Société
La mission étrangère quoi qu’il en coûte !
Depuis des années déjà, des familles marocaines optent de plus en plus pour les écoles étrangères françaises, espagnoles, belges, américaines et italiennes. Un choix qui commence à peser lourd dans le budget de ces ménages, car les frais de scolarité augmentent annuellement.
Des milliers de familles, pas toujours les plus nanties, inscrivent leurs enfants dans les missions étrangères, car, estiment certains parents, «l’enseignement de qualité assure une reproduction des élites». Cet engouement explique l’expansion de ce secteur qui compte 61 établissements et 55.500 élèves inscrits, âgés de 3 à 18 ans. Pour les familles de la classe moyenne, les missions étrangères assurent une «ascension sociale» à leurs enfants. Une promesse pas toujours vérifiée. Pourtant, les familles continuent à considérer qu’il s’agit d’un investissement justifié et n’hésitent pas à se serrer la ceinture. Combien coûte alors une scolarisation dans une école étrangère ?
Les grilles tarifaires, incluant les droits d’entrée et les frais scolaires, varient d’un système à l’autre. À l’École américaine, ce sont 3.000 élèves, dont 69% de Marocains, qui sont inscrits dans les cinq établissements implantés dans les villes de Tanger, Rabat, Casablanca et Marrakech. Dans ce système mettant en avant les technologies, le sport et la vie communautaire, une scolarisation complète coûtera à la famille 1,6 million de dirhams. Les frais de scolarité annuels débutent à 94.000 dirhams pour la garderie pour atteindre 160.800 dirhams pour la terminale.
Pour les niveaux du primaire et du collège, les parents devront débourser 127.200 et 145.000 dirhams l’année. Une facture salée, mais justifiée pour les familles qui considèrent que «c’est un système qui accorde une grande priorité à l’épanouissement personnel de l’enfant et permet un développement de la curiosité chez lui. Sans compter que cette école ouvre les portes des grandes écoles aux USA et à travers le monde».
On retrouve le même argumentaire chez les ménages qui ont opté pour l’enseignement français et qui soulignent en plus «le caractère prestigieux de l’école française». Historiquement, celle-ci est la plus ancienne mission étrangère implantée au Maroc et qui dispose, aujourd’hui, du plus dense réseau comptant 42 établissements qui accueillent environ 48.000 élèves dont 61% sont marocains. Même s’il est très prisé par les Marocains, cet enseignement suscite de plus en plus de mécontentement chez les familles. Celles-ci dénoncent les augmentations régulières appliquées à chaque rentrée scolaire et qui alourdissent le budget de scolarisation. Pour la prochaine rentrée 2024-2025, les hausses des frais seraient de 1.500 dirhams par an pour les écoles de Casablanca et Mohammédia.
Pour les villes de Rabat et de Kénitra, ces hausses tourneraient autour de 2.700 dirhams par an. On notera que les frais de scolarité varient d’une ville à l’autre et se situent à un niveau plus élevé dans la capitale économique. Les droits de première inscription ne sont pas non plus identiques pour tous les élèves. Ainsi, par exemple, un élève marocain paiera 48.000 dirhams pour la maternelle et 55.600 DH pour le lycée contre 39.400 et 44.000 dirhams déboursés par une famille française. Actuellement, les frais de scolarité démarrent à 53.420 dirhams en maternelle et atteignent 73.740 dirhams pour un lycée et par an. Globalement, un cursus scolaire complet, de la maternelle à la terminale, nécessitera une enveloppe de 831.080 dirhams.
À l’école espagnole, les frais sont en fonction de l’inflation
À la mission belge, qui a ouvert ses portes en 2014 et compte1.833 élèves dans ses deux établissements à Rabat et Casablanca, les frais de scolarité sont également élevés. En plus des droits de première inscription allant de 30.000 pour la classe d’accueil à 45.000 DH pour le secondaire, les parents versent des droits d’inscription annuels de l’ordre de 5.000, 6.000 et 7.000 dirhams pour les niveaux de maternelle, primaire et secondaire. À cela s’ajoutent des frais de scolarité mensuels variant entre 4.706 et 6.900 dirhams pour la dernière année. De ce fait, un cursus complet à la mission belge coûtera 555.970 dirhams.
En raison du niveau des tarifs et des augmentations régulières appliqués par les trois missions américaine, française et belge, de plus en plus de familles se dirigent plutôt vers les écoles espagnoles et italiennes. Présente au Maroc dès les années 1940, la mission espagnole a ouvert ses premiers établissements au Nord, notamment à Tétouan, Tanger, Nador, El Hoceima et Larache. Par la suite, son réseau s’est étendu à d’autres villes du pays, notamment à Laâyoune, Rabat et Casablanca, où elle dispose de la plus grande école, Juan Ramón Jimenez. Le réseau espagnol compte onze établissements et accueille 6.000 élèves dont 60% sont des nationaux.
La mission espagnole est, avec l’école italienne, le deuxième système d’enseignement étranger abordable. Les frais de scolarité sont de deux types : pour les élèves de nationalité espagnole, ils sont fixés à 8.500 dirhams par an. Les Marocains paieront un peu plus cher l’année, soit 22.000 dirhams. Ces frais sont les mêmes pour tous les niveaux scolaires et ne connaissent qu’une petite variation en fonction de l’inflation. Selon un parent d’élève, «les frais ont augmenté de 500 dirhams depuis l’inscription de ma fille il y a sept ans». On notera que les parents ne paient pas de droits d’entrée en début de scolarisation de leurs enfants. Celle-ci revient globalement de la petite section à la terminale à 330.000 dirhams.
Avec une seule école à Casablanca, Enrico Mattei, la mission italienne propose aux parents un tarif abordable et une journée moins chargée, puisque les cours s’arrêtent à 14 heures. Les après-midis libres font le bonheur des familles, mais les tarifs encore plus. Ces derniers vont de 20.000 à 31.000 dirhams en fonction de la classe. Pour un cursus de 13 années (primaire, collège et secondaire), les familles déboursent près de 300.000 dirhams.
Les différentes écoles étrangères justifient le niveau des tarifs par la qualité de l’enseignement qui est identique à celui des pays d’origine et les infrastructures mises à la disposition des élèves. Si au départ les familles adhéraient à cette thèse, aujourd’hui elles sont nombreuses à remettre en cause ces arguments et contestent les hausses «illogiques et abusives» décidées et imposées par les établissements. Pour certains parents, «la réputation largement partagée présentant les écoles étrangères comme des incubateurs d’élites n’est plus actuellement vérifiée. Preuve en est le classement des bacheliers de l’école publique au niveau des grandes écoles françaises». En dépit de ce constat, ces mêmes sources se plient à la réalité : «Les écoles étrangères restent une alternative pour pallier la défaillance de l’école marocaine. Et nous devons payer le prix pour la réussite scolaire, professionnelle et sociale de nos enfants !».
