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Diplomatie

En Couv’. Maroc-France : Le temps des affaires

Rabat et Paris entrent à nouveau dans une lune de miel partie pour durer. En reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara, le président Macron ouvre aussi la voie à des opérateurs français pour investir dans des secteurs stratégiques au Royaume. Analyse.

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Le président français Emmanuel Macron est attendu au Maroc pour une visite d’État, du lundi 28 au mercredi 30 octobre.

Une visite qui aura pour objet de sceller la relance de la relation bilatérale et de donner un nouvel élan au partenariat stratégique d’exception entre les deux pays. Cette visite vient en couronnement d’un processus de rapprochement qui a démarré il y a plusieurs mois.
Depuis avril 2024, la succession des visites et réunions de travail entre ministres marocains et français laissait déjà présager un réchauffement des relations entre Rabat et Paris.

En effet, Stéphane Séjourné, ancien ministre français des Affaires étrangères, Franck Riester, également ancien ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’attractivité, de la francophonie et des Français de l’étranger, puis Gérald Darmanin, ex-ministre de l’Intérieur, avaient enchaîné les visites à Rabat pour s’entretenir avec leurs homologues marocains, quand Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, avait, lui, fait le chemin inverse pour rencontrer Stéphane Séjourné, le 9 avril dernier à Paris.

À ce moment-là, la question du soutien français à la marocanité du Sahara était sur toutes les lèvres. Mais Macron n’avait pas encore sauté le pas.
Puis, à l’occasion du 25e anniversaire de la fête du Trône, le 30 juillet, le président français reconnaissait finalement la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Mais, qu’est-ce qui a fini par inciter Emmanuel Macron à prendre cette décision, attendue par Rabat depuis plus d’une décennie, au regard des relations privilégiées d’amitié et de partenariat stratégique qui lient les deux pays depuis l’indépendance du Royaume chérifien en 1956 ?

Le patronat À la manœuvre ?
Et si c’était tout simplement en raison des perspectives économiques de coopération entre les deux pays et sous la pression du patronat français, qui a vu des opportunités d’investissement dans des secteurs stratégiques dans les provinces du sud marocaines lui filer entre les doigts au profit d’opérateurs espagnols, américains ou israéliens, que Macron a finalement cédé à la logique qui dictait un soutien français à la position souveraine du Maroc au risque de mécontenter le régime algérien !
Les intérêts français pour les opportunités de business au Maroc, et particulièrement dans le Sahara marocain, n’ont jamais été démentis. Déjà, début avril, le porte-parole adjoint du ministère français de l’Europe et des affaires étrangères d’alors, Christophe Lemoine, avait clairement affiché les ambitions françaises, puisque l’objectif annoncé par le Quai d’Orsay était de «faire vivre le partenariat unique qui unit la France et le Maroc, fondé sur un lien exceptionnel, renouvelé par un agenda politique qui nous permet aujourd’hui de nous projeter sur les trente prochaines années».
Car malgré des chiffres encourageants en matière d’échanges commerciaux, le climat général des affaires entre les opérateurs économiques marocains et français a pâti de la brouille diplomatique consécutive à ces deux dernières années de crise.

En 2023, les relations économiques entre Paris et Rabat ont franchi un seuil inédit, avec des échanges commerciaux atteignant un impressionnant montant de 14 milliards d’euros. Cette dynamique est soutenue par la présence de plus de 1.000 filiales d’entreprises françaises opérant sur le sol marocain.
Mais ces chiffres ne reflètent pas le niveau potentiel des partenariats et échanges commerciaux entre les deux pays. En effet, le Maroc se positionne comme le premier partenaire commercial de la France en Afrique, tandis que la France se classe en deuxième position parmi les partenaires commerciaux du Royaume chérifien.

Pour le ministre marocain de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, cette situation illustre une relation commerciale «équilibrée», soulignant ainsi l’harmonie croissante entre les deux nations.
Et cette relation économique privilégiée entre Rabat et Paris s’explique par des motivations bien ancrées. C’est ce que nous détaille Olivier Queval-Bourgeois, expert en intelligence économique et fondateur de Serafyn, cabinet français spécialisé en renseignement compétitif et risk management: «La première motivation est sentimentale, les Français ont une affection particulière pour le Maroc, ce qui est vecteur d’un respect et d’un intérêt. Ensuite, il est économique, et l’environnement se veut pragmatique et impliqué.»

Terre d’opportunités de business
Échaudée par les atermoiements et les sautes d’humeur du régime algérien pour une visite d’État du président Tebboune régulièrement reportée (en raison de la volonté d’Alger d’imposer à Paris de ne pas soutenir le plan d’autonomie marocain), qui devait sceller un partenariat stratégique dans divers domaines, dont l’approvisionnement en gaz algérien pour la France, la diplomatie française a fini par réaliser que les conditions n’étaient pas réunies pour conclure ce partenariat.

