Influences
Les antiquaires : La passion de conserver des fragments de l’Histoire…
Chiner est un voyage à travers le temps. Chaque article a une histoire racontée avec passion par les antiquaires. Exigu, ce marché s’adresse à de fins connaisseurs.
Longeant les ruelles, étroites et aux pavés irréguliers, du Souk Ould Mina à Hay Hassani, on ne soupçonnerait pas l’existence de ces petites cavernes de Ali Baba où l’on se sent transporté dans le temps et où s’entremêlent les époques, les styles, les formes et les couleurs.
Leurs murs sont chargés d’histoires et chaque objet a une histoire que le maître des lieux s’empresse de raconter. L’air est épais de l’odeur du bois ancien et du cuir patiné, créant une ambiance chaleureuse et accueillante.
Dès que l’on y pénètre, les yeux sont immédiatement attirés par la profusion d’objets qui s’entassent sur les étagères, sur des tables ou à même le sol.
Des vases en porcelaine fine côtoient des livres anciens aux reliures de cuir, des meubles en bois sculpté, des services de vaisselle en porcelaine, des lustres, des statues en bronze, en cuivre ou en bois. Guidé par l’antiquaire à travers les passages étroits de la boutique, l’on découvre des époques, des personnages et l’amour de l’antiquaire qui a passé sa vie à collectionner ces trésors.
La passion des propriétaires de ces boutiques explique que le métier d’antiquaire est bien plus qu’un simple commerce. «C’est une quête constante de découvertes, une recherche minutieuse pour retrouver des pièces rares et authentiques», explique l’un des antiquaires de souk Ould Mina.
Les sources d’approvisionnement de ce marché sont très variées. On peut en citer les successions et héritages. «Les antiquaires achètent au Maroc auprès de familles liquidant des objets et bijoux de famille», raconte Hadj Ahmed, antiquaire de la rue Mustapha Maâni, qui a déroulé, fièrement, sur la table une ancienne ceinture brodée de fils d’or qu’il vient d’acheter auprès d’héritiers venus de Fès.
Un achat qui lui a coûté 50.000 dirhams et qu’il n’a pas hésité à payer parce que «c’est une pièce unique qui trouvera facilement preneur». Et même si ce n’était pas le cas, Hadj ne s’en préoccupe pas, «car je suis passionné et cela ne me dérange pas de les conserver quelque temps dans la boutique avant de les vendre».
Outre les liquidations d’héritage, le sourcing se fait dans les médinas et les souks dans les villes de Marrakech, Fès, Essaouira ou encore Rabat, la vente aux enchères, les importations de France, d’Italie et d’Espagne ou encore les démolitions ou rénovations de maisons et de riads.
«Lorsqu’il y a des démolitions ou rénovations, on peut récupérer les zelliges et des carreaux. On peut également récupérer des meubles, des tableaux, des tapis, des luminaires et de la céramique», dit Meriem Chaouki, architecte à Rabat.
Prix en fonction de l’ancienneté et de l’authenticité de la pièce
La diversité du sourcing explique la variété de l’offre. On trouve de tout chez les antiquaires : des richesses du patrimoine marocain, des toiles de peintres naïfs, des tableaux orientalistes, des tissages rares, de l’argenterie marocaine, des lampes à huile du Haut-Atlas, des ceintures de mariées, des colliers d’ambre et d’amazonite, des bracelets en or et en argent.
Des meubles, provenant de France, datant des XVe, XVIe ou XIIe siècles. Des pièces uniques et intemporelles dont le prix est fixé en fonction de plusieurs critères qui les valorisent, dont l’authenticité et l’ancienneté, l’origine et la provenance, l’état de conservation et la rareté.
Pour un antiquaire de souk Ould Mina, «plus une pièce est ancienne plus elle prend de la valeur. Si elle est liée à une époque historique et bien conservée et restaurée, son prix ne peut qu’augmenter». Et d’ajouter, «la rareté détermine aussi le niveau du prix. Actuellement, je suis à la recherche d’un tableau de Chaibia pour l’un de mes clients qui est prêt à payer le prix fort».
Au souk Ould Mina, le prix varie entre 10 et 100.000 dirhams. Une fourchette révélant la diversité des objets vendus. Pour les antiquaires, ces objets et pièces sont inestimables. Et ils y sont même attachés. «Je ne m’empresse pas de conclure les ventes, car j’ai un peu de peine à me séparer d’une pièce (rires).
Parfois, les clients reviennent plusieurs fois avant que je ne cède», indique une antiquaire. Son métier lui a permis de découvrir que «ce marché est singulier. Les objets sont chargés d’histoire et la clientèle est bien particulière».
On notera que dans ces boutiques, il n’y a pas de foule et il y règne un silence «religieux» et respectueux, comme si les clients craignaient de perturber les objets contemplés. Souvent, selon les antiquaires, le même client vient trois à quatre reprises avant de se décider à acheter.
Le profil de la clientèle est varié : collectionneurs, passionnés d’art, amoureux de l’ancien ou des architectes ou professionnels de la décoration d’intérieur. «En effet, nous travaillons beaucoup avec les architectes et les architectes décorateurs d’intérieur.
Ces derniers viennent avec leurs clients ou seuls pour trouver la/les pièces recherchées», raconte Khadija Afifi, antiquaire à Rabat. Et Meriem Chaouki d’ajouter : «Nos clients s’inspirent de styles précis et suivent les tendances. C’est le cas, par exemple, des personnes qui voyagent beaucoup ou qui ont fait leurs études à l’étranger.
Ainsi, nous avons des clients à Casablanca ou Marrakech, qui veulent des maisons style Palm Springs. Une tendance moderniste. Alors que d’autres sont plutôt dans le rétro». Il est clair que les passionnés des antiquités ne chinent pas seulement pour décorer, mais pour voyager dans le temps…
