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Diplomatie

En Couv’. Et si le Polisario devenait une affaire de politique intérieure algérienne ?

Déjà une priorité dans sa politique étrangère, le Polisario est en passe de devenir un fardeau et un facteur d’isolement régional pour Alger. Pour le Maroc, le dossier du Sahara est sur le point d’être clos.

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Une image est suffisante pour confirmer ce qu’ont déjà prédit, tout récemment, plusieurs think-tanks. Le conflit du Sahara est bientôt terminé et le Polisario perd du terrain à vue d’œil. À Tokyo, le 24 août, lors de la 9e réunion du Ticad, tout le monde a pu suivre les images sur les réseaux sociaux de ce «représentant» du Polisario infiltré clandestinement dans les malles de la délégation algérienne, s’est discrètement rapproché de la table de réunion, a attiré une chaise, s’est assis et a entrepris de tirer de sa sacoche un chevalet qu’il a, tout aussi discrètement, posé devant lui, tout cela avec la complicité des membres de la délégation zimbabwéenne. Tout comme ses complices, il ne s’est pas soucié que l’on ne puisse pas insérer un «S» entre deux «Z» et que son manège allait vite être découvert. Le but étant de prendre une «photo de réunion» que la presse algérienne allait diffuser à large échelle pour prouver que le Polisario a «effectivement» participé à la Ticad. Tout ce manège, comme l’intrusion de la même personne, avec la complicité algérienne, dans la photo collective des participants, est destiné en fait à la consommation interne. Parce que personne, pourvu qu’elle soit douée d’un tant soit peu de bon sens, ne conçoit que le Japon, pays hôte, va rester sans réaction. Sa réaction, qu’il a réaffirmée de nouveau, est connue de tous : «Le Japon ne reconnaît pas cette entité». C’est le message adressé à toute la communauté internationale qui n’est d’ailleurs plus à convaincre puisque, aujourd’hui, une centaine de pays membres de l’ONU soutiennent le Plan d’autonomie. Cela alors qu’avec la récente ouverture du consulat général du Tchad à Dakhla porte à 22 le nombre des pays africains ayant une représentation dans les deux principales villes du Sahara. Et, selon des analystes, à mesure que ce nombre augmente, le Polisario se rapproche immanquablement de la porte de l’UA.

Influence grandissante
Partant de là, cet incident, ou mascarade, selon de nombreux observateurs, de la Ticad, confirme une chose : le Polisario est une affaire interne de l’Algérie. Une réalité étayée par la suspension en 2022 du traité d’amitié avec l’Espagne au lendemain de sa reconnaissance de la marocanité du Sahara et, plus récemment, le rappel de son ambassadeur à Paris pour les mêmes raisons. Cette réalité se manifeste encore aujourd’hui par la récente rencontre entre le ministre des Affaires étrangères de ce pays avec l’ambassadeur de Chine. Ces entretiens fortement médiatisés interviennent à la veille de la tenue du Forum de coopération sino-africain (FOCAC 2024), du 4 au 6 septembre, et il n’est pas exclu que l’Algérie ait tenté d’y imposer le Polisario. Or, la Chine comme on le sait, tout comme la Russie, les États-Unis, l’Inde, ou encore l’Arabie saoudite et la Corée du Sud sont intransigeants sur ce point. Les représentants des séparatistes des camps de Tindouf sont «persona non grata» dans leurs réunions de coopération avec l’Union africaine. L’Indonésie vient tout juste d’en faire preuve. Elle a veillé à ce qu’aucun représentant de la milice séparatiste ne se soit infiltré dans les réunions de l’IAF (Indonesia-Africa Forum, tenu les 2 et 3 septembre à Bali). Pourtant, le chef de la milice était en déplacement dans la région, à Timor-Leste.
Si, pour certains pays, l’Algérie représente un débouché commercial important, notamment pour les armes, pour l’ensemble de ces pays, les intérêts partagés avec le Maroc sont bien plus importants et de loin plus stratégiques. Entre un pays de plus en plus isolé, y compris dans sa propre région, un autre qui est de plus en plus considéré comme la «porte de l’Afrique», aucune comparaison. L’influence économique et diplomatique du Maroc en Afrique subsaharienne n’est plus à démontrer.
Il se trouve aujourd’hui que l’Algérie, le seul véritable soutien du Polisario et qui en fait même sa priorité absolue et l’indicateur clé dans ses relations diplomatiques, est exclue de toutes les initiatives majeures d’intégration régionale. Elle est exclue de l’Initiative sahélo-atlantique qui s’étend du Tchad à l’Océan, du corridor énergétique Nigéria-Maroc qui vient tout juste de connaître un prolongement vers le Sud, avec l’adhésion de la Guinée équatoriale et de l’Initiative Afrique-Atlantique, qui comprend l’Afrique du Sud, et qui est appelée à embrasser un horizon plus vaste dans un cadre global impliquant des pays de l’Amérique du Nord, de l’Amérique latine et de l’Europe, notamment l’UE où ce projet commence réellement à séduire.

