Chronique
Du «droits-de-l’hommisme» en général et du ‘‘makiavelisme’’ en particulier
Il serait pour le moins intellectuellement malhonnête de nier les manquements multiples aux droits de l’homme dans notre pays.
D’autant que la culture de ces mêmes Droits est loin d’être profondément enracinée et mentalisée à toutes les strates de la société marocaine.
Cela dit, il est établi que des officines européennes, notamment françaises, usent et abusent de la rengaine «droits-de-l’hommiste», transformée en une carte géostratégique majeure, uniquement dans le but de freiner la marche du Royaume vers le leadership régional et continental. Et c’est bien cet opportunisme toxique qu’il y a lieu de dénoncer !
Avant tout, posons-nous une question des plus banales: l’Occident est-il crédible lorsqu’il prône le respect des droits humains ? Un cas flagrant de duplicité !
N’était-ce pas l’Europe elle-même qui a asséné les coups les plus invraisemblables à ces droits dès les lendemains des Lumières? Après avoir scanné les différentes coutures du colonialisme et du néocolonialisme, comme les turpitudes des lobbies militaro-industriels et pétroliers, l’écrivain américain John Saul qualifia ces forces nocives de «Bâtards de Voltaire» dans son ouvrage ainsi titré.
Depuis les Accords de Helsinki signés en 1975, l’Occident a transformé l’impératif des Droits de l’homme en une parade radicale contre ses détracteurs, en une carte géostratégique opposable à tous ceux qui font obstacle à sa boulimie géo-économique. Une arme tellement redoutable qu’elle put si aisément précipiter l’ex-URSS vers l’implosion !
A quelques rares exceptions près, toute velléité d’émergence de la part de quelque nation du Sud que ce soit est vite contrée d’abord par l’arme «droits-de-l’hommiste».
Le Japon, la Corée du Sud ou, plus tard, la Turquie n’avaient dû leur salut qu’à la faveur de la confrontation Est-Ouest, USA vs URSS. Ces exceptions confirment largement la règle, puisque l’épée de Damoclès «droits-de-l’hommiste» continue à sévir. Et de plus belle ! Bien qu’aujourd’hui déclinantes, certaines puissances usent et abusent de cet ascendant opportuniste. La France macronienne constitue un cas d’école à cet égard.
En effet, parce que le Maroc s’est affranchi du paternalisme de l’ancien colonisateur et qu’il a progressivement «dépouillé» la Françafrique de ses «comptoirs» traditionnels africains en instaurant le win-win avec les pays du continent noir en lieu et place de la rapinerie systémique et du pillage systématique tant pratiqué par les tenants du néocolonialisme français depuis le funeste et barbouzard «magistère» de Jacques Foccart, et surtout parce que le Royaume put – avec un inégalable brio – gagner à sa cause nationale la première puissance du monde, se libérant ainsi du sempiternel chantage de l’Elysée et du Quai d’Orsay, il eut droit à la colère sourde du mercuriel Macron !
«Les Marocains m’ont trahi. Ils négociaient en catimini avec Trump tout en continuant à solliciter l’appui de la France au sein du Conseil de sécurité ; je ne peux tolérer cet affront à la France !», aurait vociféré l’hôte actuel de l’Elysée dès le lendemain de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par la puissance chargée précisément de la rédaction des résolutions du CS de l’ONU sur la question !
Sans attendre qu’il soit froid, le plat de la vengeance fut aussitôt servi au Maroc. Surgit alors – toujours au nom de la défense des Droits de l’homme pardi ! – l’affaire Pegasus! Un ballon vite dégonflé puisqu’on apprendra, quelques semaines plus tard, que pas moins d’une quarantaine de pays, dont l’Espagne elle-même, le Brésil ou encore le Qatar, s’étaient procuré le fameux progiciel d’espionnage.
Pauvre Emmanuel ! A supposer même que le Maroc eut à en user, y compris contre sa jupitérienne personne, oserait-il, lui, affirmer que la France ne se soit jamais livrée à l’espionnage de son «allié» marocain? N’était-ce pas feu Alexandre de Marenches, alors patron du SDECE (actuelle DGSE), qui confia à son vieil ami intime feu Hassan II que l’ambassade de France à Rabat avait gardé les anciennes liaisons techniques d’écoute permettant d’espionner le Cabinet royal, la primature et une foultitude de ministères et d’organismes civils et militaires ?
Cela s’est passé en 1980. Qui sait ce qu’il en est aujourd’hui même des barbouzeries françaises ?
N’en déplaise aux pères fouettards du «droits-de-l’homme» téléguidé, le Maroc peut s’enorgueillir de l’une des sociétés civiles les plus sourcilleuses au diapason de la traque des atteintes auxdits Droits.
En quoi – Diantre ! – cette société civile si touffue aurait-elle besoin de la condescendante bénédiction d’un Parlement européen immergé autant dans les dérives dogmatiques que dans les scandales de toutes sortes ? Qu’a-t-elle, cette courageuse société civile, à envier à ses homologues occidentales dont une grande partie est financée par des transnationales ou des lobbies aisément identifiables ?
L’ère de la vassalisation européenne des sphères maghrébine et africaine touche à sa fin, puisque le centre du monde ne se trouve plus là où les puissances déclinantes l’avaient naguère imposé ! Cessons donc de trembloter de frayeur en prenant chaque opportuniste mise à l’index, notamment européenne, de nos carences en matière de Droits des gens pour une sentence exempte d’arrière-pensées ! Oui à toute loyale et honnête défense desdits droits ; non à la filouterie drapée du burnous «droits-de-l’hommiste» !
