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Société

Le mouvement coopératif laboure ses sillons

Le Maroc compte pratiquement 61.000 coopératives, avec plus de 764.000 adhérentes et adhérents. Le mouvement gagne du terrain dans toutes les régions du Royaume.

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Le 27 février dernier, le Maroc a procédé au lancement officiel de l’Année internationale des coopératives (AIC2025). L’occasion de souligner l’importance d’un secteur qui campe le rôle d’un levier d’importance cardinale en matière d’inclusion socioéconomique, mais aussi d’autonomisation, notamment pour les femmes et les jeunes, comme l’a rappelé à l’occasion le secrétaire d’État à l’Artisanat et à l’économie sociale et solidaire, Lahcen Essaadi.

Le responsable gouvernemental ne manquera pas l’opportunité pour relever que son département, en étroite coordination avec l’ODCO (Office de développement de la coopération), œuvre au renforcement du rôle des coopératives à la faveur des rencontres régionales, favorisant l’échange d’expériences et le réseautage des acteurs à l’échelle nationale. D’ailleurs, à ce niveau, certains acteurs sont en mode action dans ce sens.

Mise en commun des moyens
À quelques encablures de Casablanca, plus précisément dans la commune d’Al Majatia Ouelad Taleb, relevant de la province de Médiouna, se trouve une ferme pédagogique plutôt «spéciale». Celle-ci est le fruit d’une initiative de l’Association agricole du Grand Casablanca.

Issue du secteur de l’industrie pharmaceutique, rien ne semble avoir prédisposé Khadija Hajjaji à se trouver portée dans une telle aventure. Sauf, peut-être, «ce lien affectif avec la terre». Le narratif commence avec l’Association qui a pris sur elle, dès 2006, d’accompagner les femmes opérant dans le secteur agricole de la commune.

La suite n’allait probablement pas d’elle-même, mais Khadija finit par transformer la ferme familiale en une «ferme pédagogique» au service des femmes de «sa» commune. Un accompagnement qui se traduira par des sessions de sensibilisation et de formation en vue de développer de nouvelles pratiques pour la valorisation et la commercialisation des produits agricoles de ces zones rurales, mais aussi par le soutien visant la facilitation de l’accès au financement.

Outre ces dimensions, l’action associative menée aurait surtout participé à l’organisation des femmes bénéficiaires de son soutien, grâce notamment au déploiement de l’INDH, dans un cadre coopératif. En effet, au fil des ans, ce sont plus d’une quarantaine de coopératives qui ont vu le jour dans le périmètre d’action de l’Association. Une forte dynamique a été enclenchée qui vient se greffer à un plus large champ qui couvre pratiquement toutes les régions du Royaume.

Essaimage régional
D’ailleurs, selon les tout derniers chiffres officiels, le Maroc compte environ 61.000 coopératives. 60.939 pour être précis. Signe particulier, ces structures opèrent dans un large spectre de secteurs, qui vont de l’agriculture à l’artisanat, en passant par les services et autres énergies renouvelables.

L’importance de ce secteur se trouve également corroborée par le nombre de «coopérantes» et de «coopérants» qui s’activent dans ces structures. La communauté compte, en fait, près de 764.000 personnes, dont le plus grand contingent se trouve dans le secteur agricole avec un nombre d’adhérents dépassant les 532.000 personnes actives dans le cadre de pas moins de 38.264 coopératives.

Un état de fait assez visible quand on sillonne les régions du pays où les enseignes sont de plus en plus visibles, notamment quand on traverse les routes nationales. Le secteur de l’artisanat occupe aussi une communauté non moins importante. Avec quelque 11.789 coopératives qui comptent une population de 86.217 adhérentes et adhérents, selon les récentes statistiques du secrétariat d’État chargé de l’Artisanat, de l’économie sociale et solidaire.

À noter, chemin faisant, que la participation des femmes au sein de ce mouvement coopératif est particulièrement significative quand on apprend que le nombre de femmes dans les coopératives est de 34%, au moment aussi où pas moins de 7.874 structures coopératives sont «exclusivement féminines». C’est dire que le processus d’«autonomisation» n’est pas un vain mot, mais une réalité qui se confirme au fur et à mesure.

Le plus dans cette dynamique d’inclusion socioéconomique est qu’elle concerne les douze régions du Royaume. Mais à divers degrés selon le nombre des membres. Ainsi, avec plus de 5.554 coopératives, c’est la région de Casablanca-Settat qui pointe à la tête du peloton en termes d’adhérents avec une population de 100.592 membres.

Elle est suivie, en deuxième position, par la région de Marrakech-Safi qui compte 98.460 membres dans 6.228 structures, talonnée par l’Oriental où on décompte 96.894 adhérentes et adhérents actifs dans 8.675 coopératives. Ceci alors que la région de Souss-Massa compte 5.916 structures avec 69.477 membres.

Par ailleurs, bien qu’on n’y enregistre que 5.750 coopératives, la région de Drâa-Tafilalet enregistre un nombre de 77.363 d’adhérents.
Certes, le secteur est dans un «cycle dynamique», mais on compte bien capitaliser sur les acquis pour aller encore de l’avant.


Un plan d’action pour faire plus et mieux
Au département de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire, on indique adopter «une approche stratégique» tendant vers le renforcement et à la structuration du secteur coopératif. L’objectif étant, indique-t-on, de «positionner le secteur coopératif comme un levier essentiel du développement économique et social, tout en assurant sa durabilité et son intégration dans l’économie nationale et internationale».

L’ambition première est de «promouvoir le modèle coopératif par des campagnes de sensibilisation ciblée, visant à favoriser la création et la formalisation de 25.000 emplois annuellement à travers la création de 5.000 nouvelles coopératives». Aussi, le plan d’action vise la simplification et la facilitation des démarches de création des structures coopératives.

En outre, le département de Lahcen Essaadi inscrit au fronton de ses priorités le renforcement des capacités professionnelles des coopératives. Dans ce sens, et en partenariat avec l’UM6P, la tutelle prévoit de déployer le «Programme Mourafaka» qui vise à accompagner 600 coopératives nouvellement créées en les dotant des outils nécessaires à leur pérennité.

De même que des sessions de formation, animées par des experts de l’ODCO, sont prévues et couvriront l’ensemble du territoire national. Bien entendu, l’accompagnement prévoit l’amélioration des compétences des coopératives en matière de gestion, de commercialisation et d’innovation.

Par ailleurs, une meilleure structuration du secteur, avec la mise en réseau des coopératives au sein d’unions et de fédérations, est également à l’ordre du jour. Ce qui, en définitive, devra permettre le renforcement de leur capacité d’action. Sans perdre de vue leur intégration dans les chaînes de valeur à l’échelle nationale, voire internationale.