Chronique
Du trilemme vital «énergie-eau-nourriture»
Le Maroc fait face aujourd’hui au trilemme vital qu’est «Énergie-Eau-Nourriture». Réussira-t-il le challenge ?
Après avoir trouvé une forte intelligente issue du dilemme existentiel «Territoire-Terroirs» au moyen des deux outils novateurs que furent la «Proposition d’autonomie» de ses provinces sahariennes puis la «Régionalisation avancée», le Maroc fait face aujourd’hui au trilemme vital qu’est «Énergie-Eau-Nourriture». Réussira-t-il le challenge ? Le branle-bas de combat est engagé sans répit.
Il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que ces trois questions rhizomiques n’auraient pas suscité l’intérêt des plus hautes autorités nationales avant que la crise énergétique, le déficit hydrique et la sécheresse endémique ne se liguassent contre la santé économique du Royaume depuis 2019. Les réalisations au chapitre de l’énergie propre, notamment le solaire et l’éolien, forcent d’ores et déjà l’admiration (ou la jalousie) de par le monde. Le mix énergétique marocain offre une panoplie de choix globalement rassurants.
Pour contrer le stress hydrique, le Plan national de l’eau (PNE) 2020-2050 et le Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027 ont vu le jour. Étant donné le coût faramineux du PNE (383 MMDH), le choix du partenariat public-privé (PPP) ouvre la voie du cercle vertueux qu’est le nexus Eau-Energie, à savoir la synergie entre les stations de dessalement d’eau de mer, celles de traitement des eaux usées (STEP), le transvasement entre les barrages et les projets d’interconnexions électriques. Au centre de cette ambitieuse vision, l’OCP occupe une place de choix, d’autant que la nourriture des Marocains dépendra de plus en plus des engrais générés par les phosphates.
Au-delà des contraintes techniques auxquelles l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a été promptement associée, et en dépit de son coût exorbitant, la faisabilité de cette vision a été dûment vérifiée et établie par l’actuel gouvernement. Aussitôt arrivé aux affaires, ce dernier a déterré les dossiers datant de 2019-2020 et mis les équipes idoines au travail.
En vérité, le devenir du Maroc dépend de cette vision grandiose qui lie organiquement l’intégrité territoriale au développement du même nom, la sécurité géostratégique à la sécurité hydrique et donc alimentaire. Ce corps de doctrine constitue la charpente de la puissance régionale et continentale que le Royaume ambitionne de devenir. La coopération avec l’État d’Israël dans les domaines existentiels que sont l’eau, l’énergie, l’agriculture et la sécurité du territoire participe de cette vision stratégique.
Face à ces challenges vitaux, les envolées idéologiques stériles qui ont tant cloué la sphère arabe apparaissent dès lors non seulement futiles, mais extrêmement toxiques. D’ailleurs, il n’est que de regarder de plus près ce qu’entreprend l’Égypte de Sissi, l’Arabie saoudite de MBS ou les Émirats arabes unis, d’une part, et constater le délabrement avancé des économies de la Libye, de la Syrie, d’Irak, du Liban, de la Tunisie, du Yémen et de nombreux autres pays, dont la «pétroleuse» et «gazeuse» Algérie, d’autre part, pour comprendre que seules les nations disposant d’une vision porteuse résisteront aux lendemains périlleux qui guettent l’humanité tout entière.
D’ailleurs, d’ores et déjà, les guerres d’aujourd’hui sont déclenchées autour du triptyque Énergie-Eau-Nourriture, comme le prouvent le parcours du Nil ou les céréales d’Ukraine. Les enjeux autour de l’hydrogène vert renseignent sur les clashs futurs autour des énergies propres elles-mêmes. Réussir ne serait-ce que sa propre autosuffisance hydrique, énergétique et alimentaire équivaut désormais à la plus sereine des souverainetés.
Mais à elle seule, la mobilisation technique et financière ne suffit guère. Même les campagnes de sensibilisation, fussent-elles intenses et récurrentes, ne peuvent combler le hiatus entre le Marocain tel qu’il se représente et le Marocain qu’il ambitionne d’être. Une véritable révolution mentale est nécessaire, et elle doit prendre son élan depuis la petite enfance. Nous voilà donc revenus à la source de tous nos maux passés et actuels, à savoir notre système éducatif qui a engrangé les pires tares depuis quatre décennies ! Certes, en très peu de temps, des avancées courageuses ont été accomplies sous l’actuel gouvernement, mais beaucoup reste à faire. La vitalité que connaît actuellement le volet de la formation professionnelle verra-t-elle le jour bientôt au registre des cycles primaire et secondaire de l’Enseignement public ?
Car, ne nous faisons aucune illusion quant à la réussite du triple challenge Énergie-Eau-Nourriture si nous ne préparons pas non seulement la matière grise nécessaire à la conduite des projets colossaux en la matière, mais surtout le citoyen libre et responsable enfin débarrassé de son héritage fait de fatalisme, de défaitisme, de «mektoubisme» et de toutes les vieilleries «inchallahesques» si stupides qui ont longtemps été promues par les forces rétrogrades de ce pays.
Longtemps, l’humanité a nonchalamment négligé la source de la vie qu’est l’eau au profit des énergies fossiles. Il fut même un temps où un Boumediene, si fier de son factice «industrie industrialisante», pouvait allègrement se moquer de la politique des barrages initiée très tôt par Hassan II. Cette politique des barrages se révélera payante et près d’une vingtaine de grands barrages s’ajouteront bientôt aux 149 existants, sans compter les 137 de moindre volume.
Le futur marocain s’inscrit donc dans l’épanouissement hydraulique, l’autosuffisance énergétique, notamment solaire et éolienne, afin que la souveraineté alimentaire soit acquise de haute main. Là se trouve l’heureux déverrouillage du trilemme Énergie-Eau-Nourriture. Bon vent !