Horizon élargi
Plus encore, les observateurs attentifs à l’évolution de la situation sur le terrain auront sans doute noté la manifestation d’une certaine frilosité dans les relations entre Alger et Moscou à travers les opérations militaires maliennes au nord du pays, ainsi que le mouvement des troupes du Maréchal libyen Khalifa Haftar vers les frontières avec l’Algérie. Dans les deux cas, il s’agit des alliés de la Russie dans la région. C’est un détail, mais qui prend tout son poids à la veille des réunions annuelles, en octobre, du Conseil de sécurité sur le Sahara. La manière ostensiblement froide dont le chef de la milice séparatiste a été reçu, le 1er août, à Nouakchott, à l’occasion de l’investiture du président Mohamed Cheikh Ould El Ghazouani, renseigne également sur les changements prédits par plusieurs centres de recherche, dont l’un est basé à Pretoria.
Dans ce même ordre d’idées, il n’échappe à personne la portée stratégique de la récente visite, du 25 au 29 août, dans notre pays du chef d’état-major des Forces de défense éthiopiennes. Lors de ses rencontres avec le ministre délégué chargé de la Défense nationale et l’inspecteur général des FAR, il a été question de l’ambition commune des deux parties et de leur «détermination» à approfondir la coopération militaire entre le Maroc et l’Éthiopie. Les relations bilatérales entre les deux pays ont connu, rappelons-le, un nouvel élan depuis la visite «historique» du Souverain à Addis-Abeba en 2016. Coïncidences du calendrier, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a reçu, vendredi 30 août à Rabat, Jessica Muthoni Gakinya, venue lui présenter les copies figurées de ses lettres de créance, en tant qu’ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Kenya au Royaume. Nul doute que la présentation des lettres de créance de l’ambassadrice marque une nouvelle étape dans le raffermissement de ces relations diplomatiques et ouvre de nouvelles perspectives de collaboration entre les deux nations. Beaucoup d’observateurs voient en ces «incursions» du Maroc dans la région de la Corne africaine, avec comme on le sait des projets économiques de plusieurs milliards de dollars d’investissements, notamment dans l’industrie des engrais, une extension du domaine d’influence du Maroc dans le continent. Il va sans dire que cela va influencer la position des deux pays sur la question du Sahara.

La phase du déclin entamée
Il faut dire que la clarification de la position de la France, exprimée dans la lettre adressée par le président Emmanuel Macron au Souverain, le 30 juillet, représente une rupture dans ce dossier, tout comme la reconnaissance américaine, en 2020, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara et l’opération militaire d’El Guergarate, la même année. Notons au passage qu’une quarantaine de pays, dont la France, Israël, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande…, ont suivi l’exemple des États-Unis depuis. «La décision de la France de mettre fin à sa neutralité sur la question du Sahara occidental reflète et renforce un consensus international croissant en faveur des revendications de souveraineté du Maroc», lit-on dans une analyse publiée le 14 août par l’USIP (United States Institute of Peace).
La France, les États-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Russie forment, faut-il le rappeler, le club des «Amis du Sahara». La teneur de la prochaine résolution du Conseil de sécurité, élaborée par les USA et discutée au sein de ce club avant d’être soumise pour validation aux 15 membres du CS, s’annonce déjà, comme c’est le cas depuis ces dernières années, favorable aux intérêts du Royaume. La perspective d’un changement à la tête de l’Administration US, après les prochaines élections de novembre, et d’une éventuelle clarification de la position du Royaume-Uni sur le Sahara accéléreront, comme l’ont prédit les centres de recherche mentionnés plus haut, la fin du conflit.
Plusieurs analystes le confirment, bien que le résultat des élections du 7 septembre ne devrait rien changer dans la position algérienne, il n’en reste pas moins qu’au vu de l’évolution de questions, aussi bien au sein de l’ONU, dans les institutions régionales que sur le terrain, Alger sera ramené à terme à s’adapter à la nouvelle situation. Plusieurs facteurs clés vont sans doute influencer cette position : l’économie algérienne qui peinera de plus en plus à faire face aux charges financières du soutien diplomatique et militaire du Polisario, les dynamiques politiques internes et l’évolution des équilibres de forces entre les différents clans du régime, les pressions internationales, la menace terroriste au Sahel…, tout cela va imposer, à terme, un changement inéluctable. Auquel cas, plusieurs scénarios se profilent déjà.

