamée dans ce pays, lundi 19 février, soit juste après la clôture du Sommet, par le chef de l’état-major, et implicitement de l’État algérien tout court. Lui qui vient de rentrer bredouille de l’Arabie saoudite, qui vient de prendre une mesure décisive concernant le traitement par les médias et les institutions du pays de la question du Sahara marocain, ne se déplace pas dans un pays sans emporter cette question dans ses bagages. Cela dit, et ce ne sont sûrement pas des paroles en l’air, Nasser Bourita a tenu à souligner, dans une déclaration aux médias mauritaniens, que le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani «sait qu’il peut compter sur le soutien du Maroc, conformément aux Hautes instructions royales, pour que cette présidence (NDLR de l’UA qui prend effet samedi 17 février) soit un succès». Ce dont personne ne doute aujourd’hui.
CSP, un agenda chargé
C’est la troisième fois que le Royaume accède à la présidence du CSP, organe très influent de l’UA. Le début du mandat de cette année coïncide avec le 37e Sommet au terme duquel la Mauritanie assure la présidence tournante. C’est un détail important. Cela d’autant que sur l’agenda du Conseil pour les mois à venir figure une réunion ministérielle sur le thème «Connectivité : voie vers le renforcement de la paix, de la sécurité et de l’intégration en Afrique». Évidemment, sur ce sujet, la première chose qui vient à l’esprit est l’initiative marocaine d’offrir un accès à l’Atlantique au pays du Sahel. Mais aussi toute autre dimension de la connectivité interrégionale, y compris énergétique et maritime.
L’agenda du Conseil prévoit également une série de réunions des représentants permanents sur des thématiques prioritaires pour l’Afrique. Thématiques dans lesquelles le Royaume est précurseur et dispose d’une expertise et d’un savoir-faire connus et reconnus. Il est question, entre autres, de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, la sécurité sanitaire, la justice transitionnelle, la prévention et la lutte contre l’utilisation des enfants soldats… Il est aussi intéressant de noter dans ces thématiques le triptyque promu et défendu par le Maroc dans sa politique africaine, à savoir la paix, la sécurité et le développement.