Alors que le Maroc, en plus des intérêts économiques mutuels entre les deux pays, présente des atouts favorables au climat des affaires et surtout une stabilité politique et économique qui constituent un environnement sûr pour les investisseurs étrangers.
Par ailleurs, l’intérêt des investisseurs pour le Sahara marocain n’est pas une particularité française.

Le Royaume-Uni, à travers le projet XLinks, prévoit de s’approvisionner en énergie solaire à partir de la région de Guelmim afin d’assurer 8% de ses besoins énergétiques, couvrant 7 millions de foyers.

«Le Sahara est un territoire pertinent dans un contexte tendu sur l’accès et les échanges en termes de métaux rares pour la France», précise Olivier Queval-Bourgeois, qui ajoute que «le Maroc dans sa globalité est un espace où les opportunités d’affaires et de développement sont inédites, il y a une véritable volonté d’agir, un langage commun, des ressources clés qui peuvent être exploitées et valorisées avec équité.»

Quels sont les secteurs d’activité qui pourraient voir des opérateurs français, publics autant que privés, venir investir au Maroc ? D’après le fondateur de Serafyn, les domaines des télécommunications, de la cybersécurité et de la fintech seront potentiellement ciblés par des investisseurs français au Royaume.

Pour Olivier Queval-Bourgeois, «la finance occidentale, notamment sous l’impulsion américaine, connaît de grandes évolutions et sa digitalisation dans les traitements conventionnels de la transaction se trouve renforcée par la gestion des risques et l’utilisation des cryptoactifs». Il souligne d’ailleurs «qu’une nouvelle génération d’opérateurs des fintechs, accompagnant ces évolutions, va pouvoir profiter des configurations offertes par le Maroc». En outre, étant donné que les doctrines financières occidentales et marocaines sont aisément compatibles avec d’autres territoires du Moyen-Orient, il faut s’attendre, selon lui, à une intensification des partenariats entre opérateurs marocains, français et moyen-orientaux, qui sont en train de s’imposer comme les leaders du marché international dans ce secteur de la finance digitale.
Ensuite, les opérateurs français dans les domaines de l’agroécologie, l’agriculture de précision et de la gestion de l’eau – secteur hautement stratégique et sensible au Maroc actuellement – lorgnent avec intérêt les opportunités d’investissement dans le Royaume.

«L’expertise française en matière de technologies agricoles (drones, capteurs, IoT) pourrait améliorer la gestion des ressources et la productivité des exploitations marocaines», précise l’expert en intelligence économique, qui met l’accent aussi sur le savoir-faire français en agriculture biologique et en pratiques durables afin de développer une agriculture plus respectueuse de l’environnement et moins avide en ressources hydriques.

 


Plus de contrats d’armement avec la France ?
La France est devenue en 2024 le deuxième exportateur mondial d’armes, derrière les États-Unis, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Et le fleuron de l’industrie de défense française est incontestablement l’avion de chasse Rafale F4, qui coûte entre 60 et 80 millions d’euros (en fonction de la version, des équipements commandés et du nombre d’avions achetés) et qui connaît un franc succès à l’export ces dernières années avec des commandes de pays arabes comme l’Égypte, les Émirats arabes unis ou le Qatar.
Il est donc normal que le constructeur français Dassault désire positionner son avion de chasse dans le marché méditerranéen et plus particulièrement au Maroc.
Cette information a été rapportée par divers médias marocains et français dernièrement, profitant du contexte de réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Paris.
Les FAR qui sont principalement équipées d’avions de chasse F16 américains (23 en dotation en attendant la livraison de 25 prochainement) ont-elles besoin des Rafale français ? Les deux avions de combat, le F16 et le Rafale, ont des caractéristiques et des capacités similaires : avions de chasse multipôle, légers et facilement manœuvrables. Par ailleurs, si les FAR étaient intéressées par l’avion de chasse français pour ses capacités, elles n’auraient pas fait le choix du F16 en 2007 en lieu et place du Rafale.
Si le Maroc cherchait effectivement à renforcer sa flotte de nouveaux avions de combat, il serait plus utile d’acquérir des avions avec de nouvelles capacités, qui font défaut actuellement aux FAR.
La logique voudrait que le Maroc projette de se doter d’avions furtifs comme le F35 américain ou le chasseur furtif J20 chinois (beaucoup moins cher que l’avion américain), ou bien le chasseur américain F-15EX Eagle II, bien plus lourd et plus armé que le F16 et le Rafale qui permet d’avoir une supériorité aérienne sur l’ennemi.
Ce qui lui vaut le surnom de «roi des cieux» pour son bilan impressionnant de 104 victoires en combats contre aucune perte. La visite du président français dans notre pays est également une occasion d’évoquer d’éventuels contrats d’armement, selon des médias français. Ils font allusion à un probable contrat portant sur un lot de 8 à 12 hélicoptères Caracal du constructeur Airbus Helicopters. Un contrat portant sur des sous-marins serait également envisagé.