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Influences

La métamorphose de la formation médicale

Le Maroc a vu éclore ces dernières années un nouvel écosystème de formation médicale : les facultés et universités privées de médecine. Une alternative qui divise autant qu’elle intrigue, entre besoins en médecins, démocratisation de l’accès à la formation et préoccupations liées à la qualité.

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Longtemps bastion exclusif du secteur public, la formation médicale au Maroc connaît une mutation profonde. Depuis une décennie, un réseau dynamique de facultés privées s’est imposé dans le paysage de l’enseignement supérieur, avec des campus flambant neufs, des hôpitaux universitaires intégrés et des pédagogies résolument tournées vers la pratique.

Loin des clichés initiaux, ces établissements deviennent des piliers de la formation des médecins de demain. La pression démographique, la pénurie de médecins (le Maroc compte environ 7,3 médecins pour 10.000 habitants, loin des standards recommandés par l’OMS) et l’aspiration des jeunes à des parcours d’excellence ont accéléré l’essor de ces universités privées.

De Casablanca à Agadir, en passant par Rabat, Fès, Marrakech et Benguerir, le Maroc compte aujourd’hui sept universités privées dédiées à la médecine et aux sciences de la santé. En 2024, elles accueillent près de 3.000 étudiants, un chiffre en constante progression.

Chaque grande ville voit émerger son pôle santé, souvent adossé à un hôpital universitaire dernier cri. Face à une demande accrue en professionnels de santé, ces facultés proposent une offre complémentaire à celle du public, souvent saturée, et misent sur la qualité de l’encadrement, la proximité clinique et l’innovation pédagogique.

Figure de proue du secteur, l’Université
Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS) franchit une nouvelle étape avec l’ouverture de deux nouveaux campus à Marrakech et Agadir dès la rentrée 2025-2026. Une extension stratégique qui ancre l’enseignement médical privé dans les grandes régions du Sud.

Ces nouveaux sites accueillent trois établissements phares : la Faculté MohammedVI de Médecine (FM6M), l’École supérieure Mohammed VI d’Ingénieurs en Sciences de la santé (ESM6ISS) et la Faculté Mohammed VI des sciences infirmières et professions de la santé (FM6SIPS).

L’objectif : déployer des formations médicales, paramédicales et en ingénierie au plus près des besoins régionaux.

UM6SS : deux nouveaux pôles en 2025
De son côté, la FM6SIPS renforce les filières en soins infirmiers et professions médicales, avec des cursus pensés campus par campus selon les besoins du territoire. À Marrakech : anesthésie-réanimation, bloc opératoire, soins polyvalents.

À Agadir s’ajoutent les techniques de radiologie. Les deux villes accueilleront également leurs hôpitaux universitaires d’ici 2027, parachevant la promesse de formation intégrée.

Partout, la même ambition se dessine : Former des professionnels immédiatement opérationnels. L’UM6SS Casablanca est aujourd’hui l’un des plus grands centres privés de formation médicale au Maghreb. Fondée en 2014 par la Fondation Cheikh Khalifa, elle regroupe plus de 3.300 étudiants, dont près de la moitié en médecine.

L’établissement est adossé à deux hôpitaux universitaires (Cheikh Khalifa et Mohammed VI), où les étudiants effectuent leurs stages dès la première année. L’UM6SS est également présente à Dakhla avec une faculté de médecine, une faculté des sciences infirmières et professions de la santé, ainsi qu’une école supérieure d’ingénieurs en sciences de la santé.

Pensée comme un carrefour du savoir africain, l’Académie africaine vise à accueillir jusqu’à 3.000 étudiants venus de tout le continent. À terme, le dispositif sera complété par le Complexe hospitalo-universitaire Mohammed VI.

À Rabat, l’Université Internationale Abulcasis des sciences de la santé (UIASS) adopte une approche hybride : financée par le privé, mais investie de missions de service public. Rattachée à l’Hôpital Cheikh Zaïd, elle propose une offre diversifiée (médecine, pharmacie, dentaire, soins infirmiers, ingénierie biomédicale) et forme chaque année environ 300 étudiants.

L’UIASS revendique une pédagogie fondée sur l’apprentissage par la pratique, en immersion directe dans les structures hospitalières de la Fondation.

À Marrakech, la Faculté privée de médecine de l’Université privée de Marrakech (UPM) forme depuis 2018 des promotions à taille humaine, autour de 60 étudiants par an. Le campus, équipé d’un centre de simulation dernier cri, est relié à un CHU privé rénové par l’université.

Même logique à Agadir, où l’Université privée de la santé et des sciences (UPSSA) s’est dotée de son propre hôpital universitaire et d’un parcours de six ans orienté vers la pratique clinique dès la première année.

Casablanca accueille également la Faculté de médecine de l’Université Internationale de Casablanca (UIC), qui propose un environnement académique rigoureux, des laboratoires de simulation médicale, avec un accent fort sur la recherche appliquée.

À Rabat, l’Université Internationale de Rabat (UIR), connue pour ses cursus d’ingénierie, s’engage elle aussi dans les sciences de la santé, avec un hôpital universitaire de 450 lits et une stratégie ambitieuse de développement.

À Fès, l’Université Euromed a mis en place un pôle santé multidisciplinaire : médecine, pharmacie, biomédical, biotechnologie, mais aussi agroalimentaire et ingénierie des protéines. Une offre intégrée qui reflète une vision élargie de la santé, à la croisée des sciences du vivant et de la technologie.

À Benguerir, la Faculté de médecine de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) incarne un modèle novateur. Lancée il y a deux ans, elle forme une centaine d’étudiants autour d’une approche axée sur le Learning by Doing, la simulation et les projets multidisciplinaires. Son ambition : bâtir une Smart Health Care City, en synergie avec les grands enjeux de santé publique, de biotechnologie et de médecine régénérative.

Un coût élevé, des bourses en renfort
Si ces formations privées offrent un encadrement de qualité, elles restent réservées à une frange socialement privilégiée : le coût moyen annuel oscille entre 120.000 et 150.000 dirhams. Une barrière de taille, même pour des étudiants brillants.

Pour y remédier, certains établissements ont mis en place des dispositifs de soutien. À l’UM6P, par exemple, près de 70% des étudiants bénéficient de bourses, tandis que les autres s’acquittent de frais modulés selon les revenus familiaux.

Autrefois marginalisées, ces facultés sont aujourd’hui reconnues par l’État, intégrées au système national d’enseignement supérieur, et leurs diplômes sont habilités. Le seuil d’admission s’y situe généralement entre 14,18 et 14,40/20, preuve du niveau d’exigence académique.

Hier regardées avec scepticisme, les Facultés de médecine privées sont aujourd’hui en blouse blanche dans la cour des grands. Sélectives, modernes et de plus en plus accessibles grâce aux bourses, elles offrent une alternative crédible – et souvent enviée – au circuit public.

Avec leurs campus high-tech, leurs hôpitaux intégrés et leur pédagogie immersive, ces établissements forment une génération de médecins bien dans leur époque.