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Épargne-retraite : Les compagnies d’assurance se montrent généreuses

Deuxième contributeur aux primes émises, l’épargne-retraite poursuit sa hausse. Les dispositions de la Loi de finances n’ont pas eu raison de la collecte. Les taux servis au titre de l’exercice 2022 dépassent les 3,6% bruts.

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L’épargne-retraite prend de l’ampleur d’année en année. Au premier trimestre de cette année, l’encours des primes émises s’est situé à 4milliards de dirhams, en hausse de 11% par rapport à fin mars de l’année précédente. C’est dire qu’en dépit de l’appréhension de nombreux épargnants vis-à-vis des nouvelles dispositions fiscales de la Loi de finances 2023 visant ce produit, la collecte s’est poursuivie.

Quelques rachats ont été enregistrés ici et là, de crainte de la taxation, jugée forte par certains, en cas de sortie sans remplir les conditions exigées pour bénéficier d’une défiscalisation; mais sans grand impact sur la collecte. Actuellement, ce segment représente 77% de la branche de l’assurance-vie. Il reste parmi les grands contributeurs aux primes totales émises, toutes catégories d’assurance confondues. Sa part s’affiche alors à 24%, pas loin de l’assurance automobile dont la part est d’environ 30%.

Du côté de la rémunération, ce produit de placement reste de loin plus intéressant que les autres. Les compagnies d’assurance ont proposé en cette année un taux de rendement variant entre 3,4% pour Attijariwafa bank et 3,65% pour le CIH, résultant des placements réalisés au titre de l’année dernière. Une rémunération dépassant largement les réalisations du marché actions qui a fini l’année sur une contre-performance de 19%, ou encore le rendement des dépôts à terme qui a tourné autour de 2,5% bruts.

Rémunération de l’épargne, plus intéressante
Même le marché de la gestion collective de l’épargne a marqué le pas, en raison de la hausse des taux obligataires qui a eu pour effet de dévaloriser le stock de titres obligataires détenus. Mais comme les nouveaux titres ont été acquis à des taux des plus intéressants, dépassant même les 5%, les assureurs ont adopté une politique de distribution volontairement généreuse, afin de mieux valoriser l’épargne de leurs clients… stratégie de fidélisation oblige.

Sachant que l’épargne-retraite reste tout de même protégée avec un taux de rémunération assuré, les épargnants s’y orientent, ne serait-ce que pour diversifier leur placement et compenser les risques courus dans le placement dans d’autres produits à rendement non garanti. Il faut savoir que le taux minimum garanti, communiqué par l’ACAPS et mis à jour annuellement, n’est plus d’actualité. Actuellement, l’autorité intervient pour définir un taux maximum semestriel pour rémunérer l’épargne rachetée avant la détermination du taux de rendement annuel. Il est de 1,87% pour le premier semestre de cette année.

Ce qui n’est pas le cas de l’épargne-retraite en unités de compte, représentée le plus souvent par des parts d’OPCVM. Cette sous-branche est en perte de vitesse: son encours a enregistré un recul de 56% le trimestre précédent pour s’établir à 215 MDH. En 2022, l’encours des primes émises a affiché un repli de 30% à 1,4 MMDH, avec une baisse remarquable pour le seul dernier trimestre de 49%. Ces contre-performances résultent de la combinaison de deux facteurs : repli du marché actions et hausse des taux obligataires. Rappelons qu’en 2021, ce produit était plébiscité et enregistrait même une croissance à deux chiffres d’une année à l’autre. La tendance baissière de cet encours est certes le fait d’une décollecte ces deux dernières années, mais aussi de la possibilité qu’offrent les assureurs de transférer les primes collectées au niveau des contrats d’épargne en unités de compte vers les contrats d’épargne en support dirhams.

En fait, l’arbitrage est quasi systématique entre ces deux sous-segments. Lorsque la tendance du marché boursier est haussière, l’on s’oriente vers les produits en unités de compte et vice versa.

6% des marocains ont une épargne
La branche de l’épargne-retraite, bien qu’elle représente 22% des primes globales émises par le secteur, reste encore de loin la plus demandée par les Marocains. Comme le montre le baromètre de l’inclusion sociale publié récemment par l’ACAPS, la pénétration des produits d’assurance est faible chez les particuliers. Si l’on exclut la couverture automobile où 26% des répondants ont déclaré en bénéficier, 6% seulement des sondés ont affirmé avoir souscrit à un produit d’épargne, qu’il soit de retraite, d’éducation ou de capitalisation.

Même en termes de notoriété, l’épargne-retraite s’adjuge la deuxième position, avec 54% des répondants qui ont assuré prendre connaissance de ce produit, même s’ils n’en bénéficient pas forcément, contre 83% pour l’assurance automobile. D’où l’effort de sensibilisation et de communication que l’ensemble des parties concernées devraient déployer afin de démocratiser davantage l’intérêt de ce produit.


La LF 2023 encourageante pour une épargne longue

Alors qu’elle est censée pousser les particuliers à constituer une épargne long terme, de nombreux particuliers ont tiré profit d’une défiscalisation d’une partie de leurs revenus en les orientant vers l’épargne-retraite. La Loi de finances 2023 a mis fin à ces pratiques qui représentent un manque à gagner fiscal considérable pour les caisses de l’Etat. En même temps, elle a assoupli d’autres dispositions. Ainsi, une retenue à la source des montants bruts des rachats des cotisations de 15% est appliquée sans abattement ou étalement pour les assurés ne respectant pas les conditions d’âge et de durée du contrat. En revanche, l’abattement a été relevé de 40 à 70% sur le montant de la rente qui n’excède pas 168.000 DH et a été maintenu à 40% pour le surplus et le bénéfice de l’étalement sur une période de 4 ans. De plus, l’âge requis pour bénéficier de sa retraite à taux plein a été abaissé à 45 ans au lieu de 50 ans exigés auparavant.