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Intissar Haddiya : «Médecine et écriture sont deux facettes de ma personne qui sont indissociables»
Auteure de nombreux travaux scientifiques médicaux et engagée dans la promotion du don d’organes, l’écrivaine nous parle de son dernier livre qui traite de la place de l’éthique dans les établissements de santé en Afrique.
Née en 1981, Intissar Haddiya est une jeune médecin marocaine. Elle est professeure agrégée de néphrologie à la faculté de médecine d’Oujda, présidente de l’Association de soutien aux insuffisants rénaux d’Oujda et ancienne vice-présidente de la Société marocaine de néphrologie. Outre son militantisme associatif et son métier de médecin, Intissar est écrivaine, romancière et auteure de nombreux travaux scientifiques médicaux. Elle compte à son actif trois romans (Si Dieu nous prête vie ; L’inconnue : Trahison pieuse), un recueil (Au fil des songes) et un livre académique (Responsabilité sociale en santé : Quelle application en Afrique ?).
Médecin néphrologue, professeur de médecine, militante associative et écrivaine et romancière. Où trouvez-vous du temps pour vous adonner à votre passion, l’écriture ?
On me pose souvent cette question : comment je concilie entre mon métier de médecin et ma passion d’écrivaine. Ce sont là deux facettes de ma personne qui se complètent. Et comme je le dis si souvent, je n’y pense même pas. Je vis pleinement ma vie de médecin, et je ne vous cache pas que je ne me vois exercer aucune autre profession. J’aime beaucoup la dimension humaine de ce métier et j’en puise beaucoup de satisfaction. Le fait qu’avec du sérieux, de la bonne volonté et de l’écoute on peut apporter beaucoup aux personnes qui souffrent, leur être utile, n’a pas de prix. C’est un métier qui, si pratiqué correctement, façonne le praticien pour le mieux et fait mûrir le regard que l’on porte sur la vie et éloigne du futile et du superflu. Pour ce qui est de l’écriture, je m’y adonne chaque fois que je peux, sans pour autant obéir à un vrai rituel au vu de la nature de mon métier. Mais chaque fois que j’ai l’occasion de le faire, c’est un véritable enchantement. Ce sont des moments d’évasion hors du temps et de l’espace que je savoure pleinement. On dirait une réalité parallèle où tout est possible. C’est l’occasion de créer, s’interroger, se réinventer, s’indigner et inviter le lecteur à faire de même. Au final, médecine et écriture sont deux facettes de ma personne qui sont indissociables.
Vos premiers essais littéraires étaient publiés en langue anglaise. Aujourd’hui, vous avez entamé un travail de traduction de tous vos livres et romans en anglais…
Effectivement, mon ouvrage «Au fil des songes», publié en 2017 par St. Honoré éd. (Paris), vient d’être traduit en anglais. Il est publié par Austin Macauley Publishers (Londres) et sera en librairie dans les prochains jours. Mon roman «Si Dieu nous prête vie», St. Honoré éd. (2016), vient également d’être traduit à l’anglais. Et je tiens à préciser que je m’intéresse aussi à la traduction arabe. D’ailleurs, la traduction arabe de mon roman «L’inconnue» en 2021 (Orion Casablanca) a connu un remarquable succès. Vous savez, la traduction est actuellement omniprésente dans la production littéraire à l’échelle mondiale. Elle joue un rôle clé dans la diffusion des textes, ainsi que pour véhiculer la pensée et porter la voix des auteurs. Partout, les écrivains s’inscrivent dans un esprit d’ouverture et souhaitent que leurs travaux soient lus par-delà leurs frontières. Aujourd’hui, l’anglais est un outil qui permet cette ouverture. Dont acte !
Votre dernier livre traite de la responsabilité sociale au sein du secteur de la santé. Vous avez effectué un benchmark africain. Pourquoi le choix de cette thématique ?
Le concept de responsabilité sociale n’a pas beaucoup pénétré l’environnement des soins de santé à but non lucratif. Peu d’études y étaient consacrées au niveau des hôpitaux publics. En outre, aucune étude africaine explorant ce concept du point de vue des parties prenantes internes (médecins) et externes (patients) n’était réalisée dans notre continent. D’où l’intérêt de l’enquête que nous avons réalisée au niveau de dix pays africains, dont le Maroc, représentant les cinq régions africaines. L’enquête a tenté d’apporter un éclairage sur ce sujet et contribuer à la réflexion sur les facteurs influençant la responsabilité sociale des hôpitaux africains en matière de prise en charge des maladies chroniques coûteuses.
Que ressort-il de cette enquête ?
Notre travail a montré qu’une faible proportion de patients avait une bonne perception de la responsabilité sociale des hôpitaux. En effet, les patients étaient globalement satisfaits de la prise en charge thérapeutique, en l’occurrence l’implication des soignants dans le processus des soins. Cependant, l’environnement, les conditions générales de l’hôpital, l’accessibilité et l’équité des soins étaient globalement insatisfaisants. Une association positive significative était notée entre l’existence d’une couverture sanitaire, le revenu du pays, ses dépenses publiques en santé et en éducation et la perception de la responsabilité sociale des hôpitaux par les patients. En ce qui concerne les médecins, la majorité des participants pensaient que leurs hôpitaux n’étaient pas socialement responsables, et avaient soulevé un certain nombre de facteurs entravant la responsabilité sociale des hôpitaux africains, tels que la pénurie des professionnels de santé, la mauvaise gouvernance, les infrastructures inadaptées, ainsi que des facteurs liés au système de santé (faibles budgets nationaux, coût des soins et absence de couverture sanitaire).
Au Maroc, la réforme du système national de santé est en marche. Quel regard portez-vous sur cette réforme, notamment sur son volet éthique ?
La refonte du système de santé est effectivement sur la bonne voie dans notre pays, avec comme mesures phares le chantier colossal de la généralisation de la couverture sanitaire et la création des groupements sanitaires territoriaux (GST) qui vont transformer le mode de gestion des établissements de soins, avec un pilotage régional par les centres hospitaliers universitaires.
L’objectif de ce dernier chantier est de mutualiser les ressources humaines et financières et permettre l’efficience et l’optimisation des coûts. L’éthique a toute sa place dans cette réforme qui a pour buts essentiels de réduire les inégalités d’accès aux soins de santé et d’assurer la qualité de la prise en charge médicale des populations.
Un prochain roman en perspective ?
Bien évidemment. J’ai toujours écrit et je continue à le faire avec le même enthousiasme et la même candeur de ma prime jeunesse. Oui, je suis sur un nouveau roman qui sortira bientôt et dont l’écriture me procure beaucoup de joie. Je n’en dirai pas plus, car, en général, je ne partage ce genre d’informations avec mes lecteurs qu’au moment opportun.
