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Influences

Production audiovisuelle : Pôle public en pole position

«Al Aoula» et «2M» poursuivent leurs efforts pour positionner l’offre publique de fiction sur le marché local, voire cherchent visibilité à l’extérieur. Crainte au départ, l’arrivée de MBC 5 aura surtout participé à «benchmarker» la production marocaine.

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A suivre le paysage audiovisuel marocain, sur les dernières années, l’on se rend compte d’une réelle évolution de la production nationale. Non seulement au niveau quantitatif mais aussi d’un point de vue qualitatif.

La multiplication des projets, particulièrement en ce qui concerne la fiction, en donne la démonstration. Ce qui se traduit aussi en termes d’audience. D’autant plus que, mis à part l’idée reçue selon laquelle il y aurait une migration des téléspectateurs vers les chaînes étrangères, le public marocain donne la preuve d’un réel engouement pour ses «propres images».

Tout compte fait, on parle d’une part d’audience qui dépasse les 50% et qui atteindrait les 80% au cours du mois de Ramadan. Certes, d’aucuns parleraient d’un phénomène conjoncturel, puisque l’on assiste à une concentration de la diffusion au cours de ce mois, mais la production, elle, coule pratiquement sur toute l’année. Avec ces deux moments-repères qui sont les appels d’offres émanant des deux chaînes du pôle public, Al Aoula et 2M.

Le pôle public mise de plus en plus
Six mois avant Ramadan et un mois après, les projecteurs des producteurs, scénaristes, réalisateurs et autres acteurs sont braqués sur la publication desdits appels d’offres. Ce qui est plutôt compréhensible, du fait qu’il s’agit d’une aubaine annuelle qu’il ne faut surtout pas rater. Car c’est par le truchement de cette lucarne que les producteurs font valoir leur capacité et que les réalisateurs et acteurs assurent leur visibilité. Or, au fil des saisons, cette galaxie se tourne surtout vers les «lots» Série de fiction, feuilleton, mini-série et Série Premium. On est, en plein, dans ce qu’on qualifie de «thématique familiale, sociétale et fédératrice».
Étant entendu qu’il s’agit de «produits qui se consomment en famille» et qui, par essence, doivent rassembler un maximum de monde. C’est d’autant plus important pour les chaînes publiques, puisque ces programmes répondent à un souci commercial et, du coup, doivent être «vendables» aux annonceurs. Par ailleurs, l’évolution de cet écosystème a induit une concurrence acharnée entre les boîtes de production qui se retrouvent sur les starting-blocks au moment du lancement de ces appels d’offres. Et cela ne concerne pas uniquement la douzaine de maisons agréées par le CCM et qui peuvent se prévaloir d’un chiffre d’affaires de 10 millions de dirhams annuellement. C’est qu’elles se comptent par centaines les petites maisons de prod’ dans un secteur marqué par sa jeunesse et qui a à peine deux décennies dans sa configuration professionnellement structurée. Mais qui néanmoins peut se targuer d’avoir atteint une certaine maturité, grâce notamment à l’implication du pôle public et qui se confirme de plus en plus. La preuve par les budgets mobilisés qui vont en augmentant et, selon le genre et la durée, pour un récent appel d’offres de SOREAD-2M à titre illustratif, vont de 390.000 dirhams l’épisode à 1,5 MDH pour une Serie Premium. C’est dire que côté engagement financier, le pôle public est prêt à casser la tirelire. Car, pour faire face à la concurrence, il faut être bien armé en mettant à ses côtés les munitions nécessaires. Au top management du pôle public, on l’a bien compris et on ne lésine pas sur les moyens. Or, tant que le public répond présent, cela signifie qu’on est sur la bonne voie. Toujours est-il que la guerre n’est pas gagnée d’avance, même quand on gagne des batailles au fil des épreuves.
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le tentaculaire groupe MBC est venu frapper aux portes du paysage audiovisuel marocain il y a quelques années, en misant sur une «percée».

