Pouvoirs
Les régions veulent monter en compétences
Fini le temps où l’on recrutait par «connivence» dans les entités territoriales, l’heure est à l’efficience et à l’efficacité. Raison pour laquelle les Régions veulent séduire les compétences. Leviers ? Des salaires plus attractifs, pour commencer.
Le problème dans les collectivités territoriales n’est pas qu’il y aurait une quelconque pénurie de ressources humaines, comme on le prétend, mais ce sont plutôt les profils idoines pour porter la gestion de la chose locale qui manqueraient. D’ailleurs, il y a quelques mois, des membres de la Chambre des conseillers ont soulevé la question en interpellant le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Il avait affirmé, à l’occasion, que son département favorise le recrutement qualitatif qui tient compte des véritables besoins des collectivités territoriales.
Notamment, concernant particulièrement des spécialités spécifiques dont les cadres médicaux, paramédicaux et autres ingénieurs civils et les techniciens. C’est que le besoin est devenu d’autant plus flagrant au regard des exigences qu’imposent la conjoncture actuelle et les prérogatives qui échoient aux conseils élus. Plus particulièrement pour les Régions.
Augmentation conséquente
Le 9 février 2023, le projet de décret 2.22.920 portant modification du décret 2.21.578, datant du 31 août 2021, relatif aux nominations aux fonctions supérieures dans les administrations des Régions et aux rémunérations et aux indemnités y afférentes, est annoncé dans l’ordre du jour du Conseil du gouvernement. Seulement, il a été décidé le report de son examen à une prochaine réunion.
Hasard du calendrier, le projet a été au menu du Conseil du gouvernement du 31 août 2023 où il a été adopté. Il portait, notamment, sur l’article 11 relatif aux indemnités des chargés de mission et qui a été amendé.
En effet, si à la base ils bénéficiaient d’une rémunération forfaitaire mensuelle de 18.000 dirhams (qui pouvait être majorée d’une compensation de mobilité), la nouvelle modification prévoit sa revalorisation pour atteindre les 23.300 DH. Soit une augmentation assez conséquente de 5.300 dirhams.
Maintenant, toute la question est de savoir si cette révision à la hausse va attirer des candidats à la hauteur des missions et des prérogatives qui relèvent de la Région. Plus particulièrement en ce qui concerne l’amélioration de son attractivité, le renforcement de sa compétitivité économique, la bonne utilisation de ses ressources naturelles, adossée à la contribution au développement durable ou encore l’amélioration des capacités de gestion des ressources humaines, pour ne citer que ces domaines. C’est dire qu’il s’agit de missions pointues qui exigent des profils qui le sont tout autant.
Compétence, équité et égalité
De plus, on est entré dans un nouveau paradigme qui, tout en ayant ses aspects politiques, demande de la technicité. Autrement, ce nouveau format ne pourrait se contenter des anciens schémas qui faisaient du recrutement une démarche de connivence quand on pouvait se permettre, par pur favoritisme, de faire appel à ses proches, partisans ou familiaux. Et ce, d’autant plus que le texte du décret relatif auxdites nominations insiste que celles-ci doivent se faire sur la base de la compétence, l’équité, ainsi que l’égalité des chances. Sans oublier que les candidats potentiels doivent remplir les conditions d’un certain niveau d’instruction, avoir des compétences et une expérience professionnelle avérée. C’est dire qu’on est en face de la recherche de «perles rares». Reste à savoir si le cadre réglementant les Régions permettait de «séduire» les compétences, notamment en termes pécuniaires.
Ce qui n’était pas aussi évident que ça avant, justement dans la loi susmentionnée. Celle-ci avait, dans son chapitre II notamment, prévu des indemnités plutôt intéressantes. À titre illustratif, le directeur général des services est censé percevoir le même salaire qu’un secrétaire général d’un ministère, soit une rémunération (cumulant un forfait mensuel et des indemnités de hiérarchie administrative et de représentation) dans les 40.000 dirhams, alors qu’un directeur des affaires de la présidence et du conseil et le directeur ont le même traitement qu’un directeur d’administration centrale, soit un salaire plafonnant à 22.000 dirhams, composé d’une indemnité mensuelle forfaitaire, des indemnités de hiérarchie administrative et autres de représentation. Quant aux chefs de service et de division, outre ce qui est prévu par les textes réglementaires en vigueur selon leurs statuts, ils bénéficient aussi, comme leurs homologues dans les administrations étatiques, des indemnités de mission et d’autres forfaitaires relatives à l’usage de leur véhicule personnel dans leurs fonctions.
Or, c’est à la faveur de ces «stimulus» que les Régions ont commencé à lancer, dès décembre 2021, des vagues de recrutement pour les différents postes créés par ce cadre légal. C’est d’ailleurs ce qu’on retrouve bel et bien visible dans les organigrammes des différentes administrations des Régions du Maroc. Et ce sont ces compétences qui ont permis l’élaboration des différents Plans de développement régionaux (PDR) qui ont commencé à sortir, l’un après l’autre, dès juillet dernier. Aussi, le recours à un encadrement plus technique figure parmi les leviers qui devront permettre la mise en œuvre la plus efficiente de ces PDR. Le tout participant à donner corps à la régionalisation avancée.
Les pdr en marche
L’écrasante majorité des conseils des Régions ont adopté en juillet dernier leur PDR. Avec à la clé une ribambelle de projets avec des enveloppes budgétaires conséquentes. Le cas, en guise d’illustration, de Casablanca-Settat qui ambitionne de mobiliser plus de 47 MMDH ou encore Souss-Massa qui compte injecter plus de 37 MMDH pour son développement. La Région de Rabat-Salé-Kénitra, elle, annonce plus de 28 MMDH, suivie de Beni-Mellal-Khénifra qui table sur une enveloppe de plus de 20 MMDH, au moment où Tanger-Tétouan-Al Hoceima prévoit une vingtaine de milliards de dirhams. Ceci étant, les diverses régions du Royaume sont passées à la phase de mise en œuvre, notamment par le biais de signature de conventions avec différents partenaires, particulièrement avec les départements ministériels, dont l’Eau et l’Équipement ou encore le département de la Culture. L’échafaudage est en train d’être mis sur pied et l’on devrait passer à la vitesse de croisière en matière de réalisation dans les mois à venir.
