Influences
Les cybercafés résistent et se découvrent un nouveau business
La montée en puissance de la connexion mobile et de la 4G a apporté du confort à l’utilisateur : facilité, disponibilité, confidentialité… Du coup, les cybercafés n’ont plus aucune utilité. Sauf s’ils en inventent une nouvelle. Les détails.
Naguère partout, dans les boulevards, les rues et les quartiers, les cybercafés servaient de refuge pour les jeunes et les adultes désireux de surfer sur internet, de chatter, accessoirement d’étudier et rarement de se tenir informés.
À l’heure où les avancées technologiques et la connectivité mobile ont pris une part de nos rituels, la fréquentation de ces lieux est devenue inexistante. Ils n’ont pas pour autant complètement disparu.
Au contraire, ceux qui ont su résister sont devenus une activité aujourd’hui florissante, grâce à la digitalisation des services publics. «La plupart des cybercafés ont fermé leurs portes, sauf ceux qui ont pensé à des alternatives pour surmonter la crise et opter pour une activité similaire et rentable», nous confirme le gérant d’un cybercafé.
Pour maintenir la tête hors de l’eau, les cybercafés se sont métamorphosés d’abord en centres de copies, une activité jadis également à part entière, puis ont commencé à proposer différents services et multiples prestations allant de l’impression jusqu’au règlement des factures et paiement des impôts. Ils en sont au «consulting». «À chacun son activité et son rythme, il y en a ceux qui se contentent de l’impression des documents et la vente des fournitures de bureau, des accessoires, du matériel informatique et scolaire… et il y en a d’autres qui sont allés jusqu’à l’obtention de patente pour gérer les documents administratifs», nous précise-t-il.
De simples espaces de navigation à des hubs de prestations administratives et conseils
Confirmation : en plein centre-ville de Casablanca, c’est le rush devant l’un des rares cybers new age. La plupart des clients présents venus en nombre sont là pour de nouvelles prestations. Certains veulent se faire aider pour les services en ligne de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), d’autres pour demander conseil pour un meilleur score du Registre social unifié (RSU). D’autres encore pour des prestations liées aux services digitalisés des tribunaux, comme le Registre de commerce, les impôts, la déclaration annuelle des revenus ou le paiement d’une taxe…
Dans ce genre de cas, le gérant est à la fois prestataire de service et consultant.
«La plupart de nos clients sont là pour déposer des demandes en ligne, pour des inscriptions et pour remplir des formulaires. Il s’agit généralement des personnes âgées, illettrées, défavorisées, ou encore des personnes pressées qui n’ont pas le temps de consulter les plateformes et les sites web», nous a confié une employée.
Par ailleurs, ces locaux connaissent un grand engouement des demandeurs d’achat et vente de véhicules, de changement de carte grise et tout autre service de la Narsa. Sans oublier qu’actuellement la plupart des cybers s’occupent également de la prise de rendez-vous pour le dépôt de nouvelles demandes pour obtenir le passeport biométrique, la carte nationale et le casier judiciaire.
Chaque service a son tarif. Les prix vont de 0,50 dirham pour une impression normale jusqu’à 2.500 dirhams pour des services plus avancés, comme les flyers, dépliants et entêtes. Le remplissage d’un formulaire en ligne peut coûter environ 20 dirhams.
Le business model n’est certainement pas encore arrêté. Les gérants sont d’ailleurs très évasifs quand il s’agit de chiffre d’affaires ou de rentabilité. Les revenus sont relatifs et liés à différents facteurs. «Ils dépendent d’abord du lieu d’installation, les cybercafés/centres de copies installés aux alentours des écoles, des administrations, des cliniques, des arrondissements et des tribunaux peuvent gagner beaucoup plus que ceux situés dans des quartiers calmes et isolés», affirme un gérant.
D’autre part, «il existe des périodes de l’année où notre activité peut s’avérer particulièrement lucrative, notamment pendant la période de dépôt des demandes d’inscription au programme de Loterie de Visa de Diversité, organisée annuellement par les États-Unis, la rentrée scolaire et les occasions similaires», nous indique-t-il. Toujours est-il, pour ceux qui ont su se convertir à temps et donc ont acquis assez d’expérience, c’est un filon qu’ils tiennent là sans doute pour quelques années encore. La digitalisation des services publics allant crescendo.
