Diplomatie
Maroc-France : Résilience des relations économiques face aux soubresauts diplomatiques
En dépit des brouilles diplomatiques liées, entre autres, à la question du Sahara, les échanges commerciaux entre les deux États partenaires se sont caractérisés par leur dynamisme au cours des dernières années. En 2023, les échanges bilatéraux de produits se sont chiffrés à près de 14 milliards d’euros en valeur. Ce qui marque une évolution de près de 50% par rapport à 2016.
Depuis la lettre du Président Emmanuel Macron, adressée au Roi Mohammed VI, à l’occasion de la Fête du Trône, célébrée le 30 juillet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts des relations diplomatiques entre les deux pays partenaires.
Aujourd’hui, l’heure est au réchauffement de ces relations, mises à mal au cours des dernières années par de profondes divergences qui ont eu un impact relatif sur les relations économiques entre les deux États. Au-delà de cet aspect non négligeable, la nouvelle ère diplomatique qui s’ouvre est perçue dans le cercle des affaires de part et d’autre comme une aubaine pour le business.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, hormis la période de Covid-19, les chiffres montrent que les relations économiques entre le Royaume et l’Hexagone n’ont pas été impactées par le froid diplomatique, lié à la question du Sahara. Bien au contraire, en 2023, les échanges bilatéraux de produits se sont chiffrés à près de 14 milliards d’euros en valeur.
Ce qui, selon Jean-Charles Damblin, directeur général de la Chambre française du commerce et de l’industrie du Maroc (CFCIM), marque une évolution de près de 50% par rapport à 2016. C’est dire le niveau de croissance des échanges commerciaux. Notons tout de même qu’un facteur conjoncturel majeur, notamment la guerre en Ukraine, qui se poursuit encore, a boosté les échanges commerciaux bilatéraux en 2023, avec l’augmentation des exportations françaises de produits agricoles vers le Maroc, essentiellement le blé.
Toujours est-il que la France exporte principalement vers le Maroc des produits issus de l’automobile et de l’aéronautique. Pour leur part, les expéditions marocaines vers l’Hexagone concernent, entre autres, les deux secteurs précités et l’agroalimentaire.
Croissance des investissements directs étrangers
Il importe de préciser que, selon notre interlocuteur, la France affiche une balance commerciale déficitaire (autour de 700 millions d’euros en 2023). Cette situation s’explique par la position de l’Hexagone en termes d’IDE au Maroc.
Pour rappel, avec plus de 11 MMDH en 2023, la France est le premier pays investisseur étranger au Maroc devant l’Espagne, pourtant premier partenaire commercial du Royaume.
Les échanges commerciaux de produits entre le Maroc et son voisin ibérique ont culminé à 17milliards d’euros en 2023. «Beaucoup d’entreprises françaises, y compris des PME, investissent au Maroc dans le domaine industriel, à travers leurs filiales, créant ainsi localement de la valeur et des postes d’emploi», explique notre source. Le Maroc abrite entre 900 et 1.000 filiales de groupes français. L’automobile et l’aéronautique captent davantage les investissements français dans le Royaume.
Ceci dit, l’appétit des opérateurs marocains pour le marché français est bien perceptible. Le Maroc n’est autre que le premier investisseur africain en France, avec 1,8 milliard d’euros en 2022.
Vers la diversification économique
Jean-Charles Damblin est formel : le réchauffement des relations diplomatiques est de bon augure pour la diversification du partenariat économique bilatéral. Selon lui, pour le futur, les deux États partenaires gagneraient à explorer les potentialités existantes de part et d’autre dans les domaines de l’hydrogène vert, les énergies renouvelables, l’économie bleue, la santé et le ferroviaire.
Pour l’heure, certaines sociétés françaises, en l’occurrence Egis et Engie, se positionnent d’ores et déjà sur des projets stratégiques du Royaume, pour ne citer que la ligne LGV Kénitra-Marrakech (430 km de long) et la station de dessalement à Dakhla fonctionnant avec de l’énergie propre.
Par ailleurs, il y a lieu de préciser que la nouvelle donne diplomatique amène légitimement à penser que l’intention du gouvernement français, annoncée en avril 2024, sera suivie d’actes concrets dans les prochains jours ou mois.
Pour rappel, il avait annoncé son dessein de participer au financement de la réalisation de la ligne électrique de 3 gigawatts reliant le Sud et le Centre du Maroc.
Le réchauffement diplomatique pourrait aussi hâter la concrétisation d’un projet à fort impact pour le secteur privé national. Il s’agit d’octroi du prêt de 350 millions d’euros au groupe OCP par l’Agence française de développement (AFD). Ce prêt va financer des axes clés du programme d’investissement vert du groupe OCP couvrant la période 2023-2027, à savoir le développement de l’hydrogène et de l’ammoniac verts, les énergies renouvelables et la formation du capital humain.
Le dégel diplomatique est aussi perçu comme une opportunité pour les entreprises françaises qui souhaitent élargir leurs activités en Afrique subsaharienne. «Désormais, le Maroc doit davantage être considéré par les entreprises françaises comme un hub pour leur développement en Afrique subsaharienne», suggère notre interlocuteur qui plaide pour des IDE français au Maroc plus impactants en termes de création d’emplois, de valeur ajoutée locale et de transfert de technologie.