Les scénarios de sortie
Sous la pression internationale et l’évolution de la situation interne, Alger pourrait, en effet, envisager un changement en douceur dans sa position sans pour autant aller jusqu’à reconnaître ouvertement la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Cela pourrait, comme par le passé, commencer par une amélioration progressive des relations entre les deux pays, notamment dans le domaine économique. L’Algérie va continuer à soutenir le Polisario, mais tout en le poussant vers les négociations et donc une solution acceptée de tous du conflit. Dans un deuxième scénario, les analystes tablent sur le maintien de la position actuelle de l’Algérie, mais avec moins d’animosité envers le Maroc. C’est-à-dire une situation où les tensions persistent dans les relations entre les deux pays, mais sans aggravation. Un statu quo permanent, en fait. Le risque pour l’Algérie est de se retrouver davantage isolée sur la scène internationale et même exposée à des sanctions économiques si le Polisario, et c’est une éventualité qui est déjà sur la table, est considéré comme une organisation terroriste. Auquel cas, Alger serait coupable de soutien et du financement du terrorisme. On peut également envisager un autre scénario, très peu probable, que les analystes considèrent comme un revirement complet. Dans ce cas de figure, l’Algérie finira par accepter le Plan d’autonomie présenté par le Maroc et se montrera ouverte à des négociations pour la délimitation des frontières avec le Maroc. Ce scénario entraînera sans doute la normalisation rapide des relations entre les deux pays et, à terme, une intégration économique régionale.
Aujourd’hui, une chose est sûre. «La dynamique internationale est entièrement du côté du Maroc. Dans un avenir pas si lointain, le conflit autour du territoire du Sahara occidental sera effectivement terminé», tranche l’USIP. Et, cette dynamique, tout comme les récentes résolutions du Conseil de sécurité, le conforte, le Plan d’autonomie, présenté en 2007, est en passe de devenir «le plan de règlement de facto» de ce différend.


Une fenêtre d’opportunités
Dans un mois, en octobre, le Conseil de sécurité planchera sur la question du Sahara. Le secrétaire général va soumettre un rapport qu’il aura élaboré sur la base du rapport de son envoyé personnel et de l’envoyé spécial chef de la Minurso. Les États-Unis, «pen holder» ou détracteur du projet de la résolution, vont soumettre ce draft d’abord aux membres du Club des amis du Sahara et ensuite, pour adoption, au Conseil de sécurité. La résolution finale est attendue vers la fin du mois d’octobre. Voilà pour la démarche en vigueur depuis le plan de règlement de 1991. Seulement au fil des années, la résolution ne fait que conforter la position marocaine. Cette année certainement encore plus, puisque la France vient de rejoindre les États-Unis, comme pays membres permanents de l’ONU, qui soutient officiellement la marocanité du Sahara. Le Royaume-Uni, au même titre que la Chine, adopte une position de neutralité positive et bienveillante. Les intérêts économiques grandissants des deux pays au Maroc vont certainement les encourager à adopter une position plus prononcée. Reste la Russie, qui s’oppose «pour la forme» à la résolution, mais sans pour autant activer son droit de veto, une «opposition passive» pour tout dire. Les évolutions géopolitiques, et dans une certaine mesure économiques et sécuritaires, qu’a connues toute la région ces dernières années, militent encore plus que jamais pour une résolution encore plus favorable au Maroc. Mais c’est après, avec les élections américaines et l’éventuel retour de l’administration Trump, le renforcement des relations du Maroc avec les pays africains, à travers ses multiples initiatives, l’évolution de la position de l’Union européenne après le virage à droite du PE, et surtout la dynamique de la diplomatie marocaine… tous ces éléments face à l’inertie du processus de négociations onusien conduit par Staffan De Mistura, constituent une fenêtre d’opportunités et militent pour la clôture de ce dossier.