Diplomatie
Le Sahara au Conseil de sécurité : Offensive algérienne et sérénité marocaine
En Europe et en Afrique, principalement, les appuis à la position marocaine se multiplient et se consolident. Le Conseil de sécurité vient de réaffirmer son soutien au processus des tables rondes avec la participation de l’Algérie.
On n’en saura probablement pas grand-chose de la teneur des débats lors de cette réunion à huis clos, qui porte bien son nom, du Conseil de sécurité (CS). Le secrétaire général a présenté un rapport d’étape sur la mission de son envoyé personnel Staffan De Mistura. De son côté, l’envoyé spécial de l’ONU et chef de la Minurso, le Russe Alexander Ivanko, a présenté un autre exposé de la situation sur le terrain. Les membres du Conseil ont apporté à nouveau, lors de cette séance présidée par Malte, leur soutien à De Mistura dans son processus de tables rondes, en présence de toutes les parties concernées, y compris l’Algérie. Les Quinze ont, donc, réaffirmé, mardi 16 avril, leur appui aux efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara en vue d’une relance des négociations. Voilà pour les faits.
Mais, ce qui est sûr, c’est que sur la question du Sahara, l’essentiel se passe en dehors des arcanes de l’ONU. Et rien qu’à observer la sortie en force de l’Algérie, on comprendra que le dossier a pris une tournure irréversible qui verse, in fine, dans l’intérêt du Maroc et de son intégrité territoriale.
L’Algérie convoque le chef de la milice, reçu à Alger avec les honneurs par le président de la République et le chef d’état-major. La visite-convocation que rien ne justifie si ce n’est qu’elle coïncide avec la réunion à huis clos du Conseil de sécurité et qu’elle intervient au moment où le Polisario est miné par des tensions internes et même des échanges de violences. Bref, alors où Brahim Ghali, le chef de la milice séparatiste, se trouvait à Alger, le chef de la diplomatie algérienne est envoyé, lui, à New York où il a eu des entretiens avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU quelques heures avant que Guterres ne présente son briefing devant les membres du Conseil de sécurité. La pertinence même de cette entrevue est contestée. D’aucuns vont même jusqu’à évoquer une nouvelle «sortie du cadre de sa mission» de De Mistura, étant donné que le jour même son rapport est présenté devant le CS. D’autres relèveront que l’envoyé personnel vient de clore ainsi sa tournée entamée dans la région, après sa rencontre avec les chefs de la diplomatie du Maroc et de la Mauritanie. Trop de coïncidence pour un pays qui se dit «non partie» de ce conflit. Cela, sachant pertinemment que, comme l’a souligné l’ONU dans un précédent communiqué, l’enjeu de cette réunion du Conseil de sécurité, qui n’est plus sanctionnée par le vote d’une résolution, est, justement, «de savoir comment amener toutes les parties à la table des négociations».
Le vent a tourné
Pour la troisième année consécutive, le Conseil de sécurité ne cesse d’appeler l’Algérie, désignée au passage membre non permanent depuis janvier du Conseil de sécurité, à participer au processus des tables rondes. C’est d’ailleurs l’une des conditions, rappelée tout récemment devant l’envoyé personnel De Mistura. Nasser Bourita, recevant l’émissaire onusien à Rabat, a, en effet, clairement spécifié qu’il n’y aura pas de processus en dehors du cadre des tables rondes défini par l’ONU, avec la pleine participation de l’Algérie. Il n’y aura pas non plus de solution en dehors de l’Initiative marocaine d’autonomie, comme il n’y aura pas de processus sérieux, au moment où le cessez-le-feu est violé quotidiennement par les milices du Polisario. Ce sont là, comme il a été spécifié, les constantes de la position marocaine. Une position légitime à laquelle adhèrent aujourd’hui de plus en plus de pays. Le dernier pays à avoir réitéré son soutien de longue date au processus mené par l’ONU pour une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable pour les parties est la Belgique, à l’occasion de la visite en début de semaine de son Premier ministre, Alexander De Croo. Ce dernier a affirmé que son pays considère le plan marocain du Sahara comme «un effort sérieux et crédible du Maroc et comme une bonne base pour une solution acceptée par les parties». Quelques jours auparavant, et à l’occasion d’un déplacement de Nasser Bourita à Paris, le chef de la diplomatie française a déclaré à France 24 que «la France économiquement reconnaît la marocanité du Sahara. Diplomatiquement, c’est entre les deux chefs d’État». L’on en saura plus lors de la visite annoncée pour septembre dans notre pays du président français. L’on ignore pour le moment quelle sera alors la réaction de l’Algérie face à cette annonce. Pour le Polisario, c’est déjà un coup fatal. Après l’Espagne, qui assure la présidence tournante de l’UE, l’Allemagne, la Belgique et la France dont la position sur le Sahara aura connu un tournant dernièrement, on peut avancer sans peur de se tromper qu’après les prochaines élections européennes, l’été prochain, les rapports entre le Royaume et les institutions européennes auront complètement changé. Dans le même sillage, quoique sa position ne soit pas encore tranchée, le Kenya vient d’annoncer une prochaine visite de son président à Rabat quelques jours après avoir procédé à la nomination de son tout premier ambassadeur au Maroc.
En déplacement à Rabat, le 21 mars, le secrétaire principal en charge des Affaires étrangères du Kenya, envoyé spécial du président, avait affirmé : «Nous nous concentrons sur l’expansion de la coopération économique, culturelle et politique avec le Royaume du Maroc. Dans notre nouvelle ambassade à Rabat, j’ai encouragé notre équipe à faire davantage pour tirer parti des cadres de coopération existants entre nos deux pays pour un bénéfice mutuel optimal». La perspective de perdre un allié jusque-là indéfectible a tellement ébranlé le pouvoir à Alger au point d’envoyer en catastrophe son ministre des Affaires étrangères à Nairobi, mais, manifestement, le vent a déjà tourné. Les multiples démonstrations de défiance et les messages envoyés ces derniers jours à la communauté internationale, et au Maroc surtout, n’y peuvent rien. La communauté internationale est, chaque jour un peu plus, acquise à la position marocaine.
Un rendez-vous de routine
Selon la résolution 2703 adoptée par le Conseil de sécurité, le 30 octobre 2023, le secrétaire général est invité à lui faire régulièrement, à chaque fois qu’il le jugera utile au cours de la période du mandat, et d’inclure dans les six mois avant le renouvellement du présent mandat et avant son expiration, des exposés sur l’état d’avancement des négociations tenues sous ses auspices. Le briefing du SG porte sur l’évaluation des opérations de la Minurso et les mesures prises pour surmonter les difficultés rencontrées. Le Conseil de sécurité se réunit à cet effet une fois par an, durant le mois d’avril, pour entendre ces exposés et les examiner et, à cet égard, le secrétaire général est également prié de lui présenter un rapport sur la situation au Sahara bien avant la fin du mandat de la Mission.
