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Influences

La même troupe, deux chaînes, et la relève en pointillés

Derrière la montée en puissance de la fiction ramadanesque, une autre question revient en boucle : qui occupe l’écran, et pourquoi toujours les mêmes ? Entre têtes d’affiche multi-cartes et rares percées, la grille raconte aussi une industrie qui tourne en circuit court.

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La fiction marocaine de Ramadan 2026 a beau afficher une ambition plus narrative, elle trahit, à chaque générique, une mécanique plus têtue : celle du casting qui se répète.

Les grilles de la SNRT et de 2M donnent l’impression d’un paysage en mouvement, mais peuplé d’une troupe stable, presque interchangeable, qui passe d’un décor à l’autre comme on change de plateau.

On ne parle pas ici de «talent» – il y en a, et il porte souvent les histoires –, mais d’un réflexe de concentration. Lorsqu’il s’agit d’assurer le ftour et le prime, on revient aux visages éprouvés, ceux qui «tiennent» l’audience parce qu’ils sont déjà identifiés.

Côté SNRT, l’heure sensible de l’après-Adhan condense cette logique. «Attaman» met en avant Abdellah Ferkouss et Sahar Seddiki, «Al Mardi» aligne notamment Haytam Miftah, Oussama Ramzi et Meryem Zaïmi, «Och Tmâa» convoque Saâdia Ladib et Amine Ennaji, et «Chkoune Kane Igoul» réunit Ibtissam Laaroussi, Farah Fassi et Meryem Bakouch.

Dans une même tranche, ce ne sont pas seulement des personnages qui reviennent d’épisode en épisode : ce sont des trajectoires d’acteurs qui se croisent et se recroisent, au point que l’on finit parfois par regarder une nouvelle fiction avec une sensation de déjà-vu, avant même d’entrer dans l’histoire.

Le phénomène devient plus visible quand un même nom déborde de son rôle pour occuper plusieurs territoires dans la même saison. Meryem Zaïmi, par exemple, est annoncée à la fois dans une fiction de la SNRT et à la présentation du divertissement «Mattihch Ela Lbal 2».
À l’échelle d’une chaîne, c’est une stratégie de familiarité: une figure connue sert d’aimant, on la place là où il faut «retenir».

À l’échelle d’un secteur, c’est aussi un indice: la circulation des têtes d’affiche est intense, et la réserve de visages immédiatement bancables semble, elle, plus limitée.

Sur 2M, la logique est moins frontale, mais tout aussi parlante. La chaîne annonce «Ba Lahbib» avec Abdellah Ferkous, Hasnaa Moumni et d’autres noms installés.

Or, le même Abdellah Ferkouss est également mis en avant par la SNRT dans «Attaman». Ramadan fabrique une hypervisibilité de quelques profils, à telle enseigne qu’un téléspectateur peut retrouver, la même semaine, le même acteur sur deux chaînes concurrentes, dans deux univers supposés différents.

La répétition ne touche pas seulement les «stars» de l’humour. Elle traverse aussi la fiction, par capillarité. Sahar Seddiki apparaît dans «Attaman» et figure aussi dans une série de prime, «Caftan Khadija». Sur 2M, elle est également citée dans la capsule «Yawmiyat Mahjouba wa Tibariya».

À ce stade, ce n’est plus une présence, mais une saison en mosaïque, où les mêmes visages deviennent des passerelles entre les formats, du sketch au feuilleton, du plateau au décor.

Ironie ramadanesque
Pourtant, la grille raconte aussi – plus discrètement – un effort de renouvellement. Le meilleur exemple, cette année, vient d’un retour-événement : «Bnate Lalla Mennana» saison 3. La communication autour de la série met en avant l’arrivée de nouveaux visages, dont Ghita Kitane, Tasnim Cheham et Amr Assil.

La série conserve un noyau historique connu du public, et les bases documentaires disponibles sur les saisons précédentes rappellent combien ce «socle» a longtemps structuré l’imaginaire de 2M, avec, entre autres, Saâdia Azgoun, Samia Akariou, Nora Skalli, Saâdia Ladib, Hind Saâdidi, Meryem Zaïmi, Yassine Ahajjam, Hasna Tamtaoui, Adil Abatourab et Driss Roukh.

Ce mélange (anciens piliers, nouveaux entrants) ressemble à une solution de compromis. On injecte du sang neuf, mais sans renoncer au casting-réassurance.

Le problème, c’est que ce renouvellement reste souvent localisé. Un «retour» qui ouvre quelques places, une nouveauté qui tente une ou deux têtes nouvelles, puis l’écosystème revient à ses habitudes.

Et c’est là que la question déborde la télévision pour toucher la fabrique des carrières. L’Isadac qui forme notamment des profils artistiques au Maroc remet régulièrement des diplômes à ses promotions. La filière continue donc d’alimenter le marché en jeunes diplômés. Mais la télévision de Ramadan, elle, donne parfois l’impression inverse.

Une vitrine où l’on aperçoit quelques nouvelles apparitions, sans que cela se traduise systématiquement par un renouvellement massif des distributions.

Il y a, au fond, une ironie ramadanesque. On écrit mieux, on réalise plus «signé», on soigne les univers, et l’on demande au public de croire à des mondes nouveaux. Mais on lui sert souvent la même troupe pour les habiter.

Les acteurs portent la machine, ils la rendent possible, ils lui donnent une continuité affective. En retour, cette continuité peut se retourner contre la fiction elle-même : à force de reconnaissance, le personnage risque de se dissoudre dans le visage, et le visage dans la répétition.

Jusqu’où peut-on moderniser la fiction sans moderniser, au même rythme, ceux qui la peuplent ? Ramadan 2026 semble avoir compris une chose. Celle de l’appétit pour les récits.

Le prochain palier, plus délicat, sera peut-être d’élargir la table, en ouvrant davantage de rôles à une relève réelle, et en faisant en sorte que le «nouveau visage» ne soit pas une exception de saison, mais une normalité de grille.