Diplomatie
Migration : Le Nord en perte d’attractivité
L’Europe est tiraillée, lorsqu’elle aborde le sujet de la migration, entre ceux qui optent pour «le verrouillage des frontières» et ceux qui défendent les bienfaits de l’accueil des migrants. Pourtant, les cartes sont en train d’être redistribuées sur la scène mondiale.
Au moment où l’Europe verrouille de plus en plus ses frontières face aux prétendants à l’immigration, le Maroc se distingue par une approche «humaniste» dans le traitement de cette question.
C’est ce qu’ont tenu à rappeler les intervenants lors d’un panel tenu lors de 16e édition des MEDays, qui s’est tenue à Tanger, du 27 au 30 novembre. Les panélistes ont, en effet, tenu à «saluer» l’approche marocaine en matière de gestion de l’immigration. Et ce, en rappelant que le Royaume, dès le début des années 2000, s’est doté «une stratégie nationale» en la matière.
De même qu’ils ont relevé l’importance des deux vagues de régularisation qui ont bénéficié à des milliers de ressortissants en provenance de plusieurs pays, dont la majorité de l’Afrique subsaharienne et de la Syrie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le Maroc a été choisi pour abriter l’Observatoire africain des migrations (OAM).
Lequel observatoire, inauguré à Rabat en décembre 2020, est venu doter le continent d’un outil efficace à même de permettre une meilleure connaissance, compréhension et maîtrise du phénomène migratoire, mais aussi de développer la collecte, l’analyse et l’échange de données entre les pays africains.
Une sorte de reconnaissance envers un pays qui s’active également sur le front de la lutte contre l’émigration clandestine. Or, maintenant que l’Europe opte pour «la fermeture», les flux risquent fort bien de se rediriger vers le Maroc.
L’Europe divisée
En revanche, depuis quelques années, le sujet de la migration est sur toutes les langues, particulièrement en Europe. Pas plus tard qu’octobre dernier, et au bout d’au moins deux années du lancement des discussions au niveau des 27 de l’UE, le Conseil de l’Europe avait sur la table un «nouveau tour de vis dans sa politique migratoire».
Plutôt normal, quand on prend en ligne de compte l’agenda électoral où, comme dans tous les pays de l’Union européenne, la question de la migration revient telle «une carte pour mobiliser l’électorat». Un fait qui vient se greffer à la montée des populismes et de l’extrême droite.
Un sujet «des plus clivants», mais aussi qui «démontre un certain manque de cohésion au sein d’une Europe divisée» entre des États qui estiment «qu’on ne fait pas assez pour circonscrire les flux migratoires» et d’autres qui «votent pour une certaine ouverture régulée».
Dans cette perspective, les positions de deux États membres de l’Union européenne, pour ne parler que d’eux, résument ce «tiraillement». D’une part, la Pologne, qui s’inscrit dans une démarche de «durcissement» particulièrement en direction des demandeurs d’asile, pourtant légitimé par le droit international, et de l’autre, l’Espagne de Pedro Sanchez qui s’inscrit foncièrement à contre-courant de l’approche actuellement dominante dans une Europe qui renvoie l’image d’une «forteresse».
Pragmatique, le chef du gouvernement espagnol l’avait rappelé, en marge d’un sommet européen, en déclarant que «si nous voulons faire face au défi démographique européen, si nous voulons garantir la durabilité de nos pensions et de notre État-providence (…), nous avons besoin de la contribution de l’immigration».
Visiblement, l’Europe «vieillissante» semble «otage» des «velléités extrémistes» d’une certaine frange du tissu sociétal anti-immigration». Sanchez ira plus loin en soulignant : «Nous devons aborder le phénomène migratoire en pensant aux générations futures et non aux prochaines élections».
C’est que, indiquent les intervenants aux MEDays, l’Europe a plus que jamais besoin d’une nouvelle manière de management de la migration, dont l’une des sources d’inspiration serait la «gestion en amont» actée par le Canada.
Cette réflexion est d’autant plus d’actualité lorsqu’on pense au «deal de l’Italie avec l’Albanie» pour «accueillir dans des centres les demandeurs d’asile» en attendant que leurs dossiers soient traités. Ce qui revient, en définitive, «à acheter leur tranquillité en externalisant le problème».
Qui plus est, où ce sont pas moins de 2.000 kilomètres qui sont fermés, comme l’a relevé l’un des intervenants. Particulièrement en face des demandeurs d’asile en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient.
L’immigration sélective
Aujourd’hui, le monde compte quelque 200 millions de déplacés, qui vont s’augmentant, pour diverses raisons, dont l’exacerbation des conflits un peu partout sur la planète. Certes, les pays européens évoquent des questions relatives à leur sécurité interne, mais il n’en demeure pas moins que cela pose un réel problème.
Car, outre ces raisons, l’on ne peut s’empêcher d’ajouter les nouvelles vagues de «migration climatique» qui risquent de s’exacerber par le dérèglement climatique lié aux sécheresses qui se succèdent.
Toujours est-il que dans cette même Europe, certains pays font la différence en étant au premier plan en matière d’accueil des migrants, nommément l’Espagne, la France et l’Allemagne, quand bien même certaines formations politiques sembleraient de plus en plus s’aligner sur les discours de l’extrême droite pour des «raisons purement électoralistes».
Pour autant, différents États optent pour «l’immigration sélective», selon leurs besoins, notamment dans certains secteurs. Ce qui, chemin faisant, débouche sur des «vidages» des pays qui ont pourtant besoin de «leur matière grise».
Mais, ont indiqué les panélistes, «l’Europe serait bien inspirée de recadrer sa vision au moment où le phénomène migratoire est en train de connaître des mutations profondes». En effet, il est de plus en plus avéré que «le Nord est en train de perdre de son attractivité qui est en voie de minoration» au profit de nouvelles destinations, dont le Canada figure en tête de liste.
Plus encore, d’autres pôles pourraient se positionner en force «parce que mieux séduisants». Or, en lieu et place du verrouillage des frontières, qui risque de ne pas «stopper» l’émigration de prétendants, à leurs risques et périls, les pays européens devraient s’inscrire dans une démarche de co-développement avec «les pays émetteurs» pour essayer de «réduire l’ampleur de l’appel du Nord».
Incohérence
L’Europe, pourtant forte à «donner des leçons sur le respect des droits de l’Homme», vacille entre deux approches pour le moins «contradictoires».
En effet, au moment où elle poursuit le durcissement de sa politique migratoire, notamment en érigeant des murs devant les demandeurs d’asile en provenance d’Afrique ou du Moyen-Orient, elle opte cependant pour des «ouvertures sélectives».
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé au moment du déclenchement de la guerre opposant la Russie à l’Ukraine, lorsque l’Europe a ouvert grands ses bras aux Ukrainiens tout en maintenant sa pression sur les autres prétendants, rappellent les panélistes.
C’est à croire que les vies humaines ne se valent pas, alors même que le droit d’asile est inscrit dans le marbre du droit international.