L’arrivée de MBC 5, un levier de benchmarking
Ainsi, avec l’arrivée de MBC 5, orientée vers les publics du Grand Maghreb, c’était une nouvelle expression que le marché local demeure porteur. Un avènement qui n’a pas manqué d’insuffler une nouvelle dynamique au tissu formé par les boîtes de production marocaines qui sont sollicitées par les «producteurs indépendants», ayant notamment pignon sur rue au Moyen-Orient, qui agissent au nom du mastodonte saoudien, nous indique un connaisseur du secteur. Sur ce segment, nombreuses sont les boîtes de production qui essaient de séduire certains scénaristes pour les «vendre» à cette chaîne.
C’est qu’il lui faut disposer d’une grille de programmes à même d’attirer le maximum d’audience et, partant, assurer le positionnement de la chaîne dans l’espace audiovisuel domestique et drainer de la publicité. Ce qui s’est traduit notamment par la production de plusieurs séries et autres feuilletons, voire des émissions, au cours des dernières années. Avec le produit-phare «Salamte abou Al Banat» qui vient de clore sa cinquième et dernière saison. Là encore, la course aux têtes d’affiche bat son plein. Côté budgets, ce n’est pas la «révolution promise» au départ, surtout que ces producteurs se sont pratiquement alignés sur ce qui prévaut sur le marché marocain.
En effet, grosso modo, les budgets débloqués ne diffèrent que légèrement par rapport aux investissements consentis par le pôle public. Dans le milieu, on avance des estimations entre 5 et 7 MDH la série. Mais il n’en demeure pas moins que cela a créé de nouvelles opportunités pour la production locale et pour tous les acteurs qui évoluent dans son orbite, relève un producteur de la place. Plus encore, cela a permis d’étaler un peu plus sur l’année le rythme de la production. Mais cela a aussi engendré une course effrénée vers les têtes d’affiche que compte le paysage audiovisuel marocain sans pour autant impacter, de manière significative et à quelques exceptions près, les cachets des acteurs. Dans la même lignée, les marges des producteurs sont restées dans la fourchette de 7 à 12%.
Mais aussi et surtout l’arrivée de cet opérateur, qui avait promis de faire exploser les budgets, aura surtout offert l’occasion pour la production marocaine de se «benchmarker» par rapport à ce qui prévaut au niveau du Moyen-Orient, relève ce producteur. Une visibilité qui se confirme de plus en plus, et qui sera davantage soulignée avec les projets de doublage, concernant pour le moment les feuilletons «Bnat El Assass» ou encore «El Mektoub». Deux fictions qui ont cartonné du point de vue audience télévisuelle, mais aussi peuvent se prévaloir de plus de visibilité au niveau d’internet. Le cas notamment d’El Mektoub (I et II) qui est à 200 millions de vues sur YouTube. Autant dire que la concurrence qui s’installe dans les différents canaux promet de belles réalisations en perspective. Les maisons de production le savent et s’y investissent pour encore faire mieux. Et une bonne partie de la bataille va se jouer sur le front digital. Conscient des changements des modes de consommation de la production audiovisuelle, le pôle public mise fort sur cette lucarne. Un Netflix aux couleurs marocaines pointe, d’ailleurs, à l’horizon.


Couacs à régler
A chaque appel d’offres, ils seraient quelque 300 projets qui débarquent sur la table de la Commission ad hoc des chaînes de télévision. C’est dire la masse de travail à abattre pour dénicher les «perles» où le souci commercial et l’apport artistique devraient faire bon ménage, notamment en ce qui concerne les fictions. D’où, justement, la problématique de mettre la main sur les têtes d’affiche qui ne courent pas les rues. D’ailleurs, c’est l’une des raisons qui font que ce sont pratiquement les mêmes têtes qui reviennent souvent. Et comme le temps ne permet pas les «transformations», le public a l’impression de suivre les mêmes œuvres. Ceci d’autant plus que les tournages se font dans la même fourchette temporelle. Surtout quand certains acteurs courent plusieurs lièvres à la fois en étant sur plus d’un plateau de tournage. Une équation qui reste à résoudre, sachant que ce n’est pas le recours aux «influenceurs-influenceuses», sujet à émotions ces derniers temps, qui serait la solution. Car, nous dit un producteur, seul un vrai comédien est capable de porter un personnage. Mais il ne s’agit là que d’un problème parmi d’autres et qui n’a rien à voir avec les fonds, mais de leur usage. C’est du scénario qu’il est question. Sur ce point, nous dit notre producteur, il est judicieux de miser davantage sur cet aspect qui est et reste la pierre angulaire de toute fiction. Pour notre interlocuteur, le vrai problème réside dans une «situation de pauvreté de la production littéraire». D’où le fait qu’on se retrouve, globalement, dans la même trame narrative où les ingrédients des thématiques sociétales sont les mêmes, alors que ce cycle vertueux gagnerait à jouer la carte de la diversification.