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Influences

Vidéo. Un resto qui table sur le handicap !

À Rabat, un restaurant pas comme les autres œuvre à l’intégration socioprofessionnelle des jeunes trisomiques, cassant les stéréotypes autour de cette population. Reportage.

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Au sein du centre Moulay Rachid à Rabat se trouve le restaurant pédagogique de l’Association marocaine de soutien et d’aide aux personnes trisomiques (AMSAT). Comme chaque matin, Chef Zineb fait le point avec les jeunes. Ici, les règles sont les mêmes que dans tout autre établissement : normes d’hygiène, ponctualité et professionnalisme sont de rigueur. Animés par une grande passion pour l’art culinaire, ces jeunes en situation de handicap écoutent attentivement les consignes de leur formatrice. Une ambiance d’entraide, de tolérance et de compréhension règne au sein de ce restaurant inclusif.

Selon Zineb, cette formation a permis de révéler les compétences et les capacités cachées des personnes trisomiques. «Nous formons une équipe homogène qui veille au bon déroulement du travail», souligne-t-elle. «Notre programme de formation leur permet de développer les compétences techniques et les aptitudes relationnelles indispensables à leur intégration socioprofessionnelle future», ajoute Zineb. La restauratrice croit en ce projet, et appelle les parents qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants trisomiques à leur témoigner de la confiance : «Ils ont besoin d’amour et d’une prise en charge précoce. Avec un accompagnement constructif et pédagogique, ces personnes gagnent en autonomie et peuvent voler de leurs propres ailes», rassure-t-elle.

Un trait d’union social et professionnel
Tout a commencé avec un simple atelier-cuisine. Constatant les progrès réalisés par les jeunes et leur enthousiasme, les responsables de l’AMSAT ont décidé de se lancer dans la formation professionnelle. «En 2005, j’ai eu l’occasion de visiter un restaurant pédagogique en France qui emploie des jeunes atteints de trisomie. J’étais impressionné par son modèle qui m’a beaucoup inspiré», nous confie Najib Amor, président de l’AMSAT. Dix ans après, le restaurant a vu le jour, avec pour objectif de venir en aide aux personnes trisomiques et de leur permettre d’avoir leur propre projet de vie.

«Ces jeunes ont une énergie très positive et un amour pour le travail et pour les gens qui les entourent», souligne Najib. Un état d’esprit qui déteint sur la qualité des lieux : «C’est un endroit très agréable, offrant aux clients un espace de convivialité, de rencontres et une expérience culinaire et humaine particulière. Un trait d’union social et professionnel que nous espérons développer», poursuit-il. Le président de l’AMSAT précise que, depuis la crise sanitaire, le restaurant n’offre plus que des services traiteurs, espérant qu’il rouvrira ses portes prochainement au grand public.

Dans le cadre du projet «Catering Régional Inclusif 21», cofinancé par l’Union européenne, l’AMSAT a mis en place un nouveau concept, le food-truck. «C’est une camionnette itinérante tenue par des personnes trisomiques prises en charge par l’association. L’idée est de présenter aux passants des repas préparés et vendus par ces jeunes», nous explique Nihad Rhanem, cheffe de projets chez l’AMSAT. Cette activité vise à renforcer l’employabilité de cette catégorie et son autonomisation.

Le projet tend à appuyer et à former 33 personnes trisomiques dans les métiers de restauration. Chaque jeune a la possibilité de bénéficier de cette formation professionnelle à partir de l’âge de 16 ans. «Parallèlement, une formation technique et pratique est proposée aux aidantes «caregivers», qui sont des femmes de l’entourage de ces jeunes. Elle porte sur les techniques culinaires et les étapes de création des AGR (activité génératrice de revenus), depuis l’élaboration du business plan jusqu’à la commercialisation du produit. Tout cela vise à élaborer un projet de vie en binôme avec un jeune trisomique, qu’il s’agisse de leur enfant, de leur frère ou sœur, ou même d’un voisin», révèle-t-elle.

De très belles réussites à souligner
Le centre reçoit des enfants trisomiques à partir de l’âge de 3 mois. Le travail d’accompagnement et de prise en charge s’articule autour, notamment, de l’accueil des familles et des personnes porteuses de trisomie, l’accompagnement et le soutien des parents, l’intervention précoce, la rééducation spécifique, les actions de sensibilisation et de suivi, ainsi que les activités éducatives et socioprofessionnelles.

Ce projet inclusif démontre qu’une personne atteinte de trisomie ne peut être réduite à son handicap, et qu’elle a des compétences et des qualités qu’il faut développer. Le meilleur exemple est le cas du jeune trisomique Rachid Saihi, qui a remporté la première place de la 13e édition de la compétition internationale «Assiette Gourm’hand» en 2015, et a eu l’honneur de passer un stage dans les cuisines de l’Élysée. «À chaque fois que nos jeunes participent à cette compétition, ils arrivent à briller et à se distinguer par leur autonomie et leur professionnalisme qui ébranlent tous les stéréotypes et les clichés, et démontrent leur capacité d’intégration socio-économique et à innover et contribuer au développement de la société», s’enthousiasme Nihad.