Influences
Ces jeunes qui vivent dans une bulle
Ils sont nés avec une cuillère en or dans la bouche. Ces jeunes privilégiés ont certes un mode de vie particulier, mais ont parfois les mêmes problèmes que leurs pairs moins nantis…
L’adolescence dorée, c’est tout un mode de vie. Pour ces jeunes, la vie est souvent taillée à l’avance par les parents. Inscrits dès la naissance dans des crèches huppées qui leur ouvrent les portes des écoles étrangères pour s’envoler vers des universités et autres écoles internationales. Cette jeunesse «dorée» se démarque alors par ses cursus scolaires, ses loisirs, ses fréquentations et son éducation aussi. Certains diront même qu’ils vivent dans une bulle…
En effet, un tour à la sortie des classes marocaines privées ou des missions étrangères permet de mesurer le gap existant entre les jeunes du Maroc. Ces jeunes «favorisés», garçons et filles, sont habillés au dernier cri : baskets, vêtements et accessoires (sacs, cartables, casquettes, etc.) de grandes marques. Sans oublier les tatouages et piercings qui sont de plus en plus en vogue. Branchés – et pour le rester –, il faut faire son shopping dans les boutiques de luxe, dîner aux meilleures tables, s’équiper du dernier iPod avant même sa sortie au marché de Derb Ghallef.
Outre le paraître, ils se distinguent également par leur langage mêlant un chouia d’arabe dialectal au du français, anglais ou espagnol. Et pour faire les durs, certains rajouteront des «Wach frère, Sat».
Argent de poche (carte bancaire SVP !) et chauffeurs à disponibilité leur ouvrent les portes des endroits les plus huppés de la ville pour leurs loisirs. Ainsi, le passage matinal au Starbucks est sacré. Le midi, quand l’emploi du temps est serré, ils se font livrer les repas venant de diverses enseignes de fast-food, des bars à salades et autres restaurants healty, vegan, etc. Entre deux bouchées, ils mettent au point les derniers détails du posage du mercredi après-midi ou du samedi suivant. Ils sont de toutes les sorties de tous les spectacles…
Aux côtés de ces «plans perso», ils sont, quand même, contraints de réserver du temps aux activités parascolaires, très souvent imposées par les parents : cours de piano, de violon, de danse dans des ateliers étrangers, natation ou encore théâtre pour «mieux s’affirmer» et surmonter «une timidité prononcée, un manque de confiance en soi ou un trouble du langage».
La jeunesse dorée a aussi des problèmes…
Ils sont également inscrits, lorsque les parents sont sensibles à l’éducation par l’art, à des ateliers de peinture, d’écriture ou encore de dessin pour améliorer les capacités de réflexion et à l’imagination. Cependant, cette vie fantasmée par des parents nantis n’est pas si dorée que cela. Selon Ghita El Khayat, psychologue et anthropologue, «l’argent n’est pas une solution à tous les problèmes. Dans mon cabinet, je reçois des jeunes et des parents qui ont besoin d’un suivi et d’un appui pour surmonter des situations de mal-être dues à plusieurs problématiques». Addictions, violences, rapports conflictuels avec les géniteurs ne sont pas exclusifs aux couches sociales défavorisées, mais marquent également le quotidien des jeunes privilégiés. Mais sont-ils réellement privilégiés ? Selon certains sociologues, «au niveau de l’enseignement, par exemple, le privilège de l’argent leur permettant de faire des études à l’étranger n’est pas pour autant une garantie pour exceller dans leur cursus». Et, poursuivent-ils, «ils ne sont pas à l’abri non plus des drogues et des problèmes familiaux qui les placent dans la même case que les autres jeunes». Et le suivi et la prise en charge par les familles ne sauvent pas toujours… Mais, soulignent les sociologues, «ils sont, parce que quelque part protégés par la famille, moins stigmatisés par la société». In fine, on constatera que certains jeunes passent leur vie à marcher sur des chemins boueux, alors que d’autres courent sur des routes pavées d’or. Ce qui compromet l’égalité des chances et rend nécessaires, concluent des sociologues, «des mesures et des politiques publiques de prise en charge et d’accompagnement des jeunes et adolescents».
